Les Forbans de la nuit : lumineuse édition pour un joyau noir du cinéma

Simon Riaux | 2 avril 2019 - MAJ : 02/04/2019 11:28
Simon Riaux | 2 avril 2019 - MAJ : 02/04/2019 11:28

Monument du film noir, passé un peu inaperçu lors de sa sortie, Les Forbans de la nuit  nous revient par le biais d’une édition luxueuse sous la bannière de Wild Side.

 

photoDVD, livret, Blu-ray : Faisez chauffer la carte

 

NOIR C'EST NOIR

L’éditeur nous a de longue date habitués à un travail de fond sur les films de patrimoine, célébrés ou déterrés, qu’il nous propose. Non seulement cette édition ne fait pas exception à la règle, mais elle se révélera capable de passionner jusqu’aux plus fins connaisseurs du chef d’oeuvre de Jules Dassin.

Harry Fabian a tout pour prospérer dans le Londres interlope de l’immédiate après-guerre : une gouaille à toute épreuve, un cerveau qui carbure, un sourire qui inspire confiance, une femme qui l’aime. Mais Harry Fabian veut plus, et fantasme de se tailler un nom dans le monde de la nuit, plus glorieux que sa réputation de petit arnaqueur trop malin.

 

photoUn tournage en extérieur aux résultats saisissants

 

De cette équation classique de film noir, Jules Dassin tire un récit en forme de poursuite à l’accélération exponentielle, dont il semble d’emblée évident que le héros ne pourra pas réchapper. Course entropique vouée à consumer son principal protagoniste, Les Forbans de la nuit demeure un sommet du genre, véritable bouffée d’adrénaline tragique, grand cri de désespoir pathétique et somptueux.

Wild Side lui rend d’abord hommage en nous proposant le métrage après une restauration 4K, laquelle s’avère d’une qualité irréprochable. La photographie splendide de Mutz Greenbaum s’impose comme un des mètres étalons du film noir, captant avec autant d’aisance les cicatrices de Londres, encore défigurée par des années de blitz, que les visages fiévreux des audacieux sur le point d’être dépouillés. Redécouvrir Les Forbans de la nuit ainsi est un bonheur de cinéphile rare.

Mais Wild Side va plus loin, puisque le film est proposé dans ses deux montages, l’américain et le britannique, accompagnés de tout ce qu’il faut pour pouvoir les comparer à l’envie. Un désir de complétion d’autant plus louable qu’il annonce la volonté de l’éditeur d’aller aussi loin que possible dans l’accompagnement de ce film légendaire.

 

photoArnaqueur ou arnaqué ?

 

SECRETS D'HISTOIRE

En effet, Les Forbans de la nuit est depuis longtemps considéré comme un film “connu”, dont la genèse a été longuement décrite et analysée, ne se prêtant plus aux “révélations”. Erreur, puisque la présente édition est l’occasion d’un dévoilement passionnant, incarné par l’ouvrage qui accompagne les précieuses galettes.

Philippe Garnier propose une véritable enquête, d’une précision et d’une rigueur extrême, destinés à lever le voile sur le pourquoi du comment d’une production mouvementée. En effet, Jules Dassin, quand il entame le tournage, vient de quitter précipitamment Hollywood sur les conseils du mythique producteur Darryl F. Zanuck. Dénoncé par Elia Kazan au comité d’investigation diligenté par le sénateur McCarthy pour trouver les vilains communistes oeuvrant au sein de l’industrie cinématographique, il doit protéger sa personne, et assurer ses arrières professionnelles.

 

photo  Richard Widmark

 

C’est donc Zanuck qui lui conseille de fuir à Londres, et l’enjoint d’entamer le plus rapidement possible la fabrication des Forbans de la nuit, de manière à ce que la Fox n’envisage pas d’annuler le projet une fois sa production lancée et des fonds investis. Avec une acuité sidérante (allant jusqu’à retrouver d’antiques notes de prod et de frais) Garnier met à jour les tractations, les hésitations, qui ont présidé à la fabrication du film.

A mille lieues des “livrets” accompagnant parfois les éditions dites collector, nous avons ici affaire à un travail d’archéologie passionnant, loin des textes promotionnels pondus à la va-vite et noyés sous des kilos d’iconographie, qui constitue le coeur de cette édition. Ce travail de fourmi ne nourrira pas seulement les historiens fétichistes du moindre détail, mais permet également d'appréhender le métrage avec un peu plus de hauteur. Et ce que l'on pressentait à savoir que Jules Dassin racontait ici une fuite à laquelle il s'identifiait nécessairement, apparaît progressivement comme une évidence, qui achève de faire des Forbans de la nuit un récit bouleversant.

 

photo A bout de souffle

 

Les bonus présents sur les galettes ne seront pas en restes, notamment grâce à l’exhumation du Club Jules Dassin, nostalgique document, qui témoigne, en écho au travail de Philippe Garnier, de la dureté d’une production et de la violence d’une époque, qui auront durablement marqué Jules Dassin.

Bref, que vous soyez un amoureux des Forbans de la nuit ou un spectateur désireux de vous frotter à ce classique du film noir, la présente édition de Wild Side fait figure de must have indiscutable.

 

 

commentaires

glaz
02/04/2019 à 21:12

Fin 19eme ou début 20eme.....désolé

glaz
02/04/2019 à 21:10

@Victeam

Ce n'était pas le seul à penser ainsi, je pense. On a fait une fixette sur lui parce qu'il était l’icône parfait pour représenter la façon de penser de cette époque. Comme Eastwood qui n'est pas si éloigné dans ses idées, ceux sont des acteurs qui sont nées fin 18eme ou début 19eme, on peut pas trop leurs en vouloir, ils baignaient dans ce jus.

Je me souviens d'un documentaire sur lui ou dans un amphi d'une université qui n'était pas acquis à sa cause (période Vietnam, transition des mentalités), il ne s'était pas défaussé, droit dans ses santiags, il avait affronté la foule......comme dans un western.

Victeam
02/04/2019 à 19:23

@andarioch : on peut bien sûr trouver ses prises de position politique très discutables mais il reste un acteur incroyable et ayant tourner dans un nombre de films magnifiques a donner le tourni. Faut differencier l'homme de l'artiste d'autant que les personnages qu'il a joué sont beaucoup plus nuancés, en particulier avec John Ford (le massacre de fort apache par exemple).

Denthegun
02/04/2019 à 17:43

Richard Widmark, quel acteur...'
Me foutait les jetons quand j'étais gosse.
Un visage, un jeu hors du commun.
Un grand, quoi.

Andarioch
02/04/2019 à 17:20

@Victeam
En fait j'en ai vu des John Wayne, notamment les classiques, mais dans ma vie de cinéphile (Je me suis même tapé l'affreux Brannigan). Gamin je me suis mis à les éviter car le personnage ne me plaisait pas du tout.

Victeam
02/04/2019 à 15:33

@andarioch : dommage car rien qu'avec la rivière rouge, la prisonnière du désert, Rio bravo, la charge héroïque et la chevauchée fantastique t'as donc zappé 5 des 10 plus grands westerns jamais tournés avec l'immense John Wayne et son charisme inégalé. J'aime bcp Richard widmark, hein.. ????

Andarioch
02/04/2019 à 13:28

@burk
Perso, je ne vais pas me mettre à écouter du Booba parce que Hendrix est mort il y a longtemps. Pareil pour les films.
Sinon bonne nouvelle, quand j'étais môme je zappais souvent le premier film de la dernière séance (souvent avec John Wayne, beuhhh) pour me caler devant la télé pour les toons ET le film de 2ème partie de soirée, souvent avec Richard Widmark, pour moi le meilleur acteur de son époque.

Pesto
02/04/2019 à 13:08

@Burk

Wouhou ! Le vilain troll !

Simon Riaux - Rédaction
02/04/2019 à 13:00

@Burk

Ah oui tiens, vous avez raison.

Burk
02/04/2019 à 12:58

C es quoi ce film de merde en noir et blanc faut évoluer les gars c es fini cette époque c été le cinéma de la misère

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