Souviens-toi... l'été dernier : classique de l'horreur ou plaisir coupable ?

Christophe Foltzer | 13 avril 2019
Christophe Foltzer | 13 avril 2019
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Nouvelle rubrique, consacrée aux films d'horreur et slashers 100% nostalgie.

Serial killers, monstres, aliens, psychopathes, vengeances, cauchemars : pour l'amateur de films d'horreur, de thrillers et autres slashers, un paquet de films rallument de bons souvenirs régressifs.

Ecran Large revient sur ces petits classiques de l'horreur, pour se demander s'ils méritent leur statut de petit classique ou méritent d'être oubliés. Place à Souviens-toi... l'été dernier, copie presque conforme de Scream avec Jennifer Love HewittFreddie Prinze Jr.Ryan Phillippe, et Sarah Michelle Gellar poursuivis par un tueur à crochet.

 

 

SOUVIENS-TOI, LE SCREAM DERNIER

En 1996, le cinéma redécouvre ce que le slasher veut dire avec le succès énorme du premier Scream de Wes Craven, écrit par un Kevin Williamson en pleine période pré-Dawson qui avait bien compris que revenir au genre phare des séries B du début des années 80 (grâce notamment au premier Vendredi 13) en restant au premier degré, allait fatalement nuire à son projet.

C'est donc en mode méta que les tueurs masqués reviennent sur les écrans, pour être en phase avec la jeunesse des années 90, qui connait ses classiques sur le bout des doigts. Carton oblige, tous les autres producteurs se tournent vers le genre, histoire de pouvoir profiter de la vague le temps qu'elle dure. Un an plus tard arrive Souviens-toi... l'été dernier de Jim Gillespie et, là encore, c'est un succès.

 

Photo Souviens-toi... l'été dernier, Jennifer Love Hewitt, Sarah Michelle GellarPas facile de devenir un adulte hein ?

 

Auréolé du carton de Scream, Kevin Williamson est engagé par le studio Columbia et Mandalay Pictures pour créer un autre titre incontournable. Il choisit d'adapter le roman de Lois Duncan, Comme en un mauvais rêve, qui raconte le drame de quatre ados ayant tué quelqu'un, et qui se retrouvent hantés par le crime. Malheureusement, il se voit dans l'obligation de trahir le matériau d'origine, ce qui ne plaira pas du tout à la romancière, d'autant plus que le livre est inspiré d'un drame personnel. En effet, six ans avant la publication du roman, sa fille de 18 ans avait été retrouvée assassinée dans sa voiture, ce qui l'avait poussée à en écrire l'histoire pour exorciser sa peine.

Le film se doit de sortir rapidement et de répondre aux canons en vigueur établis par Scream : un rythme pop, des frissons mais pas trop, du sang mais pas beaucoup et surtout un casting de jeunes premiers destinés à devenir les stars de demain, puisés majoritairement dans les séries télé en vogue à l'époque (Jennifer Love Hewitt, Ryan Phillippe, Freddie Prinze Jr. ou encore une Sarah Michelle Gellar avant la diffusion de Buffy contre les vampires et qui se refera buter dans Scream 2).

A la barre, le jeune réalisateur britannique Jim Gillespie qui, deux ans plus tôt, s'est fait remarquer par les studios hollywoodiens pour son court-métrage Joyride, épaulé par un tout jeune Mike Flanagan (The Haunting of Hill House, Doctor Sleep) pour réviser le script de Kevin Williamson. Doté d'un budget de 17 millions de dollars, le film sort en 1997 et en rapporte 125 millions. C'est un carton.

 

photo, Jennifer Love HewittLa fin d'une époque

 

SOUVIENS-TOI DU MAUVAIS

Il faut bien avouer que l'histoire en elle-même n'est guère intéressante et pas trop crédible quand on y fait attention. Les fausses pistes se calculent à des kilomètres, la révélation finale ne fait pas grand effet et les descentes aux enfers des personnages sont quand même caricaturaux.

On ne comprend d'ailleurs pas très bien le plan du pêcheur. Pourquoi bute-t-il ce pauvre Max qui ne lui avait rien fait pour ne s'amuser qu'à faire peur aux vrais responsables ?

 

photoMême pas peur

 

Le pêcheur n'est pas vraiment un tueur très efficace dans son boulot et il ne fait pas le poids face à Ghostface. A part envoyer des mots, essayer d'écraser un des coupables en voiture et couper les cheveux d'une autre, il ne fait pas grand-chose de conséquent.

Si une certaine tension émane du film en général, on ne peut pas dire qu'il soit généreux en terme de vrai suspense, à part une scène en particulier. Souviens-toi... l'été dernier ne fait pas peur, il ne surprend même pas et puis, bon, on s'y ennuie un peu quand même. D'autant que les morts ne sont pas nombreuses, ni folichonnes il faut bien l'avouer.

Parce que le moment où l'héroïne tournoie sur elle-même en appelant le tueur, franchement, fallait oser. Même dans les années 90.

 

 

SOUVIENS-TOI DU BON 

Souviens-toi... l'été dernier devient un objet fascinant dans sa volonté d'être probablement le néo-slasher le plus fidèle à l'esprit de la première vague des années 80. Laissant le méta aux vestiaires, le film déroule son histoire dans un premier degré sérieux qui, paradoxalement, s'avère rafraichissant un an après les références en cascade de Scream.

La bande originale du film vaut le détour. Du Offspring, du Korn, du Soul Asylum et surtout, surtout, Summer Breeze de Type O Negative qui ouvre le film de bien belle manière et y plaque immédiatement une ambiance unique que l'on ne retrouvera jamais ailleurs.

 

photoLa discorde des looks des années 90

 

En fait, Souviens-toi... l'été dernier n'est pas un vrai slasher : c'est un drame humain qui revêt un habit de slasher pour exister à un moment où les studios sont convaincus d'avoir trouvé la nouvelle poule aux oeufs d'or. Si les personnages restent dans l'ensemble caricaturaux, il n'empêche que l'on peut y trouver une profondeur psychologique absente de la concurrence (ou des suites), qui ne font qu'aligner les cadavres en devenir sans prendre le temps de les rendre humains.

Toute l'enquête sur l'identité de la victime du groupe calme le jeu, met en avant la culpabilité, la névrose, le trauma. C'est au fond une métaphore du passage de l'adolescence à l'âge adulte, un brin compliquée avec la fin des illusions et la tentation d'échapper encore un peu à ses responsabilités.

 

photoLa grande scène réussie du film

 

La peinture rurale du film est également très réussie. Notamment dans la façon dont ceux qui sont restés derrière considèrent l'héroïne, partie à la fac, comme une étrangère. On peut y voir là, et dans la figure du tueur, un passé qui refuse d'avancer, communautaire et replié sur lui-même, qui préfère dévorer ses victimes plutôt que d'évoluer.

Le film, s'il est avare en frissons, nous réserve néanmoins une grande scène de tension : LA scène avec Sarah Michelle Gellar évidemment. Entre la poursuite, la peur qui rôde, le refuge dans la boutique familliale et la mort face à la parade du 4 juillet, c'est toute la thématique du film qui s'illustre ici. Ce passage est réellement tendu et un grand suspense nous étreint, grâce au rythme, à la mise en scène, au montage et à la lumière.

Quelques minutes de grâce qui, et c'est à souligner, font vivre au personnage en question tout le parcours du combattant que représente sa vie et son désir de s'en sortir, et briller. Un moment tragique qui, si l'on est attentif, nous raconte tout d'Helen : de sa cellule familliale, son complexe vis-à-vis de sa soeur, de son rêve d'être une star qu'elle ne touchera que du bout des doigts. Un rêve qui lui échappera définitivement, scellant ainsi son destin. Brillant. Dommage que les autres personnages n'aient pas subi le même traitement.

 

photo, Souviens-toi... l'été dernier, Jennifer Love HewittFreddie Prinze Jr et Jennifer Love Hewitt, deux espoirs, deux étoiles filantes

 

VERDICT

Souviens-toi... l'été dernier n'est donc pas aussi percutant et traumatisant que Scream. Il s'avère un peu trop timide et pépère et semble, déjà, montrer les limites d'un système qui mourra de lui-même quelques années plus tard.

Pourtant, il s'avère étonnamment sympathique et puissant par instants. Il fait partie de ces films qui se bonifient avec le temps, et avec la comparaison avec leurs suites. Parce que si Souviens-toi... l'été dernier 2 n'est pas à la hauteur (encore que... on en reparle dans une semaine, dans le prochain dossier), il y a Souviens-toi... l'été dernier 3 sorti en 2006 avec pour tueur... un pêcheur zombie. Voilà, voilà...

 

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commentaires

L'as de trèfle
14/04/2019 à 23:07

Le meilleur Slasher de cette époque bénie est et restera "La main qui tue". Si, si, une pépite totalement oubliée avec un sacré casting (dont Dexter de Offspring qui s'y fait occire), complétement déjantée et à pleurer de rire par moments.

Pierre
14/04/2019 à 20:03

Je vois dans la discussion entre les quatre jeunes sur la plage au début du film une métaphore de cette vague de slasher. Un des jeunes racontent une histoire qu'ils connaissent en fait tous, mais avec leurs nuances propres. C'est comme les slasher, en quelque sorte. On connait tous l'histoire, on sait quand ça termine et comment, mais on aime bien quand même qu'un réalisateur nous la raconte dans un film.

David_85975
14/04/2019 à 12:29

@Numers6, je ne connais pas "Je t'ai trop attendu" mais "Cut", mon dieu ce film...... une catastrophe, il me semble que kylie minogue faisait même une apparition dedans

Marvelleux
14/04/2019 à 04:35

Scary Movie, film culte, n'existerait pas sans ses films. Cela fait plaisirs de les revoir.

Number6
13/04/2019 à 21:44

Merci à ces films également pour nous avoir offert scary movie qui me procurent encore quelques plaisirs coupables. En parlant de dérivé de films, scary scream movie était sympa. Enfin, je l'ai vu à sa sortir. Donc...

glaw
13/04/2019 à 21:06

Souviens-toi... l'été dernier...de ce film qui puait des pieds.

Dutch Schaefer
13/04/2019 à 19:43

Geoffrey Crété - Rédaction :
Ahhhhhhh ouiiiiiiiii, une "critique" de URBAN LEGEND!
Même avec le recul, et le souvenir que j'en ai, les deux URBAN LEGEND étaient bien supérieur (en toute raison gardée!) à ces deux Souviens toi...
Le 1er URBAN, j'en garde un souvenir assez drôle et honnête, puis le second de moindre qualité reste bien plus acceptable que ces deux bouses de Souviens toi...

Number6
13/04/2019 à 16:01

Je ne sais pas si on peut parler de slasher dans le sens où ce n'est pas un tueur mais plus une entité, mais avec la bande d ado, j'ai kiffé la maison de l'horreur.

Richter
13/04/2019 à 13:51

Ah la la, je me souviens encore de cette vague de films. Celui-ci, sans crier au génie, était tout de même assez sympa à regarder.

Number6
13/04/2019 à 13:11

Ah génial ce petit film. Je préfère également les urban legend. Mon dieu, ces teenslashers n'empêche. Y a eu des paquets de nases. Je me souviens de Cut, un film australien je crois. Et également Je t'ai trop attendue, que j'ai regardé en boucles. Pardon, mais j'étais ado en 98. Y a prescription...

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