Mission : Impossible - Protocole Fantôme, ou l'épisode de la renaissance pour Tom Cruise

Geoffrey Crété | 28 juillet 2018
Geoffrey Crété | 28 juillet 2018

Avant Mission : Impossible - Fallout, retour sur la saga avec Tom Cruise.

Pour beaucoup, c'est le grand film incontournable de l'été : Mission Impossible : Fallout de Christopher McQuarrie, siixème opis avec Tom Cruise, accompagné pour le coup de Henry Cavill, Simon Pegg et Rebecca Ferguson. Et le film, très réussi, a toutes les chances de combler le public.

Plus de 20 ans après le premier film, alors que la saga adaptée de la série culte est devenue l'une des plus appréciées au fil des épisodes, Ecran Large revient sur chaque film.

 

 

C'ÉTAIT QUAND 

Mission : Impossible 3 a changé bien des choses. La promo a été quasiment piratée par Tom Cruise, qui a étalé sa vie personnelle et son mariage avec Katie Holmes. Conséquence directe ou coïncidence : le troisième opus a moins marché que les précédents, récoltant environ 398 millions dans le monde contre 457 pour le Brian De Palma et 546 pour le John Woo - qui ont en plus coûté moins cher.

Quelques mois après la sortie, le studio Paramount met fin à sa collaboration privilégiée avec Cruise/Wagner Productions, la société co-fondée par l'acteur et qu'il avait lancée avec le premier film de la franchise. L'affaire reste discrète, mais le comportement de Tom Cruise, son rapport trop médiatisé avec la scientologie et ses problèmes personnels, seraient la principale cause de cette séparation. Mission : Impossible - Protocole Fantôme, à bien des égards, est le bébé de ce divorce, et le début d'une nouvelle ère pour Cruise et la franchise qui l'a maintenu sur le devant de la scène hollywoodienne.

 

Photo Tom Cruise Tom Cruise perdu dans le brouillard, dans l'attente de la suite

 

Le quatrième épisode marque le début d'une nouvelle phrase avec la présence de Bad Robot au générique. La société de prodution créée par J.J. Abrams était arrivée sur Mission : Impossible 3, mais malgré la décision du réalisateur de ne pas rempiler et s'occuper de Super 8, il reste producteur, et le restera sur les films suivants jusqu'à Mission Impossible : Fallout.

Mission : Impossible - Protocole Fantôme corrige aussi, après le troisième, la teneur du Cruise show. De Palma l'avait dit pour le premier : le film a beau être adapté de la série culte centrée sur une équipe, l'acteur reste la star. Mission : Impossible 2 en a été la démonstration la plus extrême, tandis que Mission : Impossible 3, sous forte influence Alias, a remis l'équipe au centre de l'équation. Protocole fantôme continue sur la lancée, récupère Simon Pegg, amène Paula Patton et Jeremy Renner. L'affiche ne ment pas : pour la première fois, ce n'est plus le visage de Tom Cruise en grand. Il est replacé parmi un groupe.

Pas encore apparu dans Avengers, Jeremy Renner est alors présenté comme l'éventuel successeur de Tom Cruise, considéré alors comme poussé vers la sortie. Lors de la promo, la chose est un coup évoquée, un coup démentie. Que l'acteur de The Town et Démineurs assure à la place de Cruise le clin d'œil à la cascade de la CIA du tout premier film, dans un plan où il tombe jusqu'à s'arrêter à quelques centimères d'un ventilateur, ne fera que nourrir le doute.

 

Photo Simon Pegg, Paula Patton, Jeremy RennerL'équipe remise au premier plan 

 

Peut-être que cette ambiguité a un rapport avec la manière dont le film est géré. Christopher McQuarrie, qui deviendra le premier réalisateur à signer deux films de la saga juste après, a ainsi rafistolé le film en cours de tournage, comme il l'a expliqué à StarTribune en décembre 2012, pendant la promo de Jack Reacher : "Je suis arrivé au milieu du tournage pour faire une réécriture du scénario, même s'ils avaient commencé le film. J'ai dû communiquer avec toute l'équipe pour déterminer ce que je pouvais et ne pouvais pas changer, quels décors avaient été construits, quelles scènes pouvaient ou ne pouvaient pas être retournées. (...) Le scénario avait ces fantastiques séquences mais il y avait un mystère qui était très compliqué. Ce que j'ai fait était une question de clarté. Le mystère devait être plus simple." 

Ailleurs, on apprendra que le film devait à l'origine s'ouvrir sur une scène où le personnage du bad guy, Kurt Hendricks, préparait un discours sur les armes nucléaires. Disponible parmi les scènes coupées, elle aura été éliminée et remplacée par une intro plus orientée action (et Ethan), malgré un gros travail numérique vu l'utilisation d'un miroir.

La machine a été lancée de manière si précipitée que Brad Bird retournera la scène où l'équipe récupère Ethan après son évasion. Une version où l'équipe ne sait à peu près rien de la situation et des enjeux communs a été tournée, puis retournée une fois que l'intrigue était plus claire. Ethan se demandait même, "Mais qu'est-ce qu'on fait tous dans ce van alors ?", ce à quoi Jane répondait, "J'espère que tu vas le découvrir".

 

Photo Tom Cruise, Paula Patton Un côté old school remis en avant 

 

POURQUOI C'ÉTAIT COOL

Le choix de Brad Bird pour filmer le quatrième film a un sens. Choisir le réalisateur de Ratatouille et surtout Les Indestructibles, hommage mordant au film d'espionnage à la James Bond, témoigne d'une volonté de (re)venir vers quelque chose de plus léger, irrévérencieux, à la fois old school et moderne. Que ce soit les premiers pas du cinéaste dans un film live, a également pu être un gage de bonne conduite, logique après Mission : Impossible 3 qui avait marqué le premier essai au cinéma de J.J. Abrams.

Après Brian De Palma et John Woo, des metteurs en scène solides et installés, qui ont certainement lutté pour imposer et défendre leur vision du cinéma, la saga opère un virage pour trouver une harmonie loin des extrêmes. Ce qui se confirmera avec Christopher McQuarrie, choisi par Tom Cruise après leur collaboration sur Jack Reacher, deuxième film du célèbre scénariste (Usual Suspects) qui s'était cassé les dents avec son premier essai, Way of the Gun.

Aussi talentueux soient-ils, Abrams, Bird et McQuarrie ont probablement été plus flexibles que Woo et surtout De Palma, dont les carrières étaient bien plus flamboyantes. Signe d'une évolution similaire : Michael Giacchino, collaborateur de J.J. Abrams, est le premier compositeur à revenir dans la saga.

 

photo, Brad BirdBrad Bird et Paula Patton sur le tournage

 

Après la gravitas du troisième film, Protocole Fantôme s'amuse clairement avec le genre et la formule. D'Ethan qui frappe le téléphone car l'autodestruction ne se lance pas, à la moquerie de Luther sur le "Mission accomplie !" du héros, en passant par la technologie qui déraille (le masque, le gant), le film prend régulièrement une petite distance. Simon Pegg est plus clairement affirmé comme emblème de la légèreté au cours du film, mettant une dynamique typique de blockbuster qui alterne entre sérieux et humour.

Protocole fantôme s'amuse même avec un discret clin d'œil au premier film, puisque l'homme qui met une cagoule sur la tête d'Ethan après Dubaï est le même que celui qui l'amène vers Max dans Mission : Impossible de Brian De Palma. Les plus attentifs retrouveront d'ailleurs un gros hommage au personnage de Vanessa Redgrave dans Mission Impossible : Fallout.

Le film impose aussi ce qui deviendra la marque de fabrique ultime de la série par la suite (voire de la carrière de Cruise, cf La Momie et l'avion qui se crashe) : la grande cascade de fou furieux, centrale dans le film et la promo. Ici, c'est l'ascension de la tour Burj Khalifa à Dubaï. Tom Cruise est de la vieille école, et pour contrer le Hollywood des fonds verts, il met largement en avant ses capacités physiques. Pas de doublure donc, c'est bien lui qui gravit la tour la plus haute du monde. Avec des cables certes, effacés en post-prod, mais tout de même : l'acteur quinquagénaire n'a pas peur de défendre sa place dans l'arène hollywoodienne, quitte à en faire des tonnes lors de la promo.

 

photo, Paula PattonPaula Patton, aux abonnées absentes depuis

 

Même la sortie est gérée de manière spéciale. Loin du mois de mai qui a servi aux trois premiers opus, Protocole fantôme sort mi-décembre. Loin des 3000 ou 4000 écrans sur lesquels les trois premiers films étaient sortis d'un coup, le quatrième passe par le limited release : d'abord sur environ 400 écrans, puis sur plus de 3400 après quelques jours.

L'enthousiasme du public est réel : avec près de 695 millions au box-office, et plusieurs semaines au top du BO domestique, c'est à ce jour le plus gros succès de toute la franchise. Et le film reste encore l'un des épisodes les plus appréciés, voire le meilleur selon beaucoup de spectateurs. Et difficile de ne pas au moins lui accorder sa place pour les meilleures scènes à sensations de la série.

 

Image 576688Une image-clé de la promo

  

POURQUOI ÇA RESTE PLUTÔT COOL

Il semble évident que le film a été construit autour de quelques gros blocs de spectacle, notamment le Kremlin et Dubaï. Ce sont d'ailleurs les meilleurs moments du film, ceux où Brad Bird semble le plus à l'aise, et où le film joue le mieux avec les codes et les règles du genre. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien si le réalisateur a insisté pour tourner une grosse partie du film (environ 30 minutes) en IMAX : Protocole Fantôme a pour mission d'en mettre plein les yeux et de (re)définir la saga comme une référence du grand spectacle.

S'il respecte à la lettre le cahier des charges, le réalisateur des Indestructibles et A la poursuite de demain (qu'il a clairement pu lancer grâce à Mission : Impossible) pose ça et là sa patte. Il suffit d'un mouvement de caméra accompagné par les jets d'eau dans le palais indien pour sentir la force et la dynamique qui habitent tous les recoins de l'écran, que le cinéaste pense véritablement et entièrement. Bird est particulièrement fort pour composer les mouvements et la vitesse, comme il l'illustre dans les scènes à Dubaï. 

L'ascension tendue et urgente vers les serveurs puis la redescente encore plus rapide et urgente, la rencontre en parallèle avec un multiple jeu de masques et mensonges, la poursuite fantastique dans la tempête de sable où le décor devient totalement abstrait : il donne à Protocole fantôme une force impeccable.

 

Image 582363L'un des moments les plus intenses du film

 

Le film est plus faible du côté de l'intrigue pure, et des personnages. A commencer par l'antagoniste, Cobalt, qui est probablement le plus mauvais de toute la saga. Parfaitement sous-développé et sous-utilisé, réduit à quelques apparitions, mené par une vague ambition, mis HS avec un suicide qui tombe à plat vu le peu d'engagement envers lui, ce Kurt Hendricks est un gros raté.

Le film a en plus la fausse bonne idée d'empiler les sous-intrigues. Ethan et son équipe sont reniés par le gouvernement, la police russe et notamment un policier recherche obstinément le héros, Jane Carter veut venger le meurtre de son chéri tué par une tueuse à gages (Léa Seydoux), Brandt cache un lourd secret sauf que non car un petit twist d'Ethan révèle la vérité sur Julia. Il y aura aussi un magnat de la télévision indienne (interprétée par le célèbre Anil Kapoor) à séduire, puisque le grand méchant utilise un de ses satelittes pour lancer son missile. Beaucoup de choses, et beaucoup de choses survolées.

Notons d'ailleurs que Jane et Cobalt avaient un peu plus de matière (mais à peine) dans les scènes coupées. Le personnage de Paula Patton recevait les instructions pour aller à Moscou, et surtout résistait à l'idée d'enfiler la robe verte décolettée pour séduire : elle expliquait alors de manière touchante que c'était sa limite, à Ethan. Le méchant lui, avait au moins une longue scène vouée à présenter sa cruauté - une scène utile mais très oubliable.

 

Image 584507Jane vs la Française

 

Ce n'est pas anodin si pour la première fois, un Mission : Impossible finit avec une image de film d'action banale, où un gros missile se crashe sur une grosse ville américaine mais est arrêté avec une grosse chance au tout dernier moment. La saga bascule vers quelque chose de plus programmatique, tout en assumant une direction plus moderne et stable (comparée aux deux premiers films, extrêmes dans leurs styles opposés). C'est cette double dynamique qui fait de Protocole fantôme une réussite souvent éclatante mais en demi-teinte, qui, par exemple, ne se remet pas vraiment du passage à Dubaï avec un climax en Inde bien mou.

Même l'excellente idée de ce parking robotisé (encore une idée de mouvement parfaite pour Bird) est à peine amusante à l'écran. La scène semble plutôt illustrer la grosse machinerie automatisée qu'est alors en train de devenir la saga. Et le twist sur la fausse mort de Julia est alors intéressante : comme elle, la franchise était quasiment enterrée après Mission : Impossible 3. Et comme elle, elle a trompé la mort pour mieux réapparaître et renaître. Avec la complicité d'un Tom Cruise qui a joué le jeu, jusqu'au bout, avant de retrouver un sourire, et reprendre du service en annonçant pour la première fois de la saga la suite (la mention du Syndicat qui sera au centre de Mission : Impossible - Rogue Nation).

  

Photo Michael NyqvistLe pire antagoniste de la saga ?

 

UNE SCÈNE CULTE

  

  

Image 580510

commentaires

Lecteur depuis l’origine
29/07/2018 à 23:37

Je suis aussi absolument d’accord avec Baneath88.
Sauf sur la comparaison du final avec Fallout.
Ghost Protocol a un final surprenant.
Cruise qui réussi mais qui n’y arrive pas pour autant. Et qui s’énerve. Il redevient humain et le maillon d’une chaîne.
Renner qui échoue, cela surprend. Pegg qui se révèle, très bonne idée pour montrer l’importance d’une équipe.
Fallout est à l’opposé avec un final sans surprise et convenu. Et avec un Henry la loose en prime...

STEVE
28/07/2018 à 19:40

D'accord avec Baneath88.

Mise en scène fluide, dynamique, inventive, spectaculaire.

Aucun temps mort (même si après toute la séquence a dubaï on retombe un peu).

Cruise impeccable. Classe et stylisé.
Partenaires avec qui sympathiques et leur rôle bien équilibré. Bonne alchimie.

Cruise reste le héros mais l'équipe a un vrai rôle.

Humour bien dosé: ni lourd (bjr marvel ou les fast and furious) ni parodique.

Le meilleur pour moi avec le 1

Baneath88
28/07/2018 à 19:29

Je vous trouve assez dur avec Ghost Protocol qui, à mes yeux, enfonce presque en tout point le 3ème. Le seul bémol concerne le méchant purement fonctionnel (Philip Seymour Hoffman avait clairement plus de gueule et d'entrain). Après, ce n'est pas non plus incohérent avec le ton du film, qui redonne ENFIN du sens au mot équipe. Je suis en désaccord complet avec vous sur ce point concernant le troisième. Dans M:I:3, j'ai trouvé Maggie Q et Jonathan Rhys Meyer transparents du fait d'une écriture complètement aux fraises concernant leurs personnages. Alors que Ghost Protocol prend le parti de leur donner un semblant d'histoire. Certes, ce n'est pas forcément des plus original, mais au moins l'identification fonctionne mieux (ne serait-ce que pour Jeremy Renner).
Celui-ci me semble -en dépit d'une histoire classique- être le plus abouti au niveau de la forme. T.Cruise -plus en retrait- fait des merveilles, Jeremy Renner & Simon Pegg sont d'excellents compagnons de voyage, et Paula Patton s'en sort plutôt bien. Léa Seydoux dont je ne suis pas un grand fan est également impeccable dans son rôle de tueuse à sang froid.
Et puis Brad Bird démontre une maîtrise qui dépasse les frontières de l'animation pour s'adapter avec brio au live. Divertissant, vertigineux, ludique et parfois assez drôle, son sens du rythme et de l'espace est incontestable. Lors des scènes d'action, il est ici à son aise autant qu'il l'est sur Les Indesctructibles 1&2. Je trouve le final dans le parking très bien monté, tendu à souhait et parfaitement lisible. Peut être classique vu la finalité, mais partant de là, celui de Fallout boxe dans la même catégorie.

fedor85
28/07/2018 à 17:25

La scène du parking automatisé est genial. non mais...

votre commentaire