13 Novembre : Fluctuat Nec Mergitur - on vous dit pourquoi le documentaire Netflix sur les attentats est à ne pas rater

Christophe Foltzer | 3 juin 2018 - MAJ : 03/06/2018 10:50
Christophe Foltzer | 3 juin 2018 - MAJ : 03/06/2018 10:50

C'est probablement l'article que nous aurons le plus de mal à rédiger de l'histoire de notre modeste site. Pour des raisons évidentes malheureusement. Nous avons choisi de ne pas consacrer de critique à 13 novembre : Fluctuat Nec Mergitur disponible sur Netflix.

Parce qu'on ne peut décemment pas donner une note comprise entre 0 et 5 étoiles sur un drame pareil sans avoir l'impression de juger les êtres humains qui y ont perdu la vie ou qui s'en sont sortis. Cela nous met dans une position inconfortable dès le départ, dans cet endroit mince et désagréable où l'oeuvre ne peut s'envisager que sous le prisme du Réel. Il ne s'agit pas là de fiction, c'est encore très frais en chacun de nous et, par respect, par déontologie aussi, un traitement classique ne s'applique pas ici. Merci de le comprendre.

 

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VENDREDI NOIR

Alors que notre gouvernement actuel profite de l'acte héroïque d'un migrant pour l'ériger en super-héros du quotidien et ainsi se donner bonne conscience par rapport à toutes les lois liberticides et anti-migrants qu'il promulgue à côté, il est rassurant de voir que 13 novembre : Fluctuat Nec Mergitur, de Jules et Gédéon Naudet, n'emprunte pas le même chemin et en évite tous les pièges.

A la glorification idéologique, le documentaire préfère le témoignage direct de ceux qui ont vécu cette terrible nuit. Sans fards, sans paillettes, juste des hommes et des femmes, filmés entre lumière et obscurité, qui racontent leur nuit d'horreur avec la plus grande sincérité. Découpé en 3 parties, 13 novembre : Fluctuat Nec Mergitur nous propose donc de suivre le trajet sanglant des divers commandos armés qui ont semé la terreur à Paris et en Seine-Saint-Denis en quelques minutes, avec évidemment comme point d'orgue le massacre au Bataclan.

 

photo 13 novembre

 

Dans une construction finalement assez classique (Episode 1 : le Stade de France et les cafés; Episode 2 : le Bataclan et Episode 3 : l'assaut de la BRI), le documentaire prend aux tripes dès le départ. On craint d'ailleurs, au début, qu'il n'emprunte la voie facile de l'émotionnel pur, d'un schéma narratif hollywoodien avec les bons d'un côté et les méchants de l'autre, mais il se permet très rapidement d'exploser ce cadre purement introductif pour nous mettre face à une poignée de survivants tout autant qu'à des figures politiques majeures telles que François Hollande, Anne Hidalgo ou encore Bernard Cazeneuve. Il est d'ailleurs intéressant de constater, au fil du récit, la manière dont les politiques, tout empreints de leur posture officielle et étatique, se délitent progressivement, sortent de leur personnage pour enfin laisser voir l'humain qu'ils sont face à cette horreur.

 

photo 13 novembre

 

OMBRES ET LUMIERES

Et il est bien question d'horreur dans 13 novembre : Fluctuat Nec Mergitur. Les réalisateurs n'hésitent pas à compiler les images d'archives inédites, les témoignages crus, les appels aux services de secours, pour bien nous montrer le chaos qui était le nôtre il n'y a même pas trois ans. De ce fait, il convient de vous prévenir que le documentaire comporte un certain nombre d'images particulièrement intenses, fortes et choquantes. Bien sûr, nous ne voyons pas le massacre en lui-même, nous n'en voyons que les conséquences. Mais, nous l'entendons, à certains moments. Nous entendons l'assaut de la BRI, nous entendons les explosions des kamikazes, les rafales de kalachnikov, les cris, les pleurs, la peur. Nous sommes plongés au coeur de l'horreur. 

Et nous assistons à un spectacle incroyable. Cette succession de témoignages de personnes, dont on a l'impression de déjà connaitre le visage, qui racontent simplement ce qu'ils ont vécu, comment ils l'ont vécu et comment ils s'en sont sortis. Pas d'acte héroïque ici, chacun reconnait ses failles, sa surprise, ses faiblesses et nous arrivons à plusieurs moments qui mettent en lumière l'absurdité totale de la situation. On rit tout autant que l'on pleure, et généralement en même temps.

 

photo 13 novembre

 

Alors que nous avons généralement énormément de mal à assumer notre propre histoire national, à nous regarder tels que nous sommes, 13 novembre : Fluctuat Nec Mergitur, réussit un tour de force assez impressionnant. Il n'est pas question ici d'analyse ou d'enquête, il n'est pas question de savoir pourquoi cela s'est produit, mais bel et bien de comprendre comment cela s'est passé. A ce titre, le documentaire, très clair et explicatif quant au déroulé des événements (sans jamais être scolaire) ne dévoile son véritable visage que dans ses détails. Un positionnement que l'on pourrait qualifier de politique et philosophique lorsqu'il laisse le soin à ces intervenants de parler pour lui. Un moment en particulier nous revient en mémoire : alors que les médias ont tôt fait de qualifier les terroristes comme des monstres inhumains, le fait de voir une victime parler d'eux en utilisant leurs prénoms, nous rappelle qu'ils étaient avant tout des êtres humains comme nous. Ça n'a l'air de rien, mais c'est capital et cela illustre bien la volonté du documentaire : rester au niveau de l'humain, ne pas diaboliser, ne pas glorifier, ne pas juger. Ce qui ne veut pas dire non plus excuser.

Et tout au long de ces trois épisodes, le documentaire nous met face à nos propres contradictions, à nos propres questionnements. Comment aurions-nous réagi dans de telles circonstances ? Impossible de le savoir. Au détour d'un plan flouté où l'on croit reconnaitre le corps d'un pote tombé en terrasse, on comprend la véritable nature de ce qui se passe sous nos yeux.

Jules et Gédéon Naudet n'ont pas réalisé une enquête, ils n'ont pas non plus réalisé un documentaire, ils nous invitent à une séance de thérapie collective. Un acte psychomagique, pour que le traumatisme ne se transforme pas davantage en la névrose qu'il est en train de devenir à un niveau national. Une manière intelligente et subtile de donner corps au drame pour tous ceux qui ne l'ont pas vécu, pour arrêter la machine à fantasmes morbide qui nous gangrène depuis, pour pouvoir se raccrocher à un petit morceau de réalité afin de ne pas sombrer davantage dans nos ténèbres et nos peurs.

 

photo 13 novembre

 

TEMOIGNAGES

Cela n'enlève en rien l'horreur du drame, la réalité terroriste qui nous entoure et avec laquelle nous devons apprendre à vivre, mais au moins, en vivant symboliquement ces attentats, en compagnie de ceux qui y étaient, cela nous permet de l'inscrire dans notre réalité, dans notre quotidien. On se demande au final pourquoi un tel documentaire a été fait et pourquoi de cette manière. Pour que les victimes rescapées parlent enfin, puissent sortir ça d'elles ? Pour nous, en priorité ? Afin de savoir comment ça s'est passé ? Pour que nous guérissions de nos propres constructions mentales ? C'est peut-être un peu pour tout ça en fait. Pour crever un abcès national, enlever le pus et permettre à la blessure de cicatriser pour enfin entrer en guérison. Cela ne veut pas dire que l'on va oublier, que l'on va pardonner et que tout ira bien maintenant. Au contraire. Cela veut surtout dire qu'il est à présent temps d'assumer, d'accepter, de digérer le drame pour à nouveau avancer tous ensemble.

 

photo 13 novembre

 

On ressort de ces presque trois heures bouleversé, K.O., triste et heureux en même temps. Si l'on peut ne pas accrocher à la morale finale ("L'amour gagnera toujours"), nous n'avons pas le droit de la remettre en question. Parce qu'elle vient de la bouche d'une rescapée, parce que c'est sa vérité, parce que c'est ainsi qu'elle s'en sort. Et parce que c'est à chacun de choisir ce qui lui permet de tenir le coup. Et effectivement, il y a énormément d'amour qui se dégage de ce documentaire. 13 novembre : Fluctuat Nec Mergitur évite avec brio le piège du spectacle bêtement émotionnel. Même si certains responsables politiques, dans le documentaire, semblent aller tout droit sur ce terrain, les réalisateurs désamorcent constamment leurs tentatives.

A une époque où nous vivons la division de l'intérieur, où nous nous retournons les uns contre les autres sans comprendre que cela fait partie d'un système politique et économique à but purement lucratif, cette bouffée d'humanité et de fraternité est indispensable. Elle rallume des lumières que beaucoup souhaitent éteindre de manière pro-active actuellement. A l'issue du documentaire, nous n'avons qu'une seule envie : sortir, dehors, voir les autres, parler aux autres, les toucher, savoir qui ils sont, savoir comment ils vivent et comment ils vont. On a aussi envie de se rendre à cette terrasse, rue de Charonne, là où on n'a pas osé mettre les pieds en trois ans, pour enfin laisser partir ce pote en se prenant un café par un samedi ensoleillé, au milieu des autres. Ce que j'ai donc fait. Enfin.

 

Affiche

 

commentaires

cepheide
05/06/2018 à 22:04

Une balle dans la tete de tous ces nazis islamistes. Jamais de pardon, jamais d oubli. Il y a des mechants dans cette histoire, et ils sont nos ennemis. Merci de ne jamais l oublier. Parce que eux ils preparent leur prochain carnage.

Simon Riaux - Rédaction
05/06/2018 à 13:28

@lol

Vous prenez le problème à l'envers. Fluctuat Nec Mergitur n'est pas un documentaire sur les attentats en tant qu'événement global.

Comme son titre l'indique, il traite de la résilience des parisiens, et livre donc leur parole.

Libre à vous de réaliser un autre doc, dans lequel vous expliquerez avec clarté, nous n'en doutons pas, qui sont les coupables, et comment nous prémunir collectivement de leurs actions.

En attendant, juger un film pour ce qu'il n'est pas n'a jamais apporté grand chose de pertinent.

Cédric
05/06/2018 à 07:36

Magnifique documentaire poignant, émouvant qui laisse la parole à des acteurs de cette tragique soirée

lapartduchaos
04/06/2018 à 23:15

"Pourquoi mettons-nous une note à un doc comme S21 - la machine de mort Khmer Rouge et pas à 13 novembre ? Parce que nous sommes directement concernés ? Je pense que oui. Et, en soi, c'est une erreur. Parce que cela amène une hiérarchisation de la tragédie sous un angle purement subjectif"

houu quelle honnêteté intellectuelle, c'est rare. donc nous sommes d'accord sur notre désaccord, c'est deja pas mal :)

lol
04/06/2018 à 19:27

Donc il semblerait logique de faire un documentaire sur les victimes de la st barthélymie sans parler du christianisme ? De la nuit des longs couteaux en allemagne nazie sans parler de leur idéologie nauséabondes ? Ou des famines organisées par Staline sans parler du Communisme ? Un peu de sérieux ! Si on veut parler des victimes d'un problème il faut parler du problème !

Simon Riaux - Rédaction
04/06/2018 à 16:06

@Dan

Le documentaire est consacré à une "succession de témoignages de personnes, dont on a l'impression de déjà connaitre le visage, qui racontent simplement ce qu'ils ont vécu, comment ils l'ont vécu et comment ils s'en sont sortis".

Il ne s'agit donc pas d'une réflexion consacrée à la politique intérieure (ou extérieure) de la France, ni à une étude du fait religieux.

Par conséquent, la critique ci-dessus n'a pas à aborder d'autre sujet.

En espérant avoir répondu à votre question.

Dan
04/06/2018 à 13:52

Je étonné et consterné de ne pas lire à un seul moment le mot Islam ou un de ses dérivés...
J aimerais savoir s il en est de même pour le documentaire que j aimerais ne pas voir si tel était le cas.

Dan

Saiyuk
04/06/2018 à 13:40

Pas d'accord sur tout ce que dit l'article, mais documentaire vu samedi, et oui il calme et il aest hautement recommandable dans ce qu'il montre de l'humain en positif.

K.
04/06/2018 à 11:07

C'est bien jolie cet article, ce documentaire et cette conclusion mais malheureusement les gens aujourd'hui sont baignés dans l'individualisme et le mercantilisme, il n'y a plus de solidarité sauf pour se donner bonne conscience ou alors pour regarder du sport parce que ça permet de se divertir et d'échapper à la réalité.

La réalité d'ailleurs, c'est Macron élu en France (par le peuple français rappelons le) qui est en train de complètement flinguer le système social français et va foutre dans la décennie a venir un nombre incalculable de nos concitoyens dans une pauvreté ou extrême pauvreté et ces derniers ne vont peut être pas mourir dans un attentat terroriste mais dites vous bien que qu'il y aura bien plus de souffrance que tous les attentats que nous auront pu vivre jusqu'ici à cause de la politique pratiqué maintenant et ses conséquences dans le futur.

Alors bon, la conclusion a la base de "nous n'avons qu'une seule envie : sortir, dehors, voir les autres, parler aux autres, les toucher, savoir qui ils sont, savoir comment ils vivent et comment ils vont" n'est malheureusement qu'une chimère car les français ont fait le choix du vivre chacun pour soi et du "marche ou crève" et ce ne sont pas les attentats terroristes qui menacent le plus notre bon vieux peuple (même si ces derniers font une bonne vitrine pour cacher la véritable menace).

captp
04/06/2018 à 09:02

A la vision de ce documentaire/témoignage je ne peux m’empêcher de me poser une question que je ne m'étais jamais posé avant tant j'ai eu l'impression que tout c'est enchainé trés trés vite .... il se passe plus d'une heure entre la 1er fusillade au 1er bar et l'entré au Bataclan et tout gravite autour du même secteur (les autres bars avant).
je ne m'explique pas pourquoi le quartier n'a pas été totalement encerclé par toute les forces de police possible pendant cette heure .le débarquement n'a lieu que quand les terroristes allument le bataclan .Attention c'est pas une critique mais plus un constat et J’espère sincèrement que ce triste épisode a permis aux forces de l'ordre d 'être mieux préparé et plus réactif au cas ou d'autre blaireaux referaient le même genre d'actions qui étaient avant cela totalement inédit.

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