Un Doigt dans le Culte : Abyss de James Cameron

Mise à jour : 28/05/2018 05:39 - Créé : 6 mai 2018 - Christophe Foltzer
Photo Abyss
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Avec Un Doigt dans le Culte, la rédaction profite de son temps libre, de son salaire mirobolant et de sa mégalomanie galopante pour partager avec vous des œuvres importantes, cultes, adorées ou en dehors de toute actualité. Films, séries, livres, bandes-dessinées, sculptures en crottes de nez, tout va y passer. Et aujourd'hui, on va causer d'Abyss, peut-être l'un des tout meilleurs films de James Cameron.

 

Ancien artisan des effets spéciaux pour l'écurie Roger Corman et sa société New World PicturesJames Cameron a toujours nourri de grandes ambitions mais n'a jamais perdu de vue le sens des réalités. On pourrait penser que cela le limiterait dans ses envies mais non, au contraire, la manière dont il aborde le concret lui est spécifique. S'il ne perd pas le sens des réalités, son objectif premier est de le tordre, de le plier, pour qu'au final le Réel lui obéisse. Une entreprise jusqu'au boutiste que l'on pourrait qualifier d'obsessionnelle et qui nous a offert quelques grands moments de cinéma. Dont Abyss, probablement son meilleur film.

 

 

TOUT AU FOND

Quand James Cameron s'attèle à l'écriture d'Abyss, il n'a plus grand chose à prouver. Après les mésaventures sur son premier film Piranhas 2, dont il s'est fait virer du montage, J.C. a pris sa revanche en emballant pour 6 millions de dollars le premier Terminator, posant ainsi la première pierre d'une filmographie toute en démesure et empreinte d'une culture populaire en droite ligne des années 70, du cyberpunk, de la science-fiction paranoïaque et de tout ce terreau underground qu'il contribuera bien malgré lui à rendre mainstream dans les années qui suivront.

Puis, ce fut Aliens, le retour, suite sévèrement burnée du chef-d'oeuvre de Ridley Scott et premier défi d'importance puisqu'il fallait quand même s'attaquer à l'un des joyaux du cinéma d'horreur de l'époque. Contrat plus que rempli puisque, tout en respectant scrupuleusement le travail accompli, Cameron a injecté dans son film tout ce qui le fait vibrer : des scènes d'action bien haletantes, des flingues, des mercenaires badass et un personnage féminin fort. Bref, tout ce qui fait son cinéma. 

 

Photo Abyss

Mary Elizabeth Mastrantonio et Ed Harris, tout au fond

 

Après ces deux gros succès, Cameron a les mains libres et il peut, plus ou moins, faire ce qu'il veut. C'est donc là qu'il sort de son tiroir Abyss, qu'il prévoit comme le film de science-fiction définitif, à une petite nuance près : l'histoire se déroule quasi exclusivement sous l'eau, rendant déjà le projet très compliqué. Oui, nous ne sommes pas là pour choisir la voie de la facilité.

Ecrit et réalisé par James Cameron, le film sort chez nous le 27 septembre 1989 et nous raconte l'histoire d'une station sous-marine, le Deep Core, et de son équipage mené par Bud Brigman (Ed Harris) qui se voit réquisitionné par l'armée pour retrouver la trace d'un sous-marin nucléaire qui a sombré pour une raison mystérieuse. En pleine Guerre Froide, alors que la menace d'une attaque russe n'a jamais été aussi présente, l'équipage va se retrouver face à un phénomène étrange : quelque chose se tapit dans les profondeurs et ce n'est pas humain. Reste encore à connaitre ses intentions.

 

Photo Ed Harris, Mary Elizabeth Mastrantonio

 

LA VIE, PAS UN LONG FLEUVE TRANQUILLE

Ce qui est intéressant avec Abyss, c'est qu'il s'agit probablement du film le plus personnel de James Cameron à ce jour. On le sait, Terminator est né d'un de ses cauchemars lorsque, fièvreux, il avait eu l'image d'un exosquelette de métal sortant des flammes, mais dans le cas d'Abyss, l'inspiration inconsciente vient avant tout de sa vie. D'une part, parce que Cameron est un explorateur né, qu'il s'agisse de l'espace ou des fonds marins, il veut aller en contact direct avec l'inconnu, mais surtout parce qu'à l'époque où il prépare son film, on ne peut pas dire que sa vie de couple soit au beau fixe. 

En effet, peu après Terminator, James Cameron épouse la productrice Gale Anne Hurd, qui produira plusieurs de ses films (ainsi qu'une pelletée d'autres) et ce n'est pas vraiment le bonheur absolu. Lorsque Cameron planche sur Abyss, leur mariage bat déjà de l'aile depuis un certain temps et la séparation semble inévitable. Si le couple divorcera finalement en 1989, on peut voir en Abyss une tentative de recoller les morceaux. Parce que oui, à bien y regarder, le film ne parle que de cela : un couple au bord de la rupture qui tente de sauver son mariage alors qu'ils sont tout au fond de leur relation. Le cinéma étant avant tout un art symbolique, le postulat est clair : lorsque nos deux héros vont dans les profondeurs chercher une ogive nucléaire qui pourrait détruire le monde/leur mariage, ils découvrent tout au fond une présence/lumière innocente et bienveillante qui leur révèle l'intensité de leurs sentiments respectifs, leur permettant de surmonter les épreuves pour finalement sortir la tête de l'eau. On ne peut faire plus limpide.

 

Photo Abyss

Gale Anne Hurd et James Cameron au moment d'Aliens, le retour

 

Bien entendu, Abyss ne parle pas que de cela, sinon il n'aurait pas un grand intérêt en tant que film de science-fiction, il est aussi l'occasion pour Cameron d'attaquer l'un de ses sujets préférés, la menace nucléaire. Elle est là, partout, tout le temps en toile de fond de sa filmographie, même quand elle ne dit pas son nom. Qu'il s'agit de l'apocalypse des Terminator, ou de la destruction de Pandora dans Avatar, la menace nucléaire semble terroriser le réalisateur. Mais dans Abyss, elle semble plus réelle que d'habitude. Déjà parce que le film se passe de nos jours et dans notre monde, sans aucun artifice temporel à la Kyle Reese, mais surtout parce que, pour la première fois, elle est personnifiée au travers d'un humain, Coffey (Michael Biehn), le militaire qui perd progressivement les pédales dans le Deep Core. En effet, pour la première fois, Cameron nous montre une menace nucléaire qui n'en est pas une en tant que telle. Ce n'est pas le nucléaire qui est dangereux, c'est l'humain qui l'utilise. Un constat simple, évident, mais qui le rend encore plus terrifiant.

 

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Pourquoi faire simple ?

 

POUR LA GLOIRE

James Cameron n'est pas réputé pour ses tournages plan-plan et Abyss en est une excellente démonstration. Ambitionnant rien de moins que de livrer le film de science-fiction ultime, qui plus est  sous-marin, il dispose donc d'un budget 68.5 millions de dollars de l'époque (environ 145 millions d'aujourd'hui) pour mener à bien son projet. En résulte des moyens démesurés et la certitude dès le départ qu'il va falloir composer et tordre le Réel pour y arriver.

Aucun studio immergé n'est assez grand pour accueillir l'équipe et créer les décors ? Aucun bassin n'est assez profond ? Pas de soucis, James Cameron va le créer de toutes pièces et investir une ancienne centrale nucléaire pour  y construire une cuvette artificielle de 13 mètres de profondeur, qu'il fait ensuite recouvrir d'une bâche géante pour empêcher la lumière du jour de filtrer et donner l'illusion d'être dans les fonds marins. Les séquences sous-marines sont déjà compliquées à réaliser ? Et si on y ajoutait de l'action avec les vrais comédiens ? Tout le casting a subi un entrainement intensif à la plongée avant le tournage, comme l'équipe technique, et les voilà, 3 jours par semaines et 10h durant, sous la flotte avec leurs bouteilles et leurs masques à jouer leurs personnages.

 

Photo Abyss

Ce qui reste du décor d'Abyss : la station Deep Core dans une centrale nucléaire désaffectée

 

Mais Cameron n'est pas du genre à laisser les autres dans la panade puisqu'il les accompagne tous les jours dans leurs plongées, profitant des moments de décompression pour visionner les rushs du film, réécrire des scènes, retoucher au story-board. Un gros bourrin de travail donc qui ne semble connaitre aucune limite. Pourtant, il y en a bien une et, par une cruelle ironie, c'est lui-même. Pour mener une entreprise de cette ampleur, il faut un sacré caractère et une grosse solidité mentale. Et c'est exactement ce dont la vie a doté Cameron avec une petite nuance toutefois puisqu'elle y a rajouté un beau caractère de merde et une tendance facile à la tyrannie.

Et cela se manifeste tous les jours sur le plateau, comme si le tournage n'était pas déjà suffisamment compliqué comme ça. Déjà que le film est quasiment un huis-clos étouffant, que les contingences sont lourdes pour tout le monde, la tension ne cesse de grandir sur le plateau. Entre les soucis climatiques (une tempête emporte la bâche recouvrant le bassin, obligeant l'équipe à tourner de nuit), les problèmes techniques (les générateurs qui sautent en cours de prise alors que tout le monde est sous l'eau, le bassin qui se rompt), c'est bien le facteur humain, et celui de Cameron en particulier qui pose problème. Rapidement les techniciens rebaptisent le film The Abuse (l'abus, donc), en impriment des t-shirts tandis que Cameron en remet une couche dans sa quête de perfection.

 

Photo Ed Harris, Mary Elizabeth Mastrantonio

Deux comédiens poussés à bout

 

Au comédien Ed Harris, il diminue sans l'avertir ses réserves d'oxygène lors d'une scène où il censé s'étouffer, ne jugeant pas le résultat suffisamment réaliste. Harris manque vraiment d'arriver à court d'air et l'expérience sera suffisamment désagréable pour que, une fois le tournage terminé, il jure de ne plus jamais travailler avec lui. Mary Elizabeth Mastrantonio en fait les frais également. Dans la scène culte où elle est réanimée, personne ne la ménage, surtout pas le réalisateur. Poussée dans ses derniers retranchements, rendue moralement instable, elle parvient enfin à donner sa meilleure prestation pour apprendre que le chef-opérateur n'avait pas de pellicule dans sa caméra et n'a donc rien pu filmer. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, l'actrice pète un câble, Cameron aussi et elle quitte le plateau pour ne plus jamais revenir. Heureusement toutes ses scènes importantes avaient été filmées. Des anecdotes de ce calibre, il y en a des centaines.

 

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TOUR DE FORCE

Projet pharaonique s'il en est, Abyss est avant tout un énorme défi technique, notamment du point de vue de ses effets visuels. Il faut bien se rappeler qu'à l'époque, nous en sommes encore aux balbutiements des images de synthèse. Jurassic Park n'a pas encore mis tout le monde d'accord et James Cameron n'a pas encore fait son Terminator 2Abyss lui servira de laboratoire. Le récit impose un effet inédit, lors de la visite des mystérieuses entités dans le Deep Core. Une colonne d'eau mouvante et qui affiche un visage humain reproduisant à la perfection les émotions des comédiens. Un tour de force incroyable, rendu possible grâce aux dernières avancées en matière de CGI, 100% artificiel et qui ajoute une difficulté supplémentaire : rendre crédible le mouvement et la texture de l'eau. Un vrai petit miracle technologique qui vaudra d'ailleurs à l'équipe un Oscar des meilleurs effets visuels en 1989 et que James Cameron poussera encore plus loin quelques mois plus tard avec le T-1000.

 

Photo Abyss

LE tour de force du film

 

Pour mettre au point ses extra-terrestres, Cameron décide de faire appel aux services du dessinateur Jean Giraud, alias Moebius. Fer de lance de toute une génération d'artistes français dans les années 70, Moebius est connu pour L'Incal, Blueberry, entre autres, et pour être le chef de file du magazine Metal Hurlant qui a traumatisé une génération d'artistes américains avec sa version anglaise Heavy Metal et qui a aussi permis à Ridley Scott d'établir l'univers visuel d'Alien. Pour Abyss, Moebius fait le choix heureux de s'éloigner d'un certain anthropomorphisme qui aurait atténué l'effet recherché. En résulte des créatures translucides, inspirées de celles peuplant les grands fonds marins tout autant que des pieuvres et autres créatures aquatiques étranges tout en faisant particulièrement attention à les rendre mystérieuses mais pas inquiétantes.

Parce que les créatures du film sont dans la droite lignée d'un Rencontres du troisième type par exemple : elles sont bienveillantes, innocentes, pures, accueillantes et ne sont qu'inquiétantes que lorsque son spectateur s'en méfie. Une décision artistique totalement en phase avec le propos du film, qui prône l'ouverture à l'autre, le dépassement des barrières et des préjugés, renforcée qui plus est par une utilisation de couleurs chaudes et rassurantes, enfantines pourrait-on dire, tout autant que des contours ronds, féminins. 

 

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LE FILM BOIT LA TASSE

On aurait pu penser qu'avec une telle entreprise, James Cameron ne pouvait pas se planter. C'est pourtant tout l'inverse qui se produit puisque, au moment de sa sortie, le film est considéré comme un échec. Probablement le plus grand du réalisateur à ce jour. Abyss ne rapporte "que" 54 millions de dollars sur le territoire américain, il ne se rembourse donc pas. Beaucoup de critiques lui tombent dessus en mettant en lumière les nombreux défauts du récit, qu'ils qualifient de meilleur film catastrophe que film de science-fiction. Une certaine naïveté du propos est aussi critiquée, mais ce que tout le monde attaque, c'est la fin, trop rapidement expédiée et perçue comme déceptive.

Il y a une bonne raison à cela puisque, en l'état, Abyss n'est pas terminé. La vision de James Cameron durait quasiment trois heures, et il manque des pans entiers du récit. Ce qui explique le rôle plus anecdotique des créatures dans la version cinéma, une menace nucléaire un peu brouillonne et un manque certain de connexion entre les créatures et les héros. Dans les mois qui suivent, nous entendons parler d'une scène fantastique qui n'aurait pas été intégrée au film, un gigantesque tsunami qui déferlerait sur le monde, moyen de pression ultime des entités, qui contrôlent l'environnement, pour stopper la course à l'armement entre la Russie et les Etats-Unis. Longtemps fantasmée, cette séquence n'a en fait jamais été terminée et devait être le clou du spectacle.

 

Photo Abyss

 

Le succès gigantesque de Terminator 2 aidant, la 20th Century Fox accepte de débourser 500.000 dollars supplémentaires pour que James Cameron termine Abyss. En 1993 sort la version longue du film, appelée Special Edition, un montage de presque 3h qui corrige tous les défauts pointés par la critique et surtout intègre la scène du tsunami dans une version terminée. Cette nouvelle sortie ne rapportera que 240.000 dollars qui, couplée à l'exploitation internationale de la première version, permettra à Abyss de rapporter au total 90 millions de dollars, remboursant ainsi son budget initial, dégageant du bénéfice, même si on est très, très loin du gros succès définitif imaginé par James Cameron au moment de sa préparation.

Devenu culte avec le temps, Abyss est un film qui mérite qu'on s'y attarde, parce qu'il est probablement le plus sincère de son réalisateur, son plus personnel en tout cas. A la croisée du cinéma d'auteur et du film à grand spectacle, il en devient un objet hybride et fascinant, tour de force technique tout autant que calvaire humain dont les nombreuses difficultés qui ont émaillées sa conception se ressentent à l'écran et renforcent encore plus son caractère oppressant et étouffant. S'il est loin d'être parfait et qu'il n'a jamais eu la carrière vidéo qu'il mérite, sa ressortie sur Netflix dans une version remastérisée et enfin au bon format (même s'il s'agit de la version courte de 2h20, sortie au cinéma en 1989) constitue à elle-seule un événement immanquable.

Bref, vous n'avez maintenant plus aucune excuse pour ne pas voir ce qui reste probablement le meilleur film d'un réalisateur hors du commun.

 

Photo Abyss

commentaires

Scarface666 08/05/2018 à 15:04

La version blu-ray devrait au final arriver dans les 2 ans, j'en suis quasi sur.
-Cameron remastérise plein de ces films pour des ressorties 3D, Abyss va surement y passer.
-Le film fêtera ses 30 ans en 2019 (date anniversaire - nouveau master fort possible).
-Il va être au centre de l'attention quand Avatar 2 sortira, donc un moment propice pour lâcher le BRD.

real 07/05/2018 à 20:08

S'il y a un film de sa filmo que Cameron devrait ressortir en 3D pour le redécouvrir sur grand écran, c'est bien celui-là !

sylvinception 07/05/2018 à 17:48

Une dizaine d'années environs que Cameron se fout de notre gueule, en nous faisant miroiter une édition Blu Ray à coup de petites déclarations, par-ci, par-là, au gré des interviews...

Il a pas le temps quoi, trop occupé par ses pompes à fric Avatar.

corleone 07/05/2018 à 14:32

Comme c'est si lointain cette belle époque où James Cameron faisait encore du cinéma…

kiki 07/05/2018 à 08:34

belle critique d'EL
Un grand moment de cinéma un peu ignoré par rapport aux autres films de J.Cameron
à noter l'existence d'un making of hallucinant et passionnant que rapporte bien EL
on attend effectivement une édition 4 k méritée

Yourglaaa 07/05/2018 à 05:06

Abyss : 1989
Jurrassic Park : 1993
Loin d'en être à ses balbutiements, donc. ;-)

Number6 06/05/2018 à 20:41

Mais euh, il sort quand ce foutu blu ray. Et en version longue please. J'ai le DVD collector avec la vl à l'époque où cdiscount faisait de chouette offre.
Apres bizarrement, autant le film vu petit il y a longtemps à toujours été un de mes films préférés et encore maintenant. Mais je pense que ceux qui le découvrent maintenant, comme ma femme, n'ont peut être plus assez de recule face à cette histoire encrée dans son temps et qui peut paraître naïve. C'est en tout cas le propos de ma femme.

bof 06/05/2018 à 19:00

Très bel article, merci.

J'aimerais tellement revoir la version longue de ce film dans les meilleures conditions possibles...

Hank Hulé 06/05/2018 à 18:24

La fin de la version "courte" est absolument à chier et ridicule. Voila !

Matt 06/05/2018 à 17:51

La séquence où Ed Harris se laisse tomber dans la faille pour désamorcer l'ogive nucléaire est un pur moment de cinéma. Le dialogue avec sa femme grâce à son clavier m'avait tellement marqué étant jeune et son I love you wife me met la chair de poule à chaque fois. Sacré James!
Le making of ( et je rejoins le commentaire plus haut) est absolument incroyable et réalisé par Van Ling proche collaborateur de Cameron qui n'évite pas la langue de bois.

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