Ready Player One : le blockbuster de Spielberg a t-il été ridiculisé par Avengers et autres super-héros ?

Geoffrey Crété | 4 août 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 4 août 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Retour sur la carrière au box-office de Ready Player One.

Après une suite de films plus sérieux et parfois cantonnés aux cases moins grand public, comme Lincoln et Pentagon Papers, c'était le grand retour en fanfare de Steven Spielberg dans l'arène du blockbuster : Ready Player One, adaptation très attendue du livre d'Ernest Cline, avec notamment Tye Sheridan et Olivia Cooke. L'occasion pour le réalisateur de revenir à la science-fiction, après les grandioses A.I. : Intelligence artificielle et Minority Report au début des années 2000.

Mais le monde a changé. Avec une industrie très clairement dominée par les super-héros, et principalement les Avengers, où est la place d'un cinéaste comme Spielberg ? Et d'un blockbuster comme celui-ci ?

Bilan de la carrière en salles de Ready Player One.

 

 

 

LE BUDGET

Ready Player One aurait coûté dans les 175 millions de dollars. Un budget particulièrement élevé pour Steven Spielberg, qui se situe dans la zone d'un Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal (180 millions), et bien supérieur à Minority Report ou A.I. : Intelligence artificielle (une centaine de millions à l'époque).

A cela s'ajoute comme d'habitude le budget marketing bien gardé par les studios. Généralement, ce budget est estimé à une centaine de millions minimum pour un blockbuster de cet ordre. Minimum, puisque le studio n'a pas lésiné sur les moyens : Variety révélait ainsi que la Warner avait dépensé plus de 9,6 millions rien que pour une semaine de publicité à la télévision américaine en février. Un chiffre qui donne un aperçu de la note qui a probablement été très salée.

Ready Player One a donc logiquement coûté au total entre 250 et 300 millions.

 

Photo Un saut dans le vide

 

LE BOX-OFFICE MONDIAL

Avec 581 millions de dollars récoltés dans le monde, Ready Player One est un succès, mais un succès modeste. Il est très loin des films de super-héros récents : Deadpool 2 (plus de 730 millions), Black Panther (1,3 milliard) et Avengers : Infinity War (plus de deux milliards). 

Néanmoins, c'est à relativiser puisque le film reste l'un des plus gros succès de Steven Spielberg au box-office. Sans compter l'inflation, Ready Player One se place derrière Jurassic Park, Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, E.T. L'Extra-TerrestreLe Monde perdu : Jurassic Park et La Guerre des mondes. Et comparé aux récents Pentagon PapersLe Pont des espionsCheval de guerre ou Le BGG - Le Bon Gros Géant, qui n'ont pas atteint les 200 millions, c'est même une vraie réussite.

Avec l'inflation et un calcul toujours approximatif (tant dans les mathématiques que dans les évolutions sociétales), Ready Player One se retrouve bien plus bas dans les succès du réalisateur, l'écart se creusant avec les succès faramineux d'E.T., Les Dents de la merJurassic Park, Indiana Jones ou encore Il faut sauver le soldat Ryan.

 

Photo Ready Player One Spielberg sur le tournage de Ready Player One

 

LE BOX-OFFICE DOMESTIQUE

Le film a récolté environ 136 millions aux Etats-Unis et Canada. Pour un budget officiel de 175 millions, c'est peu. Même constat que pour le box-office mondial : Ready Player One est très loin des scores des super-héros, Black Panther (près de 700 millions) et Avengers : Infinity War (plus de 655 millions) étant les grands gagnants.

Sauf que passé ces mastodontes, le choc est moins rude. Ready Player One se retrouve après Deadpool 2 (279 millions), Sans un bruit (185 millions) et Solo : A Star Wars Story (176 millions). L'écart est nettement moins grand.

Au box-office américain et canadien, Ready Player One est le 13e plus gros succès de Spielberg (sur 33 films). Avec l'inflation, il se retrouve 19e.

 

Photo Olivia Cooke, Win Morisaki, Philip Zhao Victoire en demi-teinte pour la bande de révolutionnaires

 

LE BOX-OFFICE ÉTRANGER 

C'est en dehors des Etats-Unis que Ready Player One a marqué le plus de points. Avec 444 millions, il a sauvé la mise, en grande partie grâce à la Chine, où il a engrangé 218,4 millions. Le Japon (23 millions), la France (21 millions), le Royaume Uni (21 millions) sont les autres territoires importants.

Le blockbuster doit plus de 75% de son box-office aux territoires étrangers, ce qui illustre encore une fois une tendance du cinéma à grand spectacle contemporain, et fragilise beaucoup le système hollywoodien - si la Chine devient le berceau des comptes des grands studios, pourquoi ne pas calibrer les films sur le pays, ses traditions, ses envies et sa culture ?

 

Photo Mark Rylance Merci la Chine, merci ces cheveux de manga

 

LE BOX-OFFICE FRANÇAIS 

2,2 millions d'entrées. C'est respectable, mais très loin des grands succès de SpielbergE.T. L'Extra-Terrestre (7,8 millions), Jurassic Park (6,5 millions), Les Aventuriers de l'Arche Perdue (6,2 millions), Les Dents de la mer (6,2 millions), Indiana Jones et la dernière croisade (6,2 millions) ou encore Indiana Jones et le Temple Maudit (5,6 millions).

Ready Player One se place entre La Liste de Schindler (2,6 millions) et La Couleur pourpre (1,7 million).

C'est néanmoins mieux que les récents Pentagon Papers (1,3 million), Le Pont des espions (971 000), Le BGG - Le Bon Gros Géant (771 000), Cheval de guerre (715 000) ou Lincoln (1,3 million).

 

Photo La clé du succès (ou pas)

 

LES RAISONS

La niche geek : Ready Player One a probablement été perçu comme un objet destiné à un public précis, qui consomme et connaît les jeux vidéo et tout ce pan de la pop-culture au coeur de l'histoire. Pour de nombreux spectateurs, le film ne leur était simplement pas destiné. L'importance des avatars et décors virtuels dans la promo n'aura fait qu'accentuer ce sentiment.

Le phénomène Sans un bruit que personne n'a vu venir. Sorti juste après, le film d'horreur de et avec John Krasinski a été un énorme succès dès sa sortie aux Etats-Unis, où il a encaissé une cinquantaine de millions (contre 41 pour Ready Player One). Le bouche-à-oreille lui a assuré une très bonne tenue au fil des semaines, ce qui a en partie grignoté le blockbuster de Spielberg qui était très présent dans le paysage depuis des mois.

Enfin, le facteur Spielberg. Le cinéaste a beau être l'un des noms les plus connus et reconnus, il n'attire pas en masse par principe. Un regard sur son box-office prouve qu'il ne marche jamais mieux qu'avec entre ses mains une marque comme Indiana Jones, ou une star comme Tom CruiseReady Player One n'a aucun des deux. Le résultat n'est donc pas tant étonnant vu sa carrière, qu'éventuellement décevant vu l'ampleur du projet et son budget.

 

Photo Tout casser, mais pas tout récolter

 

LES CONSÉQUENCES

Aucune conséquence particulière. Steven Spielberg est bien trop installé pour vaciller face au box-office, et Ready Player One s'en sort relativement bien. Le cinéaste a comme toujours plusieurs projets sur le feu, dont un remake de West Side Story et un Indiana Jones 5 qui vient d'être repoussé.

Seul le projet de suite évoqué par l'écrivain Ernest Cline en souffrira. Il avait affirmé son désir de raconter d'autres histoires, sous les titres Ready Player Two et Ready Player Three, et parlé de la possibilité d'en tirer un autre film en cas de succès au box-office. Difficile d'imaginer que la Warner voit cette suite dans les chiffres.

 

Photo Ben MendelsohnL'homme qui incarne l'ennemi et le business dans le film

 

La seule vraie conséquence semble être la confirmation que le public de 2018 répond clairement plus à l'appel des super-héros et super-franchises qu'autre chose. Le goufre entre les chiffres d'Avengers : Infinity War et Black Panther, et ceux de Ready Player One, est incroyable. Le parallèle avec l'histoire du film de Spielberg, qui oppose le cynisme du business man qui ne cherche qu'à contrôler le divertissement pour amadouer le public, est d'ailleurs incontournable.

Ne reste plus qu'à voir si les studios vont de moins en moins ouvrir de nouvelles portes, avec des films "originaux" (sachant que Ready Player One reste une adaptation d'un best seller, alors que des centaines de scénaristes proposent des histoires originales chaque année), alors que le public crie clairement en masse qu'il veut de la franchise sur un modèle précis.

 

Photo En route vers... le succès ?

 

BILAN

Près de 583 millions récoltés en salles, entre 250 et 300 millions de budget : en retirant à la louche la part récupérée par les exploitants, et en sachant que les détails des contrats sont bien évidemment gardés par les studios, Ready Player One aurait jusque là dégagé très peu (peut-être dans les 60-80 millions), voire pas de bénéfice (le calcul étant plus que compliqué, et dépendant de données "cachées").

Le film devait passer la barre des 500 millions pour être un minimum rentable, ou du moins rentrer dans ses frais, selon Deadline. Il s'en est sorti de justesse grâce à la Chine... qui est justement l'un des pays où un studio américain récupère le moins d'argent sur les entrées.

Nul doute que les ventes vidéo et le merchandising auront une importance capitale dans l'équation. Nul doute également que pour quiconque qui surveille de près le box-office, Ready Player One est la preuve que le public est plus que difficile à attirer vers les superproductions "originales" (ni remake ni reboot ni suite), hors des grosses franchises qui vampirisent les salles.

 

Ready Player One, disponible en DVD et Blu-ray depuis le 8 août.

 

Photo

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commentaires
Geoffrey Crété - Rédaction
07/08/2018 à 20:05

@Anonyme

On reprend... encore...

Cet article parle uniquement du box-office. Des chiffres. Comme énoncé dès l'intro.
Aucunement un avis critique sur l'aspect artistique. Pour cela, il y a la critique. Vous la retrouverez sur la fiche du film, en lien en orange fluo partout dans l'article.

Le terme "ridiculisé" est en lien avec le gouffre entre les chiffres d'Avengers et Ready Player, deux gros films attendus qui représentent deux idées du blockbusters. Pourquoi on se focalise sur les chiffres uniquement ici ? Parce que c'est le principe de ces articles-rapports box-office.

L'angle de cet article n'est pas fantasmer ou imaginer ou déduire l'influence qu'aurait un film (chose difficilement définissable) : nous avons en revanche questionné la valeur du film dans un dossier.

https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1017105-ready-player-one-un-echo-surmultiplie-du-legendaire-jurassic-park-de-steven-spielberg

Si vous n'avez pas compris que cette rubrique ne donne pas un "avis", mais parle chiffres, et compare les chiffres dans l'industrie, on vous recommande de le lire. La conclusion notamment est très claire quant au regard qu'on porte sur la popularité de certaines franchises face à Ready Player One. Film dont on a parlé en très positif, s'il fallait le rappeler, à sa sortie;

Et on parle bien assez souvent de films boudés par le public et/ou la critique (la rubrique des mal-aimés) pour ne pas pouvoir être accusés de faire un lien entre la valeur d'un film et son succès.

A part vous dire de (re)lire cet article avant de nous coller une étiquette et émettre un avis sur cela (qui ne saurait être réduite à un titre, même si ça aussi c'est devenue un réflexe de l'époque), et frôler le troll, on ne voit pas quoi rajouter. :)

Anonyme
07/08/2018 à 19:53

Ridiculisé c'est peut-être un peu exagéré ?

Surtout ne faite pas comme Star Wars 7, dès sa sortie à dire "Ouaahh c'est génial, c'est le meilleur film de l'année" et quelques mois ou années après à dire tout le contraire.

Ce sujet est clairement un troll selon moi.

Car vu les critiques et les retours des gens, ce film a été aimé et bien plus que les films de la licence Star Wars (sans polémique aussi grosse).

Ils ont proposé quelque chose et on aime ou pas. et c'est génial.

Et c'est facile, de nouveaux films arrivent tout le temps, alors après ça sert à rien de dire ce genre de chose qui sont dépassés par le temps.

L'argent gagné n'a aucune influence comparé à l'influence d'un film.
Des fans qui restent fidèles pendant des années vaut mieux que plein d'argent et des fans non fidèles qui vont finir par retourner leur vestes.

La question d'argent ne veut rien dire, mais ce que j'aime pas c'est quand se demande que le film est ridiculisé, ça veut dire quoi ça ?

Le film a marché mais il n'est pas assez bon car un film apparut après a rapporté plus (sans compter que c'est le 3ème film de cette série Avengers) ?

On peut pas prévoir la réaction du publique mais il est évident qu'un film qui vient de commencer et une série qui a déjà plusieurs volées de film et déjà une clientèle, c'est absurde.

Si l'auteur ou les gens veulent comparer des séries de film, qu'ils comparent avec une popularité de fans et de films similaires, je vois pas franchement l'intérêt.

Et si vous avez pas compris "Ready Player One est un nouveau film sur le marché et qui dit nouveau (d'après ce que j'ai vu), dit innovation, tout le contraire des plus gros films d'aujourd'hui qui ne font que du réchauffer"...

Voilà, un de ces jours, ceux qui ne comprennent pas comprendront, mais ça fait trop longtemps que je suis les actualités du multimédia et les trolls deviennent lassant...

Geoffrey Crété - Rédaction
07/08/2018 à 01:50

@Rudy Mako

Cet article, c'est un article box-office/business. Comme clairement énoncé dès l'intro. Un article qui a aucun moment ne parle de la valeur artistique des films.

Pour cela, il y a la critique de Ready Player One, et un dossier consacré à sa valeur.

https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1017105-ready-player-one-un-echo-surmultiplie-du-legendaire-jurassic-park-de-steven-spielberg

Merci de ne pas nous faire dire ce que jamais nous n'avons dit. Parler du box-office en matière de blockbuster, de l'impact que ça a à moyen terme, et du sens que ça a pour l'industrie, c'est un sujet passionnant. Tout comme le travail critique et l'analyse. Les deux coexistent et jamais nous ne plaçons le box-office au-dessus de l'art - bien au contraire, si vous nous lisez souvent/attentivement.

Rudy Mako
07/08/2018 à 01:44

C'est quoi cet article dis donc. Ce qui m'émeut dans le cinéma ère super héros, c'est que la valeur d'un film repose maintenant sur son succès ou non au box office.

Satan LaTeube
06/08/2018 à 17:17

Pauvre de toi.
On se prépare une belle génération de décérébrés.

Sorent81
06/08/2018 à 15:46

Ben j' ai 40 ans , je regarde des manga , je joue au jeux vidéo , j' ai une femme , des enfants , une maison et un bon boulot ....... Merci et vive la génération club do ????????????????

Geoffrey Crété - Rédaction
06/08/2018 à 11:50

@Lear

On publie ces articles une fois que la carrière en salles est terminée, pour que les chiffres soient le plus précis possible, vers la sortie en DVD/BR donc (comme précisé à la fin avec Ready Player One). La vie d'Ant-Man 2 n'est pas encore terminée, et Solo aura son dossier sur le sujet d'ici un mois, pour sa sortie vidéo fin septembre. Sur ce dernier cas : on a déjà largement parlé de son flop en salles hein... au point d'avoir été plusieurs accusés de remuer le couteau dans la plaie.

Pour info, on a défendu Ready Player One dès sa sortie, on l'a opposé aux blockbusters plus calibrés pendant des semaines pour manifester notre excitation, et on a même publié un dossier pour mettre en avant sa valeur.

https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1017105-ready-player-one-un-echo-surmultiplie-du-legendaire-jurassic-park-de-steven-spielberg

Cet article ici parle uniquement du business, et ce choix de titre est là pour justement alerter sur ce qui nous semble être très important dans le rapport du public aux blockbusters. C'est clairement explicité dans l'article, sur la fin.

Etant donné qu'on a descendu quantité de Marvel (dont Ant-Man 2), qu'on a descendu Solo également (au point d'être insultés), qu'on défend chaque mois d'autres films qui ont bien plus besoin de soutien qu'un Ready Player One d'ailleurs (pour citer les derniers : Happiness Road, Une pluie sans fin, Detective Dee, The Strange Ones, The Guilty), c'est assez comique de venir prétendre qu'on serait de vilains pro-blockbusters de bas-étage qui se contrefichent des autres films.

Notons que sur ces critiques de films plus petits, indépendants et discrets, personne ou presque ne vient commenter ou réagir. A méditer.

Lear
06/08/2018 à 11:34

Et pendant ce temps... Aucune mention des blockbusters qui se sont plantés en salles (eux), comme Ant Man 2 ou Solo, etc. Donc la question est: pourquoi RPO se serait plus ridiculisé que les vrais flops de cette année ? Le vrai article à écrire devrait s'intituler "Pourquoi les blockbusters originaux non dérivés de franchises ultra bankables ou de films de super-héros peinent à faire un carton - et comment mieux les soutenir plutôt que de les descendre dans des articles aux titres tendancieux ?" Qu'est-ce que cela révèle de la ligne éditoriale d'ÉcranLarge ? A méditer.

Buckaroo Banzai
06/08/2018 à 10:49

Mon dernier commentaire a disparu...
Sans commentaire quoi...
;-)

Geoffrey Crété - Rédaction
06/08/2018 à 10:14

@Buckaroo Banzai

Cela a un sens sensiblement différent. "Ridiculisé" illustre bien mieux ce qu'on constate dans les chiffres, le bilan bien lourd côté business, et ce qu'on veut raconter ici. Sans compter que ce "a t-il dépassé" est moins pertinent vu qu'on a déjà écrit qu'Avengers et Black Panther sont des succès monstrueux, ont battu des records, tandis qu'on a suivi aussi le box-office de RPO à sa sortie. C'est donc aussi une question de cohérence edito et de précision dans l'axe de l'article.
Bref :
Non non.
;)
Bonne journée

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