Hook : retour planant sur un Spielberg mal-aimé

Créé : 13 mars 2018 - Simon Riaux
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Avant Ready Player One, retour sur quelques films grandioses et plus ou moins aimés de Steven Spielberg. Aujourd'hui, le mal-aimé Hook.

Entre Pentagon Papers sorti en janvier dernier et Ready Player One attendu le 28 mars, il y a un monde : celui de Steven Spielberg, cinéaste incontournable qui règne sur Hollywood depuis des décennies, au-delà des modes et des genres.

Pour fêter son grand retour dans la science-fiction avec un blockbuster événement, Ecran Large revient sur une poignée de films mémorables, plus ou moins aimés, du réalisateur, depuis ses débuts jusqu'à ses succès les plus récents.

 

PhotoLa sublime affiche teaser du film

 

À L’OMBRE DES GÉANTS

Madeleine de Proust pour une génération de kids et repoussoir honni par une grande partie des aficionados de Spielberg, Hook est un film singulier, qui mérite plus d’attention et d’égards que ceux dévolus aux plaisirs « coupables » ou aux perles nostalgiques. Mais il pouvait difficilement tomber à plus mauvais moment dans la carrière du réalisateur.

Cette suite des aventures de Peter Pan et son prédécesseur, Always, sont coincés entre Indiana Jones et la dernière croisade d’un côté et le révolutionnaire Jurassic Park de l’autre. De plus, si Always n’a pas été accueilli avec trop de sévérité lors de sa sortie, le film a été perçu comme une grosse pièce montée de mièvrerie fadasse et pas mal de monde attend Spielberg au tournant. Hook est donc quasiment attendu avec des fourches, d’ailleurs son amour immodéré des contes de fée sera pour beaucoup dans la réputation – largement exagérée – que se trimballe encore l’auteur de sentimentaliste échevelé.

 

PhotoNi un nazi ni un dinosaure, mais un des meilleurs méchants de Steven Spielberg

 

Deux ans seulement après Hook débarquera Jurassic Park, qui fera instantanément oublier les cabrioles de Robin Williams, le ringardisant d’office. Une situation qui n’aide pas le film à être remémoré, d’autant plus qu’il n’est pas non plus exempt de défauts.

Aucun n’est rédhibitoire, mais accumulés, ils expliquent en partie la tiédeur de la réception du blockbuster. Les scènes de vol sont extrêmement inégales (voire franchement moches), les enfants perdus oscillent entre mignonnerie et ode à l’éventration pratiquée sans anesthésie, le scénario souffre d’un ventre mou en son milieu et le film ne retrouve jamais la grâce absolue de sa première demi-heure.

 

DERNIER DE SON CLAN

Ces limites ont beau être bien réelles, revoir aujourd’hui Hook, c’est aussi constater combien Steven Spielberg a composé un divertissement qui ne manque pas d’atouts dont on aimerait bien retrouver le dixième dans la production contemporaine. Il est de bon goût de vénérer John Williams quand il rejoue mollement ses partitions d’hier dans les nouveaux Star Wars, mais on a un peu vite oublié la phénoménale bande-son qu’il compose ici, entre conte inquiétant et aventure épique.

 

PhotoL'innocence et l'amertume se livrent un duel sans merci

 

Sorti dans le monde entre 1991 et 1992, Hook arrive avant que les révolutions numériques ne métamorphosent totalement la fabrication des films et par conséquent leurs direction artistique. Avec ses décors en dur, ses effets spéciaux physiques, ses innombrables cascades, ses longs plans scrutant d’immenses décors à la lumière et aux effets de particule toujours palpable, le métrage nous ramène à une époque où le cinéma ne s’appuyait pas autant sur la froideur d’effets produits à la chaîne à destination d’un public considéré comme aveugle et incapable de distinguer une technique audacieuse d’un effet raté indigne d’un gros Z (coucou Black Panther).

Dès ses premières images, Hook nous renvoie à une autre idée, une haute idée, du divertissement grand public et de l’odyssée enfantine, autant de genre et d’ambitions qui ont pratiquement disparu après lui.

 

PhotoRufio, un personnge... parfois embarrassant

 

DARK TOUCH

Et si on a logiquement caricaturé le film en tarte à la guimauve indigne, on a également oublié la gravité inhérente au scénario, ainsi qu’à l’interprétation. Nul besoin d’être un marmot pour frissonner lorsque Jack découvre la maison de Wendy sans dessus dessous, les murs arborant la terrible cicatrice d’un crochet vengeur. Impossible de réfréner une sombre poussée d’adrénaline quand apparaît la fresque représentant Crochet et ses pirates, ou quand Peter prend son envol pour la première fois.

Epique par endroit, Hook sait aussi se montrer des plus mélancoliques. Comprendre qu’en accueillant Peter en Angleterre, Wendy a cédé et renoncé à son amour est un mouvement dramatique déchirant, tandis que la relation contrariée entre Jack et son fils, pour classique qu’elle soit dans son déroulé, est écrite avec une finesse remarquable.

 

PhotoEt sitôt les ingrédients du rêve rassemblés, il doit se dissoudre...

 

Finesse qui est aussi l’apanage du casting. Regarder Robin Williams et Dustin Hoffman se provoquer est un plaisir de gourmet (« La mort est la seule aventure qu’il te reste… »), tandis que Bob Hoskins lâche les chiens du cabotinage dans le rôle de Mouche. Julia Roberts n’est pas en reste, et si on fantasme de voir un jour ce qu’aurait donné Carrie Fisher au rôle (elle devait initialement l’interpréter et a apporté les dernières retouches au scénario), la comédienne s’en tire avec les honneurs.

Imparfait mais d’une évidente richesse, Hook annonce la fin de l’enfance Spielberguienne, l’inévitable réveil d’un songe étiré au maximum. Une démarche passionnante, mais qui ne va pas toujours sans une certaine gueule de bois.

 

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commentaires

Mdr 15/03/2018 à 12:42

Dirty harry faut arrêter la drogue ,se film est un chef d œuvre n en déplaise ,il exploite à merveille l imagination des enfants après c es sur que si ta vu LE film en période ado tu n à rien à faire ici fora

Dirty Harry 14/03/2018 à 15:35

film fait pour de mauvaises raisons par Spielberg, Sony voulant faire un "coup" en rachetant la Colombia il fallait faire monter le prix de l'action, donc ils ont racheté ce vieux projet ("Peter Pan a vieilli") conçu pour Spielberg mais initialement prévu pour Michael Jackson en Pan et Bowie en Crochet, qui échouera finalement aux personnes que l'on sait (Robin Williams étant pour moi proche de l'esprit enfantin mais son corps n'a rien de fluet ou de la légèreté que le role réclame, ayant un physique lourd assez tassé et charpenté des épaules), le rajout de Julia Roberts à la suite de Pretty Woman en dit long sur le calcul assez ronflant de l'entreprise. La première partie laisse pourtant augurer un bon spectacle, contenant assez de merveilleux et d'évasion dans l'imaginaire mais la suite est consternante (tout en suintant le carton-pate, on dirait un décor de Disneyland mais pas un vrai lieu). John Williams essaie de faire décoller tout ça à la façon de Philippe Sarde sur Pirates mais au finale c'est un film-meringue assez peu digeste (la scène du repas...)

Yves 14/03/2018 à 14:36

Film qui encore aujourd'hui me fait rêver. Fan de l'univers de Peter Pan, aujourd'hui mes enfants partage mes rêves et adorent ce film. Certes le film n'a pas bénéficié des effets spéciaux actuels, mais il s'en sort parfaitement bien (mis à part pour le crocodile). Le casting fabuleux et surtout, surtout, Robin Williams qui à lui seul, porte le film grâce à son extraordinaire et remarquable prestation. Grâce à lui, on vit le rêve, on est dans le rêve.
Un des anciens enfants perdus (Rufio) réalise actuellement un court métrage avec tous les autres enfants. Voir ici : https://www.kickstarter.com/projects/bangarangthemovie/bangarang-a-short-film-about-rufio-before-hook/description

Hildegarnic 14/03/2018 à 14:00

Je me chopperai ces affiches un jour. J'en fais le serment.

Pan ! 14/03/2018 à 13:10

Je suis entrain de me suicider !!!!!

James hook 13/03/2018 à 23:33

Film de mon enfance toujours un bonheur de LE revoir que de bon souvenir des films comme sa de nos jours sa n existe plus

Interpol(TheBand) 13/03/2018 à 22:40

"Crochet Crochet j’t’ai accroché !". Mon dieu que c’est moche de vieillir :’-(

Moi-même 13/03/2018 à 21:19

Un film avec pleins de défauts (une clochette qui parle et qui grandit, blasphème, la faute à la Roberts... les combats trop colorés de la fin etc....) oui mais avec des qualités que j'adore encore ce jour :
- le thème de base : Peter a grandi (traité très justement)
- la musique de Williams : fabuleuse !
- les gros plans et la réalisation
- la scène du trait au sol et le "oh tu es là Peter !" Juste superbe !
- la scène du banquet ou comment aiguiser son imagination pour faire apparaître la bouffe
- et bien sûr la Performance de Robin Williams

Matt 13/03/2018 à 20:25

Encore une fois, la partition de Williams est absolument prodigieuse et le thème du début (prologue) est absolument dantesque. Mais qu'est ce que c'est classe! Corchet crochet ça m'a accroché.

Ben 13/03/2018 à 18:12

J'avais 13 ans, vu au ciné, j'avais adoré et depuis R. WILLIAMS est un être à part dans mon imaginaire. Après je ne l'ai jamais revu.... peut-être cela vaut-il mieux.

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