Indiana Jones et le Temple Maudit : on pille la tombe d'un Spielberg sous-estimé et frénétique

Simon Riaux | 7 mars 2018
Simon Riaux | 7 mars 2018
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Avant Ready Player One, retour sur quelques films grandioses et plus ou moins aimés de Steven Spielberg.

Entre Pentagon Papers sorti en janvier dernier et Ready Player One attendu le 28 mars, il y a un monde : celui de Steven Spielberg, cinéaste incontournable qui règne sur Hollywood depuis des décennies, au-delà des modes et des genres.

Pour fêter son grand retour dans la science-fiction avec un blockbuster événement, Ecran Large revient sur une poignée de films mémorables, plus ou moins aimés, du réalisateur, depuis ses débuts jusqu'à ses succès les plus récents.

 

Photo Kate Capshaw, Jonathan Ke QuanEn voiture Simone !

 

C’EST PAS MA FAUTE À MOI

Dans le cœur des fans, Les Aventuriers de l'Arche Perdue ainsi que La dernière croisade forment quasiment un diptyque, et sont les deux épisodes favoris des amateurs de la saga. Toutefois, Le Temple Maudit constitue un passionnant chapitre, et un exemple éblouissant du talent du maître.

Et pourtant, Steven Spielberg n’est pas loin de vomir sa propre création. Tout d’abord, il nie jusqu’à sa paternité, puisqu’il n’hésite jamais à rappeler que c’est son complice George Lucas qui fut à l’origine de la chose. Et c’est un fait, la franchise Indiana Jones a bien été initiée par Lucas, mais on sera bien en mal de prouver que son implication fut supérieure, ou plus coercitive sur Le Temple Maudit. Il suffit d’ailleurs de jeter un œil distrait au film pour y retrouver quantité d’artefact de mise en scène propre au metteur en scène.

 

PhotoQuand Indy passe du côté obscur

 

Non seulement Spielberg fait-il mine d’avoir seulement exécuté une commande, mais il s’est montré d’une grande virulence envers le métrage. « Le film est trop sombre, trop souterrain et beaucoup trop effrayant, c’est encore pire que Poltergeist, il n’y a rien de personnel dans Le Temple Maudit », explique-t-il dans le Sun lors de la promotion du troisième volet.

Pourtant, de l’ouverture musicale à la Berkeley, en passant par la tentative de meurtre slapstick dont est victime Indy, jusqu’aux climax enchâssés en passant par la gestion/explosion de l’espace, la patte du cinéaste est évidente. Mais pourquoi donc créateur et public sont-ils si frileux face au film ?

 

PhotoChant, danse, comédie, flingues, diamants, poison... Voilà une ouverture riche comme il faut

 

SANGLANTE CATHARSIS

Le Temple Maudit, nettement plus violent, cruel et graphique que l’épisode précédent, va choquer dès sa sortie. Pas tant son public, à savoir les enfants et adolescents qui vont découvrir là un concentré de pulp démentiel, mais bien leurs parents, sidérés qu’on propose à leurs chères têtes blondes de se gondoler devant le spectacle d’enfants torturés ou de malheureux au cœur arraché face caméra. Un problème que rencontrera également Gremlins.

Steven Spielberg, conscient de la gronde à l’œuvre, proposera et soutiendra la création de la classification PG-13, afin de protéger les plus jeunes de la violence contenue par certains films. « J’ai créé le problème, j’ai aussi fourni la solution », indiquait-il en 2004. C’est le cas, mais il y a fort à parier que le metteur en scène ne porte pas foncièrement cette classification dans son cœur.

 

PhotoUn film qui a du coeur

 

Si elle est considérée comme une création extrêmement rentable, elle est une des origines de l’hygiénisation du cinéma de divertissement, lequel s’est focalisé massivement sur le public enfantin et adolescent. Et si le film est un si mauvais souvenir, n'est-ce pas plutôt à cause de ses conséquences, qui ont fait passer Spielberg pour le "méchant", et engendré une nouvelle classification menaçant directement les divertissements familiaux mais frissonnants où il excellait ?

De même il y a fort à parier que la noirceur de Lucas, qui vivait alors un divorce compliqué et semble avoir injecté dans le scénario une misogynie absente des Aventuriers de l’Arche perdue, concourt à distancer Spielberg de la chose.

 

Photo Indiana Jones et le Temple Maudit

Spielberg sur le tournage avec Jonathan Ke Quan

 

GRAND HUIT DINGO

Pourtant, Indiana Jones et le Temple Maudit est peut-être un des films les plus éclatants de Spielberg. On l’a évoqué plus haut, il parvient à manier une quantité d’univers et d’influences spectaculaires. Le metteur en scène jongle sans jamais se perdre entre l’Âge d’Or Hollywoodien, les attendus discutables du pulp (culte de l‘alpha-mâle, regard problématique sur l’autre, tempo dramatique échevelé), pures idées de mise en scène, etc etc…

D’ailleurs, Spielberg n’a pas peur de précipiter son récit vers un emballement de folie. À tel point que, chose très rare, son producteur et lui décideront de retourner des plans pour atténuer un peu le rythme du métrage, beaucoup trop soutenu et intense. C’est que la narration et l’action ne ralentissent absolument jamais, et poussent chaque élément vers son point de rupture. On mélange culture indienne approximative, vaudou, grand huit, sacrifices maya et scènes d’action délirantes.

 

PhotoLes bons vieux pièges ont été musclés

 

Tout cela est techniquement ahurissant, en témoigne une scène de baston à plusieurs niveaux au milieu d’une mine/usine des enfers, avant que tout le monde n’embarque pour une poursuite en charriot qui met à genoux toutes les cascades numériques contemporaines. Signe que le cinéaste est ici pleinement maître de ses moyens, il se paie le luxe de pousser son récit vers l’abstrait, voire l’absurde.

Une fois sous terre, l’intrigue passe en surrégime alors que le réalisateur tente de tirer le maximum du genre pour pousser le cinéma d’aventure dans ses derniers retranchements. Situé avant Les Aventuriers de l'Arche Perdue, Le Temple Maudit doit raconter comment le pilleur de tombe va devenir un noble aventurier. Un cheminement synonyme de mise à l’épreuve mais aussi de destruction, il faut pousser Indiana Jones à bout, briser son monde pour l’amener à le reconstruire et à se transcender.

 

PhotoJusqu'au point de non-retour

 

Et c’est ce que réussit Spielberg avec un génie ludique jubilatoire, qui s’incarne dans cette image incroyable où Harrison Ford tranche d’un coup de sabre et le pont de singe, et Indiana Jones et le Temple Maudit, et le genre, alors que le film se termine, à bout de souffle et laisse le spectateur groggy, exsangue.

 

 

Affiche française

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commentaires

Hildegarnic
08/03/2018 à 13:35

Dans mes souvenirs, c'est le premier Indy que j'ai regardé. Et il faut avouer que malgré son ton et tout, bah je kiffe toujours le regarder même s'il est dernier dans mon top, "La Dernière Croisade" se posant bien là, sur le trône

Colonet Stuart
08/03/2018 à 10:41

Perso, c'est à mes yeux LE MEILLEUR de tous!
On est dans du dark! Et on rentre dedans sans une hésitation!
Bref, mon N°1!

ComprendsPas
08/03/2018 à 08:59

Pour moi, le meilleur des trois même si j'avoue que l'effet nostalgie joue pas mal car j'avais 9 ans quand mes parents m'ont emmené le voir au cinéma sans avoir encore vu Les Aventuriers. Et en plus, Indy avait la voix de Francis Lax dans cet épisode, c'est à dire la même voix que Han Solo.... Aaaaah, la chute du méchant le long de la falaise à la fin me fait toujours le même effet....

Kean
08/03/2018 à 01:27

Yup
Le meilleur a mon gout et definitivement le plus sombre..

Matt
08/03/2018 à 01:08

L'une des plus belles BO de film, tout en contraste, en recherche de timbre expressionniste, en thème mémorable est avec en intro un superbe hommage aux musicals des 50's.
Et cette humour Williamsien lors du piège actionné par Demi Lune, l'attente de séduction entre Willie et Indy ou la reprise du thème du duel sabre flingue à la fin sans que Indy ai de flingue.

Et deux plans cultes : le thug sortant de la peinture pour étrangler Indy dans le palais et le coup en 1er plan frappant Indy lors de la débandade d'intro sortant de nulle part.

My God, that is beautiful comme dirait presque le juge doom.

Mordhogor
07/03/2018 à 19:26

Un vrai plaisir coupable ce film, bourré d'idées, aussi bien comédie réussie (la séance de séduction dans la palais indien, avec un Indy macho face à une Kate Capshaw pas mal non plus dans le genre), spectacle total (la scène d'entrée, prenant de cours le précédent film, la scène du train de la mine), dépaysement total avec une Inde certes de pacotille mais terriblement séduisante après le sable du désert. Dommage pour certains effets spéciaux dépassés (l'eau qui crève artificiellement la roche), mais le film date tout de même. Un épisode qui me tient énormément à cœur malgré l’absence des meilleurs méchants d'Indy : les nazis ! Eh oui, ces terribles vilains rendent nécessaires un reboot et non une continuation. Ils firent de merveilleux alter ego dans le 1 et le 3, cédèrent avec panache la place à une secte des Thugs à faire frémir, et ont rendus bien pâles les cocos du 4, Et c'est encore cela qui me fait le plus peur pour le 5 : qui seront les méchants ? Oui, cela m'intrigue plus encore que l'âge vénérable d'Harrison Ford (va quand même falloir qu'ils fassent fort pour le rendre crédible à l'approche des 80 balais... car le temps passe, et toujours pas véritablement d'avancée dans le projet).

Draven
07/03/2018 à 19:14

L'épisode qui a toujours été mon préféré tant il est furibard de la première à la dernière seconde.
L'Arche Perdue est un film d'aventures magistral, mais je lui préfère la (sacrée) dose de folie qu'y apporte Le Temple Maudit.
Quand au troisième, je l'ai toujours trouvé trop classique, trop appliqué.
Paraît qu'il existe un quatrième, mais personne n'a à ce jour pu le prouver.

lemon
07/03/2018 à 18:54

Cervelle de singe en sorbet, serpent surprise et quelque chose de plus léger comme de la soupe... un grand souvenir

René Belloq
07/03/2018 à 15:34

mon film favori qd j'étais enfant et dc indeniablement un de mes films cultes !!! à la fois hommage live ultime aux bd de hérgé (aux côté des 3 premières collabations du duo de broca/belmondo 1 des sources d'inspiration de la saga indy ) et aux serials qui ont bercé spielberg et lucas (le générique d"ouverture,la scene de la cellule piégée,la poursuite en chariot ou encore la superbe sequence se deroulant entièrement autour d'une table dans le night club de lao che sont des mini films tous brillament executés) ce rollercoaster frenétique , drôle, violent et sublimement rétro , mélant l'horreur, le musical, le suspense hitchcockien, l'action bondienne et le slaptstick digne des stooges avec une irreverence hérité des cartoons est de loin l'opus la plus punk de la saga et peut être même de l'oeuvre entiere de spielberg à ce jour; rien que pour ça...chapeau.

Mad
07/03/2018 à 15:33

Tout le monde sait que c'est le meilleur épisode de la trilogie (oui, trilogie) mais personne n'ose se l'avouer à cause de trous du cul qui ne bitent pas une seconde le film et préfèrent le premier ou le troisième, plus classiques (mais tout à fait génials hein !) Pour moi les 3 films se valent et ils sont à voir dans un laps de temps rapproché ! C'est une aventure en 3 films.

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