La Guerre des mondes, ou le grand film d'horreur moderne de Steven Spielberg

Geoffrey Crété | 30 octobre 2017 - MAJ : 31/10/2018 15:04
Geoffrey Crété | 30 octobre 2017 - MAJ : 31/10/2018 15:04

Avant Ready Player One, retour sur La Guerre des mondes avec Tom Cruise.

Entre Pentagon Papers sorti en janvier dernier et Ready Player One attendu le 28 mars, il y a un monde : celui de Steven Spielberg, cinéaste incontournable qui règne sur Hollywood depuis des décennies, au-delà des modes et des genres.

Pour fêter son grand retour dans la science-fiction avec un blockbuster événement, Ecran Large revient sur une poignée de films mémorables, plus ou moins aimés, du réalisateur, depuis ses débuts jusqu'à ses succès les plus récents.

 

  

LA GUERRE DES MONSTRES

A l'origine, il y a Les Guerre des mondes, un livre de H.G. Wells publié en 1897, qui raconte l'arrivée terrifiante d'aliens sur Terre, en suivant le cauchemar d'un narrateur qui vit en Angleterre. Une histoire qui a bouleversé l'imaginaire du public vis-à-vis de la science-fiction, et a donné lieu à de nombreuses adaptations.

L'une des plus connues est celle d'Orson Welles qui, en 1938, raconta l'histoire à la radio. Peu importe si le mythe d'auditeurs totalement convaincus par le récit au point d'engendrer une panique générale a été largement exagéré, notamment par une presse écrite alors menacée par la moderne radio : cet épisode a ancré La Guerre des mondes comme un pilier du genre.

Des décennies plus tard, ce seront deux demi-dieux hollywoodiens qui s'empareront des mots de Wells : Steven Spielberg et Tom Cruise. Ravis de leur première collaboration sur Minority Report en 2002, adaptation d'un autre grand écrivain de science-fiction, le duo cherche une raison de se retrouver. L'acteur arrive avec trois projets en main alors que le cinéaste tourne Arrête-moi si tu peux. L'un d'eux est une adaptation de La Guerre des mondes, et les deux hommes se décident en un instant. Pour le réalisateur, c'est une évidence : il avait acheté lors d'une vente aux enchères une copie de l'adaptation radiophonique d'Orson Welles et avait songé à en faire un film, avant de mettre l'idée de côté face à la sortie d'Independence Day de Roland Emmerich.

 

Photo Tom Cruise, Steven SpielbergSteven Spielberg et Tom Cruise

 

RENCONTRES DU DERNIER TYPE

Pour celui qui a réalisé Rencontres du troisième type et E.T. L'Extra-TerrestreLa Guerre des mondes est une manière de se réinventer dans le genre. Adieux les aliens pacifiques et lumineux : place aux extraterrestres belliqueux, venus sur Terre sans aucune raison que détruire l'humanité. Kathleen Kennedy, collaboratrice fidèle du cinéaste, rappellera en promo qu'E.T. était dans un premier temps un film plus sombre, qui a peu à peu mué en cette fable douce. La Guerre des mondes devient alors un rendez-vous depuis longtemps repoussé pour Spielberg, qui décrira la superproduction comme son premier "film d'aliens où il n'y a ni amour ni tentative de communication".

L'action du roman est naturellement déplacée aux Etats-Unis dans un contexte moderne, à la fois pour d'évidents impératifs de blockbuster hollywoodien, mais également pour illustrer au mieux le climat de l'Amérique d'alors. "Nous vivons sous un voile de peur sous lequel nous n'étions pas avant le 11 septembre. Il y a eu un changement émotionnel dans les consciences du pays", dira le cinéaste à USAToday à la sortie du film, sur lequel plane le spectre d'une catastrophe urbaine qui recouvre les peaux d'une poussière mortifère. Ce n'est pas anodin si les enfants du héros demandent dès le début de l'horreur s'il s'agit de terroristes, qu'un avion se crashe plus tard sur le décor, et que l'armée est si omniprésente.

 

Photo Tom CruiseTom Cruise en héros américain lessivé

 

Parmi les autres changements par rapport à H.G. Wells, il y a la disparition de vaisseaux surgis de l'espace (d'immenses objets cylindriques), remplacés ici par une menace enfouie dans le sol, sous le goudron des villes. Une manière pour Spielberg de sortir des chemins trop balisés du genre, mais également d'insister sur la nature trop familière du danger, qui ne vient non plus d'ailleurs (de Mars dans le livre), mais qui ressort sous les pieds de la civilisation, cachée sous un bitume et prête à surgir au beau milieu de la population. Un choix qui soulève également de fascinantes et terrifiantes questions sur ces aliens, venus sur Terre par le passé pour s'y cacher, en attendant le moment opportun pour se réveiller.

C'est Josh Friedman qui écrira le scénario, lequel sera repris par le célèbre David Koepp, scénariste notamment de Jurassic Park et sa suite Le Monde perdu de Steven Spielberg et Mission : Impossible avec Tom Cruise.

 

Photo Tom Cruise L'Apocalypse selon Spielberg

  

IL FAUT SAUVER LA FAMILLE FERRIER

Le vélo d'Elliott devant la lune dans E.T. L'Extra-Terrestre, François Truffaut et les notes de musique du vaisseau alien de Rencontres du troisième type, la première vision majestueuse des dinosaures dans Jurassic Park, l'imaginaire qui remplit les assiettes dans Hook : Steven Spielberg a offert de nombreuses images sensationnelles du côté du merveilleux. Il a aussi marqué l'inconscient collectif avec Les Dents de la mer, ou dans une moindre mesure quelques scènes choc comme la mort terrible de Donovan dans Indiana Jones et la dernière croisade.

Avec La Guerre des mondes, il franchit un cap dans le domaine de l'horreur absolue. Dès lors que l'attaque est lancée, le film se transforme en odyssée cauchemardesque inouïe, d'une violence extrême, où le héros n'a d'autre option que celle de fuir, sans réfléchir avec autre chose que le plus simple instinct. Réduit au statut de petite créature qui ne peut que se cacher en attendant que la plus grosse bête ne le retrouve, il incarne une certaine idée du anti-héros hollywoodien, grand môme qui s'amuse du danger sous les yeux terrifiés de sa fille, avant de se cacher sous une table avec elle.

Bien sûr, la trajectoire sera classique, le cauchemar lui permettant de regagner un peu d'humanité et de maturité, mais Spielberg lui refusera le vrai happy end final, le laissant dans la rue face à l'image parfaite de la famille qu'il a perdue, avec l'illusion d'un réconfort presque absurde lorsqu'il retrouve son fils. Que la superstar Tom Cruise incarne cet homme lessivé, dépassé par ses responsabilités de père et les événements apocalyptiques, enfonce le clou. 

 

Photo Tom Cruise, Tim Robbins, Dakota FanningTim RobbinsTom Cruise et Dakota Fanning 

 

Dans ce décor d'apocalypse d'une pureté tétanisante, Steven Spielberg déploie une mise en scène fantastique. La première attaque du tripod qui vaporise les habitants paniqués et souffle les maisons, la fuite dans la voiture en plan-séquence étourdissant, la découverte de la zone du crash de l'avion : le cinéaste aligne les morceaux d'anthologie, aidés par ses fidèles collaborateurs Janusz Kaminski à la photo, Michael Kahn au montage et John Williams à la musique.

Qu'un train sorti des enfers file à travers la nuit, qu'une vague de cadavres apparaisse sous les yeux de Rachel, qu'une horde de gens paniqués s'attaque à la voiture des héros (dont un homme qui déchire le pare-brise mains nues et ensanglantées), que des vêtements tombent du ciel sur un paysage désolé ou que Ray découvre au sommet d'une butte un territoire ravagé et rouge, et La Guerre des mondes offre une certaine idée de l'horreur pure, celle-là même qu'on peut reconnecter à la réalité de notre histoire collective - de la Shoah au 11 septembre. Quand on se souvient que H.G. Wells établissait explicitement un parallèle entre l'invasion des Martiens et le colonialisme britannique dans son histoire, le miroir moderne construit par Spielberg est plus que logique.

 

Photo Tom CruiseVous devant le film

 

Et si le film souffre de quelques fausses notes (la partie avec Tim Robbins qui abîme le rythme et pousse un peu loin la suspension d'incrédulité quant à l'intelligence des aliens, la fin assez proche du roman qui dénote après la violence du récit ou encore quelques effets qui manquent de finesse avec le regard d'aujourd'hui), il conserve une puissance folle, des années après. Une puissance qui va bien au-delà des mots et du genre du film catastrophe et d'invasion alien, pour s'ancrer profondément dans l'imaginaire primitif du spectateur du XXIème siècle.

La Guerre des mondes demeure ainsi l'un des films les plus percutants de Steven Spielberg, et un sommet en terme de spectacle hollywoodien et de réflexion sur son époque.

 

commentaires

Supercastor
01/01/2020 à 15:25

Complètement d'accord avec la critique d'écran large

ok?
01/02/2019 à 12:33

20/20

point

Miami81
31/10/2018 à 11:44

Un film qui m'a laissé un goût amer. Des scènes dantesques parfois, mais pour moi, loin d'être l meilleurs Spielberg. Peut être la très longue scène avec Tim Robbins qui casse le rythme ou la partie où il se fait capturer qui gâche peut être le truc.

Nico
31/10/2018 à 10:20

Par contre c est pas le version de 1953 qui était diffusé hier?

Andarioch
31/10/2018 à 09:50

@Garm
Bonne démonstration.

Farrah
30/10/2018 à 23:17

@STEVE

En même temps tu la sors d'où ta "rumeur" dont j'ai pour ma part jamais entendu parler ?

STEVE
30/10/2018 à 23:08

Spielberg et Cruise ne sont pas fâchés contrairement aux rumeurs.
La preuve: Spielberg a fait venir Cruise sur le plateau de Ready Player One.

Preuve que les rumeurs sont souvent de grosses conneries

Geoffrey Crété - Rédaction
30/10/2018 à 21:26

@Garm

Notons que dans un livre récemment paru, où James Cameron s'entretient avec divers grands cinéastes, il parle avec Spielberg de la fin de La Guerre des mondes. Et Spielberg est le premier à admettre qu'elle ne fonctionne pas, qu'il n'a pas réussi à conclure ça de manière satisfaisante. Il parle moins du retour du fils que de la fin en général, mais c'est intéressant vu que oui, la fin peut être questionnée, et même si on a conscience que la famille est (comme d'hab chez Spielberg) un sujet central (et que l'invasion alien a un sens, comme dans beaucoup de bons films de SF).

Garm
30/10/2018 à 21:18

Le retour du fils est parfaitement logique avec le discourt que veux donner spielberg.
le role d'un pere est de laisser partir son enfant pour qu'il puisse grandir, C'est ce que fait tom cruise à un moment du film. Si le fils mourrait, ce geste n'aurais pas eu de sens et le personnage de Cruise aurait eu raison de vouloir le garder près de lui. Le fils survit, ce qui justifie la décision, bien qu'un peu forcée, du père. Ainsi le fils et le père en ressortent tous les deux grandits.

Et puis difficile de parler de happy end après avoir vu le génocide de l’espèce humaine pendant 2h00. Ce prétendu happy end n'est juste la fin du parcourt d'un homme pour devenir un père.

il serait temps de se rendre compte que ce film parle plus de la famille que d'invasion extra-terrestre. un pur chef d'oeuvre

Taratata
30/10/2018 à 20:33

À lire les commentaires je dois être un des seuls à trouver ce film mauvais et un des seul film de TOM Cruise ou je le trouve mauvais et pas à sa place... Après ça reste du Spielberg y'a de bonne chose de très beaux plan de beau mouvement de caméra mais ça sonne creux dans l'ensemble. Très loin de minority report

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