Ça en Blu-ray : on a testé le film et ses 11 scènes coupées

La Rédaction | 29 janvier 2018
La Rédaction | 29 janvier 2018

Ça a ravagé le box-office international au mois de novembre, et il débarque enfin en Blu-ray, histoire de nous terrifier un peu plus, avec quelques bonus en sus pour faire bonne mesure.

 

 

COULROPHOBE S’ABSTENIR

Au début était le roman de Stephen King. Formidable plongée dans le quotidien d’un groupe d’amis, d’abord appelé à découvrir la corruption du monde puis, une fois adultes, à s’unir une dernière fois pour le salut de leurs âmes. Texte fantastique, tour à tour idéaliste (l’amitié comme lien sacré n’a jamais été aussi absolument sublimée chez l’écrivain), d’une noirceur infinie (tout est en définitive promis au pourrissement et à l’oubli), Ça est aussi un texte à la mélancolie bouleversante.

 

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Le téléfilm de 1991 est devenu culte notamment grâce à la performance de Tim Curry, qui avait su retrouver le charisme de Grippe-Sou et l’obscénité gouailleuse sous-entendue par le texte de Stephen King. Littéralement maléfique, sa présence conféra au film une aura de terreur totale qui devait marquer au fer rouge toute une génération.

L’attente était donc immense. Et si on est très loin de la finesse du texte original, ou même d’un quelconque sommet de flippe, le long-métrage réalisé par Andrés Muschietti n’a pas pris sa mission à la légère. Le studio comme le metteur en scène ont abandonné les terrains de l’horreur pure et de la dépression qu’appelaient logiquement la construction du roman, pour s’orienter du côté du teen movie familial mâtiné de quelques frissons et sursauts.

 

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Bill SKarsgard, publicité vivante pour les bienfaits de l'orthodontie 

 

UN BLU-RAY QUI FLOTTE EN BAS

Le résultat aura manifestement parlé à de très nombreux spectateurs, le grand public ayant plébiscité Ça (plus de 700 millions engrangés dans le monde). Et en se replongeant en détail dans le film, il y a fort à parier que la direction artistique portée par Andrés Muschietti et sa sœur Barbare Muschietti y est pour beaucoup. En effet, à l’heure où les digest de SF et de fantastique cartonnent en série (Stranger Things, Dark, The OA…), Ça leur emboîte le pas et joue lui aussi la carte du petit précis rétro.

Mais il le fait avec des moyens et une maîtrise qui forcent le respect, et font de ce nouveau visionnage un plaisir renouvelé. Ne seraient-ce quelques effets numériques malvenus et extrêmement laids, l’ensemble du film jouit d’un soin maniaque en matière de décoration, de gestion des décors. Le format Blu-ray rend tout particulièrement justice aux maquillages et aux accessoires, dont la patine, les textures, impressionneront les amateurs de détails qui tuent.

 

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Comment traumatiser un enfant acteur

 

C’est surtout la photographie de Chung-hoon Chung qui trouve ici un écrin à sa hauteur. D’une richesse et d’une variété impressionnante, elle parvient à capter une certaine idée de l’œuvre de King. Qu’il capture l’air trop lourd d’un été finissant, les nuages d’insectes évoluant aux abords d’un bras d’égout, ou les profondeurs méphitiques des Friches, le chef opérateur est pour beaucoup dans la puissance évocatrice du film.

 

Photo Ca

 Le groupe de héros

 

SCENES DECOUPEES

On aura bien du mal à qualifier les nombreuses (11) scènes coupées d'essentielles, puisqu'aucune n'apporte d'élément essentiel à la narration, ou n'adapte d'ingrédients venus du livre et laissés de côté par l'adaptation qui nous intéresse.

En revanche, elles creusent toutes un peu plus la psychologie des personnages. On pense notamment aux scènes avec les parents de Bill, qui viennent considérablement nuancer le portrait des adultes de Derry, présentés non pas exclusivement comme des monstres pervers, mais tout simplement les pantins d'une force supérieure et impitoyable.

Voici la liste des scènes coupées les plus notables.

 

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Un des plus beaux effets de surprise du film

 

- Alors qu’il récite des textes en hébreu à la synagogue, Stanley se fait sévèrement reprendre par son père (montage plus long d’une séquence déjà présente dans la version cinéma).

- Bill est à table, tandis que son père lit un magazine et que sa mère fait la vaisselle. Bill essaie d’aborder le sujet des vacances estivales, mais sa mère sort de la pièce, bouleversée. Le père explique que Georgie attendait toujours ces vacances avec impatience.

- Juste après sa confrontation avec Grippe-Sou dans la cave de la maison familiale, Bill tombe sur son paternel et l’alerte. Ce dernier descend au sous-sol, mais ne trouve rien de suspect. Pendant ce temps, Henry Bowers fait le mur pour rejoindre ses amis, et aperçoit Mike sur son vélo.

-Les enfants se retrouvent face à la terrible maison de Neibolt Street et s’inquiètent de ne pas parvenir à y pénétrer. Bill pose ses mains sur les épaules de Beverly.

 

Photo Sophia Lillis

Sophia Lillis, révélation du film

 

-Un montage étendu de la fuite de la maison de Neibolt Street.

-Durant sa Bar Mitzvah, Stanley donne un discours consacré aux dangers de l’indifférence, qui est l’occasion de voir un montage alterné du quotidien de chaque personnage. Le speech déplaît à l’assemblée, mais Richie l’applaudit.

-Montage étendu du dialogue entre Eddie et la jeune fille qui a écrit loser sur son plâtre, alors qu’il la croise à la pharmacie.

-Tandis que les losers entrent une nouvelle fois dans la maison de Neibolt Street, Henry et ses complices les observent.

-Bill découvre le talkie walkie de son frère, juste avant que Mike soit attaqué par Henry à l’entrée du puit.

-Après avoir dit au-revoir à Bev, Bill rejoint ses parents qui préparent la voiture pour les vacances évoquées plus haut.

 

ET... UNE PETITE SURPRISE DONT ON VOUS AVAIT DEJA CAUSE...

 

Photo Wyatt Oleff, Finn Wolfhard, Jack Dylan Grazer, Jeremy Ray Taylor

 Faux losers, vrais héros

 

ÇA GRATTE UN PEU

Du côté des bonus, le bilan est un peu plus mitigé. Le Blu-ray n’en manque pas, mais en faisant le choix de passer beaucoup de temps avec ses héros enfantins, il fait une erreur. Car si ces jeunes acteurs sont pour certains excellents et composent un formidable c(h)oeur… ce sont des adolescents pas beaucoup plus fins que la moyenne et ce ne sont finalement pas eux qui ont le plus à dire sur la fabrication de Ça.

 

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Bon appétit bien sûr !

 

De même, on sera ravis de les voir alors qu’ils découvrent Bill Skarsgård grimé en Grippe-Sou pour la toute première fois. L’idée est amusante, le résultat plutôt touchant, mais occupe une part bien trop importante du module consacré justement au terrible clown. Ce dernier ne nous offrira qu’une poignée de pseudo confidences de l’acteur et du réalisateur, le plus souvent très banales.

En revanche, chaque featurette est bourrée d’images du tournage souvent très intéressantes et d’excellente qualité, qui permettent de se faire une idée assez précise – et forte – des conditions de fabrication du film.

On est ravis d’apprendre que c’est le goût et le talent de Skarsgard pour les mimiques spectaculaires qui ont convaincu l’équipe de ne pas avoir recourt à des effets numériques pour mettre en boîte les grimaces de Grippe-Sou. Une info plus importante qu’il n’y paraît qui en dit long sans doute sur la relative précipitation dans laquelle le projet a dû être mené suite au départ de Cary Fukunaga.

 

 

 

En revanche, on apprécie beaucoup l’entretien au cours duquel Stephen King revient sur l’invention de son monstrueux personnage et de la cité qu’il hante inlassablement. Entendre le maître revenir sur cette partie symboliquement fondamentale de son œuvre est toujours un plaisir, et laisse espérer que Ça – Chapitre 2, attendu pour septembre 2019, saura embrasser l’ampleur du texte et pousser la peur, ainsi que les enjeux dramatiques beaucoup plus loin.

Et en redécouvrant aujourd’hui en Blu-ray le climax de ce chapitre inaugural, on se dit qu’Andrés Muschietti a tout ce qu’il faut pour y parvenir.

 

Ça, disponible en DVD et Blu-ray chez Warner depuis le 27 janvier.

 

Affiche française

 

commentaires

Gregdevil666
30/01/2018 à 15:13

Déçu aussi, trop propre sur lui. Limite un film Marvel...

corleone
30/01/2018 à 12:49

Pas un chef d'oeuvre, mais du bon cinéma. Pas comme Dunkirk, le film le plus surestimé de 2017.

El Lobo
30/01/2018 à 05:21

Un film qui se regarde mais, très franchement, je n’ai pas compris la « hype » qui s’est installée derrière ce film. Un remake est toujours sympas (quoi que...sacrément casse gueule); mais là, c’est vraiment resté au stade du politiquement correcte. Tout est convenu dans ce film, aucune surprise, aucune scène marquante. Seules les perf d’acteurs sauvent le film, parce que pour le reste...ça ne restera pas dans les annales du cinéma. Reste à voir ce que la suite nous réservera, mais niveau prise de risque, j’ai des doutes...

Cooper
29/01/2018 à 23:23

Globalement déçu aussi

Choco
29/01/2018 à 20:40

Ce film est une déception, une comédie d'horreur sans ambitions, dire qu'on aurait du avoir Cary Fukunaga pour une version sombre qui rend justice à l'oeuvre de King, quel gâchis...

Szalem
29/01/2018 à 20:29

Merci aux Muschietti pour cet excellent drame horrifique.

Merci à Skärsgard pour son excellente réinterprétation, ainsi qu'au reste du casting.

Merci à l'équipe technique du film (coucou Chung-hoon Chung) pour leur implication.

Et merci Ecran Large pour cet article, qui de plus, ne contient aucun spoil visuel important! :)

Bonne soirée à tous!

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