La Famille Addams : on revient sur un classique saignant pour fêter son retour au cinéma

Jacques-Henry Poucave | 25 octobre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Jacques-Henry Poucave | 25 octobre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

C’est ce 25 octobre que ressort en salles La Famille Addams, comédie horrifique devenue instantanément un petit classique du rire sardonique lors de sa sortie en 1992.

Pour fêter les 25 ans du film, l’occasion était trop belle de revenir sur une œuvre pas loin d’être culte, mais dont on a le sentiment que l’aura tend à diminuer, bien injustement. Du coup, on vous propose un petit coup d’œil dans le rétroviseur, afin de discuter un peu des origines et des thématiques de La Famille Addams.

 

  

DESSINER N'EST PAS TUER

Avant les deux films de Barry Sonnenfeld, avant leur adaptation animée, avant la série d’ABC au cœur des années 60, La Famille Addams est née sur papier, dans les colonnes du New Yorker. Depuis 1932, Charles Addams y épanche ses visions mordantes, souvent acides, où se déploie son goût prononcé pour le macabre. Son trait est fin, son sens de la spatialisation évident, son instinct pour la mise en scène, les jeux de lumière, terriblement moderne, à tel point que plusieurs de ses planches semblent inspirer aujourd’hui encore un paquet de dessinateurs.

 

Photo Anjelica Huston, Christina Ricci, Jimmy Workman

 

C’est en 1938 que les personnages, que leur auteur ne baptise pas encore « La Famille Addams » apparaissent pour la première fois. La future Morticia, accompagnée d’un Gomez barbu, reçoit dans le hall d’un manoir pour le moins inquiétant et pas franchement entretenu, un vendeur qui fait la réclame d’un aspirateur révolutionnaire. C’est l’acte de naissance d’une tribu qu’il portraiturera jusqu’à sa mort en 1988. La Famille Addams va se faire une joie de retourner les valeurs bourgeoises et chrétiennes, de prendre à l’envers la symbolique qui structure la représentation de la famille nucléaire.

 

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Toute première apparition de la Famille

 

L’Amérique est encore sous le coup de la Crise de 1929 et la Seconde Guerre Mondiale se profile. D’angoisses millénaristes en naufrage idéologique de l’Ancien Monde, l’heure n’est plus à la déférence envers l’élite, et l’époque est suffisamment sombre pour que chacun envisage de rire de ce clan qui joyeusement piétine tous les tabous de son temps.

Si les cartoons de Charles Addams ne sont jamais trop ouvertement politiques et conservent toujours une grande élégance, il est aisé de sentir, sous la fluidité du trait et la délicatesse de ses compositions, poindre une hargne juvénile. La sensualité de Morticia, la facilité avec laquelle les Addams pervertissent les signes religieux, civilisationnels ou même le prénom originel du dernier né de la Famille (Pubert, abandonné par le dessinateur, mais repris dans Les Valeurs de la famille Addams) témoignent d’une charge douce mais cohérente contre les valeurs traditionnelles.

 

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Et bon appétit bien sûr

 

PETIT A CRAN

Le succès est au rendez-vous, et avec l’émergence de la télévision et l’énergie créative qui dope les productions durant les glorieuses sixties, l’idée de porter à l’écran les mésaventures de ces anti-héros faussement morbide prend vie. De septembre 1964 à avril 1966, la chaîne ABC diffusera sur son réseau 64 épisodes, peu connus chez nous pour cause de diffusion tardive (en 1987) ils vont consacrer totalement les Addams comme emblèmes de la pop culture.

Ils seront logiquement les emblèmes d’un réseau d’œuvres qui va massivement inspirer toute une génération de futurs artistes. Et si Barry Sonnenfeld peut en 1992 livrer un film aussi fidèle et poil à gratter, c’est justement parce qu’avant lui, des auteurs tels que Tim Burton ont déjà défriché les ténèbres pour les réactualiser.

 

Photo Famille Addams

Christina Ricci, révélation du premier film

 

À la suite de Burton, La Famille Addams puis Les Valeurs de la famille Addams, le diptyque ne construit pas tant une attaque ou une critique de la famille nucléaire classique, il préfère lui mettre sous les yeux ce qu’elle perçoit comme un anti-modèle, pour mieux lui prouver qu’elle partage avec ce repoussoir des principes essentiels. L’idée étant de montrer que si le clan se compose de sorciers, morts-vivants, et autres créatures issues de l’horreur gothique, la solidarité, l’amour de son prochain et la bienveillance y sont les seules lois. Cette idée de retourner les valeurs pour mieux en souligner la dimension superficielle permet de remettre en cause les représentations du public. En témoigne la scène célèbre où les enfants de la famille présentent une scénette durant la kermesse de leur école.

Le public parental finit couvert de sang, les gosses saluent, hilares, tandis que Morticia et Gomez applaudissent à tout rompre, ou comment nous montrer que sous ses airs funèbres et fantasques, ces individus forment une famille aux valeurs et à la chaleur toute humaine.

 

Photo Christopher Lloyd

Fester

 

Autre particularité travaillée spécifiquement par Barry Sonnenfeld : le traitement des enfants. Plus que de simples trublions, ils apparaissent comme des êtres créatifs, inventifs, conscients de leur propres univers et tenus par leurs semblables pour déviants à cause de cette inventivité, appréhendée come clivante, nécessairement louche. C’est bien ce qu’on n’appelle pas encore le geek, dont le portrait se dessine ici : longtemps méprisés, considérés comme de gentils asociaux attardés, avant que leur génération ne redéfinissent pas le sens des codes de la culture populaire.

 

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LE RETOUR DES DEFOULES

Si Les Valeurs de la famille Addams n’est plus aujourd’hui un porte-drapeau nostalgique, on voit que la marque est loin d’avoir disparue. Non seulement le premier film revient sur nos écrans ce mercredi 25 octobre, mais tous ceux désireux de découvrir les origines de cette œuvre à part feraient bien de se ruer sur l’ouvrage paru en janvier 2017, qui regroupe les travaux de Charles Addams.

 

Photo Anjelica Huston, Christina Ricci, Jimmy Workman

Morticia et les siens

 

Ils ont été rassemblés, ainsi que quelques inédits, et leurs textes traduits en français (oui Noël arrive, toussa toussa), et c’est peut-être un des plus vibrants témoignages de la force originelle des travaux de Charles Addams (Chas) de son petit nom.

Mais la tribu ne se décline pas qu’au passé et demeure bien (morte)vivante. En effet, un des coréalisateurs de Sausage Party, Conrad Vernon, prépare pour le compte de la MGM un long-métrage d’animation en stop motion (image par image) consacré à la galerie d’infréquentables protagonistes. De même, cet univers est actuellement décliné et depuis le 15 septembre en comédie musicale, sur la scène du Palace.

Bref, Cousin Machin, Pugsley, Morticia, Gomez, Fester et leur abominable engeance n’ont pas fini de nous faire marrer.

 

Affiche

 

Tout savoir sur La Famille Addams

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commentaires
Terminéator
26/10/2017 à 18:07

Aaaaah La Famille Addams ... un film à redécouvrir et surtout à faire découvrir à la jeune génération . Du tout bon cette ressortie au ciné pour les fêtes d'Halloween . C'est ce que j'appelle une sortie intelligente Et on ne va pas s'en plaindre . Nostalgie , nostalgie

Decker
26/10/2017 à 11:31

Les deux films de Barry Sonnenfeld sont des petits chef d’œuvres mésestimés.
Joyeux Halloween à tous !

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