Seven Sisters : retour sur le succès surprise de l'été auquel personne ne croyait vraiment

Geoffrey Crété | 17 octobre 2017
Geoffrey Crété | 17 octobre 2017

Seven Sisters de Tommy Wirkola avec Noomi Rapace aura été l'un des succès surprise de l'année en France.

Plus d'1,7 millions de spectateurs en France : Seven Sisters, film de science-fiction avec où Noomi Rapace incarne sept sœurs, aura été le succès inattendu de la fin de l'été. C'est bien plus que beaucoup de concurrents parfois portés par des acteurs plus populaires et une revue de presse plus positive : La Tour Sombre (environ 372 000 entrées), Hitman & Bodyguard (environ 525 000 spectateurs), Atomic Blonde (435 000 entrées), Annabelle : La Création du Mal (1,2 millions) ou encore Baby Driver (834 000).

C'est d'autant plus étonnant que le film de Tommy Wirkola avait tout d'un film qui finirait en VOD, pisté par les amateurs de science-fiction et redécouvert avec le temps. Retour sur la carrière pas ordinaire de Seven Sisters


 

 

DÉMARRAGE LENT

La naissance de What Happened to Monday ? (titre VO) n'a donc pas été simple. La preuve : Morten Tyldum, le premier réalisateur engagé, a eu le temps de tourner et sortir deux films hollywoodiens avant que Seven Sisters n'arrive. Il a été au cœur de la saison des Oscars 2014-2015 avec Imitation Game, puis a filmé la superproduction Passengers, sortie fin 2016.

Signée Max Botkin, la première version du scénario de science-fiction est dans la célèbre blacklist de 2010, qui réunit les meilleurs scripts non-produits chaque année. En mai 2015, le projet est officiellement sur les rails avec l'annonce du casting de Noomi Rapace et Glenn Close. Le film est tourné quelques mois après, en Roumanie.

Puis, plus rien pendant près de deux ans jusqu'à février 2017, où le film retitré Seven Sisters (le titre original sera néanmoins conservé, notamment pour les USA) offre quelques éléments promo, suivis d'une bande-annonce et d'une date de sortie. Là, pas grand monde n'y croit et se demande s'il ne s'agira pas d'une sortie technique, par pure obligation contractuelle.

 

Photo Glenn Close, Noomi Rapace

 

LA PART DE NETFLIX

Si Seven Sisters a des airs de DTV que l'amateur de science-fiction aurait pu découvrir avec la joie évidente de la petite trouvaille confidentielle, c'est aussi parce que le film est sorti directement sur Netflix aux Etats-Unis, le 18 août - 12 jours avant la sortie dans les salles françaises.

Pourquoi ? Parce que le géant du contenu en ligne a acheté les droits lors du Festival de Toronto, en septembre 2016. C'est Netflix qui a remporté la mise après que le film ait été montré à divers distributeurs, vraisembablement sans qu'il y ait eu un combat acharné.

L'opération est lourde de conséquences : non seulement le film se retrouve privé de sortie dans les salles américaines, capables de faire la carrière d'un film et notamment d'un divertissement de ce type, mais la disponibilité de Seven Sisters sur Netflix implique un téléchargement illégal qui pourra à son tour égratiner la carrière du film ailleurs dans le monde. Car il sortira en salles dans une quinzaine de territoires, comme la France, la Belgique, la Turquie, l'Allemagne, le Japon, la Grèce ou encore la Norvège. Là encore, le film semble partir du mauvais pied.

 

Photo Glenn Close

 

LA PROMO MALIGNE 

Comment assurer une sortie d'un tel film en salles ? SND, qui a distribué le film en France, a eu quelques bonnes idées. A commencer par une date de sortie le 30 août pour se placer comme une contre-programmation de fin d'été, sur un créneau peu occupé. Le dernier concurrent sérieux, Atomic Blonde, est sorti le 16, et aucun blockbuster n'est prévu avant début octobre. 

Pour éviter toute revue de presse problématique, le film n'est pas montré à la presse. A la place, une énorme campagne de promo s'étale dans les villes, et notamment dans la capitale (où le film attirera plus de 450 000 spectateurs, soit quasiment 1/4 de sa carrière). La bande-annonce est relayée en masse sur les réseaux sociaux et via divers partenariats. L'affiche ne mise pas sur les visages des acteurs, certes célèbres mais peu garants de succès : elle mise sur le mystère, sur un paysage urbain futuriste à la Ghost in the Shell - qui, ironie du sort, a moins marché avec environ 1 million d'entrées malgré la présence de Scarlett Johansson et une promo plus massive. 

Difficile alors d'ignorer que le film existe : alors que la période est délaissée par les studios hollywoodiens et qu'aucun blockbuster ne monopolise l'attention et l'espace publicitaire avant la rentrée, Seven Sisters peut grandir en toute tranquilité. Qu'il n'y ait eu aucun succès massif en août avec un été très fade en terme de box-office hollywoodien, aide. L'intérêt du public n'est pas focalisé sur un film à rattraper ou revoir, et peut être gagné relativement facilement.

En septembre, Le Parisien titre même "Pourquoi les ados raffolent de Seven Sisters", essayant de cerner le petit phénomène par ses thématiques dans l'air du temps (la planète menacée, la surpopulation, le régime politique déviant mais aussi la place des héroïnes au premier plan).

 

Photo Noomi Rapace

 

BINGO

Interrogé sur le sujet par NerdRepository en août dernier, le réalisateur Tommy Wirkola, notamment connu pour Hansel & Gretel : Witch Hunters, expliquait :

« Le film a eu un développement intéressant parce qu'on l'a financé en Europe, grâce à des pré-ventes en Europe et des territoires européens, et des disitributeurs et investisseurs européens. Quand on le tournait, on ne l'avait pas vendu aux USA ou en Angleterre. Donc on l'a filmé, monté et montré à Toronto l'année dernière. Là, Netflix l'a adoré, et l'a acheté pour les USA, l'Angleterre et l'Amérique latine. Ce qui veut dire qu'en Europe et d'autres pays, il y a une sortie en salles.

J'ai l'impression d'avoir gagné des deux côtés. Bien sûr, en ma lançant dans le projet j'avais le sentiment que c'était un film d'abord destiné au cinéma, mais Netflix y croyait vraiment et le voulait. Netflix touche un nombre dingue de gens, et le nombre de spectateurs qui vont le voir est à couper le souffle pour un réalisateur. C'est ça le but ultime : que le maximum de gens voient le film, et ça arrivera avec Netflix.

Je suis donc heureux. Et je peux toujours aller en France si je veux le voir dans une salle. »

 

Photo

Tommy Wirkola sur le tournage avec Noomi Rapace

 

La presse, qui n'a pas grand chose à se mettre sous la dent en cette fin d'été, accueille relativement bien Seven Sisters : le film est loin d'être irréprochable, est trop grossier, répète des motifs vus dans de nombreux autres films du genre, mais le spectacle est efficace, Noomi Rapace assure le service, et la mission est remplie. Précisément les raisons pour lesquelles le succès a été au rendez-vous, malgré une équation peu évidente sur le papier. Preuve que le public a toujours le dernier mot.

 

Affiche

 

commentaires

momoui
16/01/2018 à 02:11

très bon film

Neo
18/10/2017 à 22:48

Quelle bouse infâme.

RiffRaff
18/10/2017 à 10:03

@Decker: tu n'as pas aimé, c'est ton droit, par contre niveau moyens, le film semble avoir eu un budget équivalent à bienvenue chez les ch'tis, c'est loin de la superproduction.

Roukesh
18/10/2017 à 09:32

Bon petit film sans grande prétention, ça fonctionne. On passe un bon moment, ce qui n'a pas été souvent le cas des blockbusters de cet été.

Kouak
18/10/2017 à 08:43

Bonjour,

Netflix prévoit pour 2018 la production de 80 films ! (+ 30 séries animées)
8 milliards de $ sur la table !
50% de produits originaux...

Plus que Disney, Warner Bros. et Universal réunis !

109 millions d'abonnés...
La plate-forme prévoit 6.3 millions de plus début de l'année prochaine...

"On est mal patron ! On est mal..."

Decker
17/10/2017 à 21:49

Malgré les acteurs, ce film est vraiment nul, et complétement ringard, mais ça aurait pu faire un chouette épisode de série style au delà du réel ou Black Mirror. Incompréhensible qu'on produise un truc comme ça aujourd'hui avec autant de moyens.

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