Little Evil : Critique démoniaque

Mise à jour : 23/11/2017 14:08 - Créé : 12 septembre 2017 - Christophe Foltzer

Le genre du film d'horreur est une catégorie à présent bien connue des spectateurs, avec ses classiques, ses conventions et ses clichés. Et s'il y a déjà eu des pastiches à la Scary Movie, on est plutôt content de voir un film qui joue avec ces codes sans pour autant se moquer d'eux. Après, est-ce que ça tient la route ? C'est une autre histoire.

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Dans son grand plan de domination du monde et des cerveaux, Netflix n'y va pas avec le dos de la cuillière et tape dans tous les registres. Au point que l'on peut le considérer comme un nouvel Eldorado. En effet, quand on voit le monde qui se presse à ses portes pour y faire des projets qui n'auraient aucune chance de se faire dans d'autres studios, on se dit que le network est peut-être la solution que l'on attendait depuis longtemps. En tout cas, ça nous permet de voir plein de trucs différents et c'est le principal.

Avec Little Evil, nous sommes clairement dans le post-moderne. Le film d'Eli Craig n'est pas tant un film d'horreur, ou une comédie familiale, que la phase terminale d'un genre qui est à présent entré dans les moeurs. Tout en lui rendant hommage, il tient avant tout à raconter sa propre histoire. Et elle commence avec un homme, Gary, qui vient fraichement de se marier.

 

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LE JOUR BÊTE

Gary vient effectivement d'épouser Samantha, une jolie jeune femme, l'épouse parfaite, la femme idéale à plus d'un titre (et principalement parce qu'elle est interprétée par Evangeline Lilly) à un petit détail près : son fils Lucas, 6 ans, qui ne parle pas beaucoup et semble toujours de mauvais humeur. Pire encore, les gens ont la mauvaise habitude de mourir en sa présence, et ceux qui en réchappent disent que c'est lui qui les a poussé à l'acte. Alors qu'il essaye de se faire accepter dans sa nouvelle famille, Gary en vient à se demander si le gamin ne serait pas en réalité l'Antéchrist, d'autant qu'une secte apocalyptique vient de s'installer dans la ville.

 

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Si vous avez vu l'excellent La Malédiction de Richard Donner, vous avez vu Little Evil. Loin d'être un défaut, c'est même une condition pour pleinement profiter du film. En effet, Little Evil, à quelques exceptions près, ne dévie pas de la trame scénaristique du classique et compte sur la connaissance de son public pour jouer avec le genre. Car le film, clairement fait par un fan du genre, est avant tout adressé aux passionnés. On ne compte plus en effet les nombreux clins d'oeil adressés à d'autres chefs-d'oeuvre du genre qui, pour une fois, dépassent leur condition de fan-service pour se retrouver totalement intégrés dans l'intrigue.

Ainsi, Lucas est collé à sa télé façon Poltergeist, le couloir de la maison rappelle les meilleurs films de maison hantée, et la chambre du bambin semble tout droit sortie d'une production Jason Blum. Et ce ne sont là que quelques exemples, tant les références sont foisonnantes.

 

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JE SUIS TON PÈRE

Cela crée une ambiance très particulière, confortable, qui permet au second degré de s'exprimer pleinement et de jouer à fond la carte du décalage. Et c'est là la grande force de Little Evil. En effet, le film utilise ces codes et clichés pour nous raconter, au final, une histoire très ancrée dans la réalité : la difficulté d'un homme à assumer son rôle de père pour un enfant qui n'est pas le sien. Et c'est toute l'intelligence du scénario que de savoir dresser un parallèle entre les doutes du héros et le statut démoniaque du gamin. Oui, pour toute personne dans la même situation, un enfant peut représenter un rejeton issu de l'enfer. Le film prend d'ailleurs cette métaphore à bras le corps puisqu'il fait intervenir un collectif de soutien de beaux-pères en détresse particulièrement savoureux et qui nous offre quelques seconds rôles mémorables (comme par exemple Donald Faison, qui nous manque énormément depuis la fin de Scrubs).

 

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Si le film est limpide dans son déroulé, que la mise en scène est classique, efficace, sans être transcendante tout en se permettant quelques effets à la Edgar Wright, que les acteurs sont très solides (Adam Scott et Evangeline Lilly en tête), Little Evil se vautre malheureusement dans sa dernière partie. C'est à ce moment qu'il se rappelle effectivement qu'il veut au fond être une comédie familiale inoffensive, qu'il désamorce totalement son postulat de départ, renverse ses enjeux et perd en intérêt.

Attention, on ne dit pas que cela devient nul en quelques secondes, on dit juste que c'est un peu dommage que le film trahisse à ce point une si belle promesse pour rentrer dans le rang. Surtout de la part d'un réalisateur à qui l'on doit quand même le très sympathique Tucker et Dale fightent le Mal. Heureusement, le dernier acte étant réservé à de l'action et du suspense, la pillule n'a pas trop de mal à passer mais l'on ne peut s'empêcher d'avoir un petit goût amer en bouche face à ce que le film aurait pu (aurait dû ?) être. Un manque de cojones certain qui risque de décevoir les puristes mais qui ne dérangera pas le moins du monde les spectateurs les moins exigeants ou ceux qui ne sont pas vraiment habitués au genre, si toutefois il en reste aujourd'hui.

 

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Résumé

Bardé de références, partant d'un postulat intéressant et très intelligemment effectué, Little Evil se prend malheureusement les pieds dans le tapis dans sa dernière partie en rentrant dans le rang. Si l'on est passé à côté d'un film passionnant, il n'en reste pas moins un très agréable divertissement post-moderne, idéal pour passer un bon moment en famille sans trop se prendre la tête.

commentaires

Hank Hulay 12/09/2017 à 13:13

mouiais, pas glop dans ses 45 dernières minutes.

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