Barry Seal : American Traffic - critique poudrée

Geoffrey Crété | 13 décembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 13 décembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Entre Jack Reacher : Never Go BackMission : Impossible 6 et La Momie, Tom Cruise a retrouvé le réalisateur d'Edge of Tomorrow pour un film léger : l'histoire vraie d'un pilote d'avion qui a travaillé pour la CIA et le cartel de Medellin pour transporter armes et drogues dans les années 70. L'occasion pour l'acteur de déposer sa panoplie de super-héros hollywoodien, le temps d'une presque comédie vintage.

PRÉCEDEMMENT DANS NARCOS

Coïncidence ou effet de mode : avec l'apparition de Pablo Escobar et le fameux cartel de drogue de Medellín, Barry Seal : American Traffic adresse malgré lui un clin d'œil à la série Narcos sur Netflix, devenue incontournable ces derniers temps. Le nouveau film de Tom Cruise, qui retrouve Doug Liman après les aliens d'Edge of Tomorrow et avant la suite, a elle aussi l'ordinaire étiquette de l'histoire vraie : celle de Barry Seal, un pilote enrôlé par la CIA dans les années 70 pour espionner les communistes d'Amérique centrale, et qui va profiter de sa position pour se lancer dans un gigantesque traffic de drogues et d'armes. 

Une de ces histoires bigger than life, aussi insolites que passionnantes, qui offrent à Hollywood des films à intervalles réguliers. Et si le réalisateur de La Mémoire dans la peau et Jumper déploie une certaine énergie pour donner une couleur vintage à cette aventure, Barry Seal : American Traffic reste désespérément simple et attendu, malgré le numéro de Tom Cruise.

 

Photo Tom CruiseComment ça, c'est mission impossible ?

 

AMERICAN SYSTEM STORY

L'intérêt de Doug Liman dans cette histoire, en plus de sa collaboration fructueuse avec la superstar Tom Cruise, s'affiche dès les premières secondes : le logo habituel d'Universal déraille pour reprendre les tonalités kitsch des années 70, et tout le pré-générique est aux couleurs de la décennie. Un procédé notamment utilisé avec brio dans Go, l'un de ses premiers films, comme pour court-circuiter les outils du système et envoyer un petit signal au spectateur attentif.

Le réalisateur n'avait pas travaillé avec le studio depuis La Mémoire dans la peau en 2002. Et alors que sa carrière a pris une nouvelle dimension suite à la naissance de Jason Bourne et au succès de Mr. & Mrs. Smith juste après, Liman semble déterminé à casser la dynamique trop facile de sa filmographie : un Fair Game et un The Wall témoignent d'une volonté de ne pas s'installer dans les gros budgets et ne pas sagement suivre le chemin hollywoodien, et même un produit comme Edge of Tomorrow s'était révélé plus intéressant que prévu. 

 

Photo Tom CruiseL'homme qui aimait les femmes (plus jeunes)

 

Barry Seal : American Traffic confirme ce désir. Musique, photo, montage, effets de style jusqu'aux cartons du générique de fin : le cinéaste tente avec un plaisir évident de dynamiter la formule très classique de son film.

A défaut d'être profondément originale ou inventive, cette patte donne au film un peu de substance. La palette de couleurs, des costumes à la photographie, empêche au film de sombrer dans une banalité à tous les étages, laissant flotter sur le métrage un parfum seventies amusant et décalé. Mais Doug Liman peut se démener pour revitaliser son intrigue, il reste enfermé dans une boîte : celle d'une histoire paradoxalement extraordinaire et parfaitement plate, narrée sans inventivité. Le film s'agite beaucoup, mais lutte pour véritablement exister.

 

Photo Domhnall Gleeson, Tom CruiseA la poursuite du diamant vert (ou presque)

 

ATTENTION POUDREUSE 

Deux heures de péripéties rocambolesques et retournements de situation, autour d'un personnage haut en couleurs qui se sort de situations improbables, et demeure pourtant un sentiment d'ennui poli. Barry Seal a beau s'envoler dans les airs et arpenter les cieux sous des latitudes exotiques, le film ne décolle pas. La faute à un scénario paresseux, qui se contente de rejouer une histoire vue ailleurs, consommant les ingrédients rassemblés à une vitesse parfois insensée, sans réellement les traiter et les assumer.

D'un point de vue dramaturgique, Barry Seal : American Traffic est un matériau solide, avec une galerie de personnages censés offrir beaucoup, de la femme moins passive que prévu à l'agent de la CIA dépassé par sa créature. D'un point de vue thématique, c'est encore plus riche, avec cette illusion d'american dream qui vire au cauchemar, et d'un homme chargé de pouvoir par des puissants qui créent bien malgré eux leur propre fin. Le titre original American Made est d'ailleurs parfaitement choisi : "Fabriqué en Amérique" comme un vulgaire produit périssable, sponsorisé par les grandes instances du gouvernement reaganien avec un cynisme et une bêtise sensationnelles. 

 

Photo Tom Cruise

 

Mais la structure qui accumule les ascensions et les chutes, au gré des vents et des concours de circonstance, est poussive. Le film semble être terminé avant le dernier acte, et tourne à vide la moitié du temps, faute d'enjeux solides et précis. Entre les mains d'un autre cinéaste, comme Martin Scorsese, l'histoire de Barry Seal aurait certainement pris une toute autre dimension. Ici, elle donne l'impression de courir après une posture cool sans saveur.

Le facteur Tom Cruise est également à prendre en compte. Une nouvelle fois accompagné d'une actrice qui pourrait être sa fille sans que ce soit mentionné une seule fois, encore une fois montré comme un demi-dieu au torse bombé capable de cascades uniques, l'acteur s'efforce de déployer ses talents comiques. Mais le numéro sonne très creux, à l'image de ces séquences face caméra où il raconte son histoire en gros plan : un peu trop conscient de lui même, tout comme le spectateur qui observe les mimics de son visage intemporel, Cruise ne possède pas cette douce folie et cette fausse normalité qui auraient permis à cet incroyable Barry Seal de prendre vie à l'écran. Et pour une fois, ce rayonnement de superstar ne sert pas le film : il le court-circuite.

 

Affiche française

Résumé

Doug Liman a beau poser un vernis seventies sur son récit pour le rendre cool, Tom Cruise a beau déposer sa panoplie de super-héros pour incarner un anti-héros improbable, Barry Seal : American Traffic ne peut s'évader d'un scénario très ordinaire, qui s'étire et empile des scènes attendues sans parvenir à emporter dans la douce folie de son incroyable histoire vraie.

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Lecteurs

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commentaires
Mammouth
15/12/2020 à 15:02

Film agréable et décalé en mode année 70-80.
Bien réussi et emballé, pas ennuyeux une seconde, bien filmé, belle image.
Tom Cruise fait du Tom Cruise, je suis assez client, sans cautionner sa vie privée après celui d'acteur. Il est hyper pro et minutieux niveau préparation de ses films, et c'est bien tout ce qu'on lui demande.

Geoffrey Crété - Rédaction
14/12/2020 à 15:10

@Ethan

Vu en VO oui :)

Ethan
14/12/2020 à 15:00

@Geoffrey Crété
Ce film je l'ai trouvé plutôt bon. Il correspond bien également à l'évolution de Tom Cruise : il y a un certain humour subtil et de cascades dans ses films depuis Night and day.

Le fait que l'actrice soit plus jeune ne me choque pas car Tom a toujours fait jeune.

Je suis plutôt content de Doug Liman. Scorcese m'a pas laissé un super souvenir de La couleur de l'argent

Le seul défaut du film pour c'est la vf, je suis pas trop fan de la personne qui le double en français. Avez vous essayé la vo ? Franchement c'est mieux :)

alulu
14/12/2020 à 13:33

Pas déplaisant mais vite oublié. Comme dans l'article ou comme Miami81, avec un autre réal peut être que le film aurait eu plus de saveur. Oliver Stone plus que Martin Scorsese pour ma part.

Miami81
14/12/2020 à 12:10

Très bon moment, mais je suis d'accord, le film aurait peut être gagné en noblesse avec un autre réalisateur.

Antony
14/12/2020 à 10:42

EXCELLENT film

Real impeccable (chapeau au chef op), rythme, dynamisme, aucun temps mort, rebondissements variés et bien amenés.

Et quel plaisir de revoir Tom Cruisd revenir à des projets à dimension humaine et au jeu. Il montre qu'il est toujours un excellent acteur

OLDSKOOL
14/12/2020 à 10:09

D'accord avec tout ce qui est écrit EN DESSOUS, même ressenti. Excellent film, et un joli tour de piste pour TOMMY...

Geoffrey Crété - Rédaction
14/12/2020 à 10:08

@Ethan

Je doute fortement qu'il y ait un rapport clair entre qualité et box-office. Le box-office chaque année nous le rappelle, avec quantité de films très aimés qui bident, et de films oubliables (et oubliés après) qui cartonnent... L'histoire du cinéma regorge d"exemples de films devenus cultes, et flops à leur sortie.

On écrit les critiques avant de savoir si un film marche. Et notre humble avis n'est pas validé en cas de succès/échec. Ce sont deux choses différentes (et heureusement :)

Ethan
14/12/2020 à 09:42

@Geoffrey Crété
Si le film avait été comme vous dites, il n'aurait tout simplement pas marché.
Ce film est le seul film d'auteur des années 2010 pour tom.
Moi je trouve que le film est plutôt cohérent dans la carrière de Tom. Il fait surtout des cascades depuis Night and day.
Ce film est très important dans sa filmographie car ça lui permet de le rattacher à ce type de cinéma qu'il avait délaissé depuis 2007 tout en y ajoutant sa patte d'action niveau cascades depuis Night and day

Cooper
13/12/2020 à 21:52

J avais bien aimé aussi, Cruise impeccable comme d hab

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