Barry Seal : American Traffic - Critique poudrée

Mise à jour : 22/11/2017 05:17 - Créé : 12 septembre 2017 - Geoffrey Crété

Entre Jack Reacher : Never Go BackMission : Impossible 6 et La Momie, Tom Cruise a retrouvé le réalisateur d'Edge of Tomorrow pour un film léger : l'histoire vraie d'un pilote d'avion qui a travaillé pour la CIA et le cartel de Medellin pour transporter armes et drogues dans les années 70. L'occasion pour l'acteur de déposer sa panoplie de super-héros hollywoodien, le temps d'une presque comédie vintage.

Affiche officielle
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PRÉCEDEMMENT DANS NARCOS

Coïncidence ou effet de mode : avec l'apparition de Pablo Escobar et le fameux cartel de drogue de Medellín, Barry Seal : American Traffic adresse malgré lui un clin d'œil à la série Narcos sur Netflix, devenue incontournable ces derniers temps. Le nouveau film de Tom Cruise, qui retrouve Doug Liman après les aliens d'Edge of Tomorrow et avant la suite, a elle aussi l'ordinaire étiquette de l'histoire vraie : celle de Barry Seal, un pilote enrôlé par la CIA dans les années 70 pour espionner les communistes d'Amérique centrale, et qui va profiter de sa position pour se lancer dans un gigantesque traffic de drogues et d'armes. 

Une de ces histoires bigger than life, aussi insolites que passionnantes, qui offrent à Hollywood des films à intervalles réguliers. Et si le réalisateur de La Mémoire dans la peau et Jumper déploie une certaine énergie pour donner une couleur vintage à cette aventure, Barry Seal : American Traffic reste désespérément simple et attendu, malgré le numéro de Tom Cruise.

 

Photo Tom Cruise

 

AMERICAN SYSTEM STORY

L'intérêt de Doug Liman dans cette histoire, en plus de sa collaboration fructueuse avec la superstar Tom Cruise, s'affiche dès les premières secondes : le logo habituel d'Universal déraille pour reprendre les tonalités kitsch des années 70, et tout le pré-générique est aux couleurs de la décennie. Un procédé notamment utilisé avec brio dans Go, l'un de ses premiers films, comme pour court-circuiter les outils du système et envoyer un petit signal au spectateur attentif.

Le réalisateur n'avait pas travaillé avec le studio depuis La Mémoire dans la peau en 2002. Et alors que sa carrière a pris une nouvelle dimension suite à la naissance de Jason Bourne et au succès de Mr. & Mrs. Smith juste après, Liman semble déterminé à casser la dynamique trop facile de sa filmographie : un Fair Game et un The Wall témoignent d'une volonté de ne pas s'installer dans les gros budgets et ne pas sagement suivre le chemin hollywoodien, et même un produit comme Edge of Tomorrow s'était révélé plus intéressant que prévu. 

 

Photo Tom Cruise

 

Barry Seal : American Traffic confirme ce désir. Musique, photo, montage, effets de style jusqu'aux cartons du générique de fin : le cinéaste tente avec un plaisir évident de dynamiter la formule très classique de son film.

A défaut d'être profondément originale ou inventive, cette patte donne au film un peu de substance. La palette de couleurs, des costumes à la photographie, empêche au film de sombrer dans une banalité à tous les étages, laissant flotter sur le métrage un parfum seventies amusant et décalé. Mais Doug Liman peut se démener pour revitaliser son intrigue, il reste enfermé dans une boîte : celle d'une histoire paradoxalement extraordinaire et parfaitement plate, narrée sans inventivité. Le film s'agite beaucoup, mais lutte pour véritablement exister.

 

Photo Domhnall Gleeson, Tom Cruise

 

ATTENTION POUDREUSE 

Deux heures de péripéties rocambolesques et retournements de situation, autour d'un personnage haut en couleurs qui se sort de situations improbables, et demeure pourtant un sentiment d'ennui poli. Barry Seal a beau s'envoler dans les airs et arpenter les cieux sous des latitudes exotiques, le film ne décolle pas. La faute à un scénario paresseux, qui se contente de rejouer une histoire vue ailleurs, consommant les ingrédients rassemblés à une vitesse parfois insensée, sans réellement les traiter et les assumer.

D'un point de vue dramaturgique, Barry Seal : American Traffic est un matériau solide, avec une galerie de personnages censés offrir beaucoup, de la femme moins passive que prévu à l'agent de la CIA dépassé par sa créature. D'un point de vue thématique, c'est encore plus riche, avec cette illusion d'american dream qui vire au cauchemar, et d'un homme chargé de pouvoir par des puissants qui créent bien malgré eux leur propre fin. Le titre original American Made est d'ailleurs parfaitement choisi : "Fabriqué en Amérique" comme un vulgaire produit périssable, sponsorisé par les grandes instances du gouvernement reaganien avec un cynisme et une bêtise sensationnelles. 

 

Photo Tom Cruise

 

Mais la structure qui accumule les ascensions et les chutes, au gré des vents et des concours de circonstance, est poussive. Le film semble être terminé avant le dernier acte, et tourne à vide la moitié du temps, faute d'enjeux solides et précis. Entre les mains d'un autre cinéaste, comme Martin Scorsese, l'histoire de Barry Seal aurait certainement pris une toute autre dimension. Ici, elle donne l'impression de courir après une posture cool sans saveur.

Le facteur Tom Cruise est également à prendre en compte. Une nouvelle fois accompagné d'une actrice qui pourrait être sa fille sans que ce soit mentionné une seule fois, encore une fois montré comme un demi-dieu au torse bombé capable de cascades uniques, l'acteur s'efforce de déployer ses talents comiques. Mais le numéro sonne très creux, à l'image de ces séquences face caméra où il raconte son histoire en gros plan : un peu trop conscient de lui même, tout comme le spectateur qui observe les mimics de son visage intemporel, Cruise ne possède pas cette douce folie et cette fausse normalité qui auraient permis à cet incroyable Barry Seal de prendre vie à l'écran. Et pour une fois, ce rayonnement de superstar ne sert pas le film : il le court-circuite.

 

Affiche française

 

Résumé

Doug Liman a beau poser un vernis seventies sur son récit pour le rendre cool, Tom Cruise a beau déposer sa panoplie de super-héros pour incarner un anti-héros improbable, Barry Seal : American Traffic ne peut s'évader d'un scénario très ordinaire, qui s'étire et empile des scènes attendues sans parvenir à emporter dans la douce folie de son incroyable histoire vraie.

commentaires

Colonel Stuart 29/09/2017 à 18:45

Comme quoi... les goûts et les couleurs!
J'ai adoré le style du film et les idées de Doug Liman.
Et j'irai même jusqu'à prendre le risque de dire, que c'est un des meilleurs films de Tom Cruise!

Hank Hulé 15/09/2017 à 14:46

Pas d'accord : j'ai passé un bon moment !
certes, c'est un poil long mais c'est bien emballé et Cruise rappelle qu'il sait jouer.

STEVE 15/09/2017 à 11:29

Bon film:
de superbes paysages, une mise en scène grandiose, très bon rythme, histoire passionnante et un Tom Cruise épatant, dont le charisme arrive à nous faire nous attacher à des personnages à la base détestables (Magnolia, Collateral, ici)

Altair 13/09/2017 à 00:12

@Zanta

Jumper : 85 millions de budget de 222 au box-office. Il a été démonté par la presse (comme tant de blockbusters en même temps), mais c'est pas vraiment une claque...

En revanche Fair Game, oui (22M de budget et 24 en salles... en plus d'une critique très bof, malgré Cannes en compétition, alors que pour ce type de film la critique a un vrai sens).

Sinon Edge of Tomorrow a été un succès, notamment critique, et ça l'a pas empêché de faire le petit The Wall donc clairement il choisit ses projets, sinon il serait repartie dans un blockbuster.

D'ailleurs Liman a raconté en interview avoir lâché Justice League Dark et Gambit (il est apparemment parti lui-même des 2) car il sentait plus d'atomes crochus avec les projets au fil des réécritures et réunions.

Zanta 12/09/2017 à 23:18

Si Liman est revenu à des projets originaux, c'est à cause de la claque que s'est pris Jumper sur le plan critique et commercial.

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