Au revoir là-haut : critique bouleversifiée

Simon Riaux | 23 octobre 2017 - MAJ : 29/10/2018 16:26
Simon Riaux | 23 octobre 2017 - MAJ : 29/10/2018 16:26

Toujours plus imprévisible et audacieux, Albert Dupontel nous revient avec l’adaptation d’Au-Revoir Là-Haut, prix Goncourt de 2013, écrit par Pierre Lemaître. Alors que le réalisateur se frotte ici pour la première fois au difficile exercice de la reconstitution historique, a-t-il trouvé un terrain de jeu à la hauteur de sa foisonnante créativité ?

LA NUIT DES MASQUES

À bien y regarder, le cinéma d’Albert Dupontel n’aura jamais été qu’une question de métamorphoses, qu’une suite en apparence chaotiques de récits dont les héros, de gré ou de force, par volonté, amour, nécessité, revêtent les oripeaux d’un autre, qui les révèlent. Au-Revoir Là-Haut n’y fait pas exception et donne même à son réalisateur l’occasion, dans ses meilleurs moments, de pousser cette thématique plus loin que d’ordinaire.

Il est ici question de Maillard et Péricourt, deux vétérans de la Grande Guerre, qui découvrent après l’armistice, la misère et le chômage pour l’un, le trauma et la douleur des gueules cassées pour l’autre. Afin de survivre, tous deux vont devoir se réinventer. Aussi bien moralement (en arnaquant les tenants d’un patriotisme de pacotille) que physiquement (Péricourt se sublimera via des prothèses de sa fabrication), au gré d’une intrigue qui fournit un terrain de jeu idéal pour le cinéaste Dupontel.

 

PhotoUne gueule réparée, trouvaille géniale du film

 

De mouvements de caméra d’une complexité affolante en cadres sur-découpés, toujours composés avec un soin maniaque, le metteur en scène s’en donne à cœur joie, avec une euphorisante énergie. Capable d’orchestrer un gag à base de croix renversé avec la même minutie qu’il aboutit à un feu d’artifice émotionnel, l’artiste confirme qu’il est probablement le cinéaste français le plus ambitieux visuellement, capable de convoquer aussi bien le cartoon (transformant ainsi l’impeccable Laurent Lafitte en loup sorti de Tex Avery), que Buster Keaton, ou des explosions de couleurs Lynchéennes.

 

Photo Laurent Lafitte, Niels ArestrupNils Arestrup et Laurent Lafitte

 

LA CHARGE DUPONTEL

Plutôt que de s’inscrire dans la funeste tradition de la reconstitution choucroute-roteux-Première-Guerre-Mondiale-sépia, qui nous vaut chaque décennie un cataclysme fastidieux au box-office, Albert Dupontel s’échine ici à dépeindre un univers éminemment personnel et composite. Une richesse qui ne s’arrête pas à sa stricte – et virtuose - mise en scène, mais que l’on retrouve jusque dans ses textes, qui papillonnent d’une langue toute de raideur et de maintien, qui sait retenir le meilleur du texte de Pierre Lemaître, à un ton hâbleur issu du théâtre de boulevard.

 

PhotoLes dernières heures de la Première Guerre mondiale

 

Cette multiplicité des tons se retrouve jusque dans l’interprétation ou, signe de la maîtrise et de la malice de son chef d’orchestre, le film parvient à faire cohabiter des comédiens au jeu foncièrement différent, voire contradictoire. Et par miracle, la veulerie chaloupée de Lafitte, la bonhommie contrariée de Dupontel, la tension hallucinée de l’impressionnant Nahuel Pérez Biscayart, et la rouerie dominatrice d’Arestrup forment un orchestre de la dissonance absolument fascinant, parfaitement soutenu par la musique protéiforme de Christophe Julien.

 

Photo Albert DupontelUne scène qui rappelle beaucoup un certain Buster Keaton

 

Dr. ALBERT ET Mr. DUPONTEL

Pour sidérante que soit la proposition plastique et poétique d’Albert Dupontel, on regrettera par endroit que le créateur ne jouisse pas de la même maestria en matière de construction narrative. Ainsi, le choix d’un récit fait de flash-backs enchâssés apparaît contre-productif, cette structure très mécanique étouffant par endroits un récit qui abat approximativement deux idées géniales à la seconde.

 

PhotoPéricourt, ou comment faire payer au patriotes de papier leur hypocrisie

 

De même, si Dupontel livre une nouvelle fois une partition truculente, cette dernière frustre, en cela qu’elle constitue un lessivage du personnage original (dont la paranoïa était bien plus prononcée dans le roman), dont la romance n’est qu’une perte de temps, qui encombre inutilement la narration.

À dire vrai, le narrateur joué par le metteur en scène semble la plupart du temps dispensable, tant il mériterait un rôle d’arrière-plan, d’outil autorisant le dément Péricourt à achever son incroyable chrysalide. Ce que nous révèle cette faiblesse d'Au revoir là-haut, et c’est plutôt une bonne nouvelle, c’est que le réalisateur Dupontel est désormais assez époustouflant pour se passer d’Albert, son double picaresque.

 

Affiche

 

 

Résumé

En dépit de quelques échardes structurelles et narratives, Albert Dupontel livre ici son film le plus poétique et abouti visuellement.

commentaires

gft
15/11/2018 à 13:22

ntm

Decoy
24/10/2018 à 14:07

Mise en scène qui veut bien faire, mais plate et académique au possible, j'ai vite décroché.
Albert, on n'est plus en 1980 !

film français = nul
10/06/2018 à 10:27

toujours aussi nul…. pfffffffffff

sextoys
09/06/2018 à 10:35

fais un film pornnnnnnnnnnn

Albert Dupontel
09/06/2018 à 10:33

Re-bonjour,
Je voudrais réaliser un nouveau film mais j'ai besoin de votre avis ;
quels sujets vous intéressent le plus ?

Merci de me répondre au plus vite, chers internautes.

Cordialement

pd
06/06/2018 à 14:30

moi

Albert Dupontel
06/06/2018 à 14:26

Bonjour,
Merci pour tous vos compliments sur le film, je m'en réjouis que cela vous fait plaisir
Cordialement,

Albert Dupontel

LA TARLOUSE DU 13
06/06/2018 à 14:24

Cool

Mespou63
26/11/2017 à 17:28

Film absolument génial. Tous les acteurs sont époustouflants.la mise en scene subtile, poetique mais aussi violente.
L'idee des masques est juste fabuleuse !

LOURMARIN
05/11/2017 à 10:54

EPOUSTOUFLANT. MONSIEUR DUPONTEL AU SOMMET. COUP DE COEUR ABSOLU.

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