Aftermath : critique post-traumatique

Christophe Foltzer | 5 juillet 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 5 juillet 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Si on aime toujours autant Arnold Schwarzenegger, c'est davantage pour ses rôles de Terminator, de Dutch Schaefer ou de John Matrix, que pour ses compositions mélodramatiques. Mais il s'accroche le bougre, et avec Aftermath (disponible le 18 juillet en DVD/Blu-ray), il est bel et bien en train de nous montrer de quoi il est capable.

Après un Blitz qui n'est pas resté dans les annales, Elliott Lester troque son tueur à gages Jason Statham pour son monsieur tout-le-monde Arnold Schwarzenegger et nous raconte une terrible histoire humaine, qui ne serait pas si triste si évidemment elle n'était pas vraie. Nous y suivons donc le contremaître Roman Melnyck (Arnold) qui perd sa femme et sa fille enceinte dans le crash d'un avion en 2002 et qui va tenter de faire son deuil alors que la vengeance commence à pointer le bout de son nez. En parallèle, nous assistons à la descente aux enfers de Jacob, le tour-opérateur responsable de la collision des deux avions qui doit à présent vivre avec une culpabilité dévorante qui va ruiner sa vie et sa famille. Evidemment, quand ces deux personnages se retrouvent face à face, il ne peut rien arriver de bon.

 

 

I'LL BE BACK !

Plus célèbre pour ses rôles d'action-man que pour sa sensibilité, Arnold avait déjà essayé de nous montrer une autre facette de son talent dans Maggie il y a deux ans, et l'essai n'avait été que moyennement transformé. C'est donc avec surprise qu'on le retrouve à retenter sa chance dans Aftermath en interprétant un personnage à des kilomètres de son registre habituel. En effet, rien dans le personnage de Roman Melnyck ne suggère qu'il doit être impérativement interprété par Schwarzie et c'est à la fois sa plus grande force et son plus grand défaut. Le point positif c'est que, dépouillé de ses gimmicks habituels et de ses contingences divertissantes, Arnold peut enfin nous montrer tout l'étendue de son talent. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cela fonctionne. Le chêne autrichien a en effet rarement été aussi touchant et émouvant et, si on le sent forcer parfois dans le lacrymal, on ne peut que saluer la vraie performance de comédien qu'il nous offre dans ce film, tout en nuance, en tristesse et en colère contenues. On l'a rarement vu ainsi et cela fait très plaisir.

 

Photo Scoot McNairy

 

Le versant négatif de ce choix de casting (vital au film puisqu'il en est aussi le producteur avec Darren Aronofsky), c'est que justement, il s'agit d'Arnold et que cela sollicite constamment notre inconscient collectif. On le voit devant une porte fermée, appelant quelqu'un, et on s'attend à ce qu'il sorte "Sarah Connor ?", il déambule dans un couloir mutique et le visage fermé et c'est le Terminator qui nous apparait. Un défaut qui n'est cependant pas à mettre au crédit du film mais qui demande un petit effort de la part du spectateur pour le dépasser. Heureusement, il est entouré d'une belle brochette de comédiens, Scoot McNairy en tête, qui nous gratifie une fois de plus d'une compostion d'homme brisée extrêmement touchante, elle aussi, et qui attirera sans problème l'empathie du spectateur. Un personnage solide et un comédien au diapason qui met paradoxalement en lumière le gros défaut du film.

 

Photo Aftermath

 

SYMPATHY FOR MR VENGEANCE

Effectivement, le plus gros point faible d'Aftermath réside dans sa construction, sa multiplicité des points de vue et l'orientation générale du propos. Si l'on comprend que montrer la déchéance de ces deux hommes en parallèle est indispensable pour la dernière partie, la répartition des évènements qui les concernent chacun souffre d'un grand déséquilibre qui désavantage Schwarzenegger. Si le personnage de Jacob plonge progressivement dans son enfer personnel, dans sa culpabilité et que l'étau administratif et sociétal se referme sur lui le poussant à prendre une décision radicale dans sa vie, celui d'Arnold ne bouge jamais vraiment passé l'annonce de la catastrophe. La plupart du temps, on le voit regarder dans le vide, faire la moue, pleurer sans que rien de concret ne le fasse évoluer.

 

Photo Aftermath

 

Ce qui pose un sacré problème lorsque (ATTENTIONS, SPOILERS) on nous le présente à la fin comme quelqu'un qui s'est perdu dans sa folie au point de confondre la famille de Jacob avec la sienne disparue. (FIN DU SPOILER) Un évènement capital dans l'intrigue qui aurait dû nous clouer sur place, nous arracher le coeur mais qui frôle le ridicule tant il est mal amené. Heureusement, le film se rattrape in-extremis dans une conclusion touchante et remuante qui rééquilibre quelque peu l'ensemble.

 

Arnold schwarzenegger trailer

 

On reprochera également au film une trop grande complaisance dans sa peinture de la tristesse humaine, encore une fois centrée sur Schwarzenegger, comme si ces scènes n'étaient là que pour nous prouver quel grand acteur dramatique il est. Et c'est bien dommage, parce que dès qu'il arrête de vouloir nous imposer cela, Aftermath se révèle sacrément efficace avec une série de petites scènes lourdes, étouffantes, touchantes et perturbantes (la recherche des débris de l'avion, notamment, très marquante). On regrette donc qu'au final le film se retrouve coincé entre une histoire bouleversante à raconter qui aurait nécessité plus d'attention et de subtilité et la volonté manifeste d'asseoir sa star au panthéon des acteurs de composition. 

 

Affiche officielle

 

Résumé

Qu'on ne s'y trompe pas, Aftermath est un sympathique petit film, touchant, triste et relativement bien troussé. Ce qu'il perd en intensité dramatique, il le récupère dans son ambiance grise et pesante et dans l'excellent jeu de ses comédiens. Un tout petit film certes, mais un grand pas en avant pour Schwarzenegger. Malheureusement, vous ne verrez pas ce film en salles puisqu'il sortira directement en vidéo le 18 juillet prochain.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(3.8)

Votre note ?

commentaires
Rorov94
06/07/2017 à 09:33

Sinon ça emmerde personne que ce soit le même scénar'que THE CROSSING GUARD de sean penn avec nicholson...

atef
05/07/2017 à 20:02

dans Blitz, Statham joue un flic si je ne m'abuse.
sinon, j'aime beaucoup la tournure Clint Eastwood que prend Arnold .Je pense qu'il devrait creuser ça à fond.

Ginger
05/07/2017 à 14:16

En même temps j'ai jamais douté du jeu d'acteur de Schwarzenegger suffi just de visionner des films comme Le contrat, Running Man ou le mésestimé La fin des temps pour se rendre compte que c'est un grand .

Starfox
05/07/2017 à 11:20

Je me souviens de cette horrible catastrophe aérienne impliquant un avion rempli d'écoliers et un avion DHL. Et je crois même qu'ils ont abordé cette histoire dans une des émissions "Dangers dans le ciel".

Juste avant de partir en vacances en avion, c'est exactement le genre d'émissions qu'il faut regarder !

votre commentaire