Les Fantômes d'Ismaël : critique mutilée

Simon Riaux | 17 mai 2017
Simon Riaux | 17 mai 2017

Après que Trois Souvenirs de ma Jeunesse ait été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2015, Arnaud Desplechin fait son grand retour en sélection officielle, avec ses Fantômes d’Ismaël, choisis en qualité de film d’ouverture de la 70ème édition du Festival de Cannes.

MUTANT X

Pour un cinéaste qui aura été littéralement inventé par la Croisette dès son premier long-métrage, le symbole est important, l’honneur immense, à fortiori à l’occasion d’une année anniversaire, pour ce métrage aux airs de synthèse d’une œuvre exceptionnellement riche.

Si on représente souvent le cinéaste en incarnation totale de « l’auteur » français, on oublie tout aussi fréquemment qu’il s’est imposé comme un des metteurs en scène les plus atypiques du cinéma hexagonal, notamment par son usage absolument décomplexé du genre. Après avoir hybridé le polar parano et le teen movie, Desplechin marie ici le marivaudage amer au cinéma d’espionnage, sans oublier d’y injecter quelques doses de comédie, tout en lorgnant régulièrement du côté de Polanski ou de Bergman.

 

Photo Marion Cotillard, Mathieu Amalric

 

Le mélange est détonnant, surprend constamment par sa capacité à jouer simultanément la partition d’une cartographie de l’intime, qui ne s’interdit jamais un rire solaire évident, tout en réservant au spectateur des saillies de mélancolie ou de grâce ombrageuse qui impriment instantanément la rétine.

 

DESPLECHIN REDUX

Cette richesse thématique et tonale se retrouve également dans la distribution du film, où l’on retrouve bien sûr la troupe du réalisateur, de Girardot à Amalric, qui renforce encore le sentiment d’assister à un fabuleux kaléidoscope de ses obsessions, mais surtout de ses œuvres précédentes. Pour qui goûte ces récits syncopés, cinéphiles et psychanalytiques, Les Fantômes d’Ismaël prend alors la forme d’une épique chasse aux œufs de pâques.

 

Photo Charlotte Gainsbourg

 

Sauf que rapidement, le jeu se mue en un exercice extrêmement frustrant. Si le métrage porte parfaitement son titre, ce conte gigogne recelant une multiplicité de couches et mystères (film dans le film, enquête, mises en abîmes), les fantômes qui nous visitent ici sont bien sûr ceux d’Ismaël, ceux de Desplechin, mais aussi celui, plus vindicatif, d’un montage incompréhensible.

 

COMME IL EST MOIGNON

En l’état, Les Fantômes d’Ismaël est une création brillante mais saccagée, dont on peine à comprendre pourquoi le Festival de Cannes (et les salles françaises) diffusent une version courte qui sacrifie la cohérence, la richesse, le sens et l’essentiel de la poésie qui animent la version longue réalisée par son auteur, version « officielle », qui sera d’ailleurs celle exploitée à l’internationale.

 

Photo Marion Cotillard

 

Il faudra donc aller à Paris, au cinéma du Panthéon pour découvrir Les Fantômes d’Ismaël en intégralité, voire pour le découvrir tout court. En effet, malgré ses immenses qualités formelles, sa virtuosité émotionnelle, le film tel qu’il est proposé à la majorité du public est entre la mutilation et l’ébauche. Une situation d’autant plus problématique que si le film propose une énergie bien différente de l’électricité romanesque de Trois  Souvenirs de ma Jeunesse, il constitue également une passionnante réflexion d’un de nos plus grands cinéastes sur son œuvre et le rapport que nous entretenons avec elle.

 

Affiche

Résumé

Film passionnant et bouleversant dans sa version longue, on comprend mal l'existence dans les salles françaises et en ouverture du Festival de Cannes d'un montage qui mutile cet entêtant fantôme.

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commentaires

Diez
18/05/2017 à 14:21

*Desplechin

Diez
18/05/2017 à 14:19

Chui dégouté. Deplschin tronqué....

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