Pirates des Caraïbes 5 : La Vengeance de Salazar - critique cartoon

Geoffrey Crété | 19 octobre 2020 - MAJ : 20/10/2020 10:00
Geoffrey Crété | 19 octobre 2020 - MAJ : 20/10/2020 10:00

Elle est loin la surprise du premier Pirates des Caraïbes, sorti à l'été 2003 pour mettre fin à la légendaire poisse des films de pirates au box-office. Quatorze ans et quatre suites plus tard, le Jack Sparrow de Johnny Depp est ainsi redevenu une simple marque, fidèle à ses humbles origines puisque le film est tiré d'une attraction des parcs de Mickey. Mais une question demeure : y a t-il encore des fans intéressés par une énième aventure du héros, et reste t-il encore de bonnes raisons de le suivre ? 

PIRATOMANE

Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence n'a peut-être pas marqué les esprits à sa sortie en 2011, mais il n'en reste pas moins une réussite pour le studio puisque deuxième plus gros succès de la franchise (1,04 milliards), après Le Secret du coffre maudit (1,06 milliards). Un temps repoussé pour des questions de budget et face à l'échec de Lone Ranger (même acteur, même studio) en 2013, ce cinquième film a donc naturellement trouvé la voie vers la lumière, avec à la clé une production énorme et compliquée - le budget de 250 millions a gonflé jusqu'à 320, sans compter le frais marketing non négligeables.

 

Photo Johnny Depp

 

Pas trop d'inquiétude néanmoins pour les écuries de Mickey, leader du marché du grand spectacle hollywoodien. Mais contre toute attente, ce pur produit qu'est La Vengeance de Salazar n'est pas qu'une tartine numérique et mercantile dédiée à Johnny Depp, redevenu le centre de l'attention après avoir partagé la vedette avec Penelope Cruz dans le précédent opus : le cinquième épisode est ainsi un blockbuster simple mais joyeux et régressif, qui retrouve un peu de la magie d'antan pour proposer une odyssée claire et distrayante.

 

Photo Johnny Depp

 

TEX JACK AVERY

Après la trilogie signée Gore Verbinski et un quatrième opus emballé par Rob Marshall (Chicago, Nine), il y a ce parfum familier de giga-franchise avec le casting des Norvégiens Joachim Rønning et Espen Sandberg, duo de réalisateurs remarqué pour des raisons plus ou moins nobles (le four Bandidas avec Penelope Cruz, Kon-Tiki nommé à l'Oscar du meilleur film étranger) et donc pêché par Hollywood. Côté scénario, il y a Jeff Nathanson, scénariste de  comédies plus ou moins volontaires de Steven Spielberg (Arrête-moi si tu peux, Le Terminal, Indiana Jones et le royaume des crâne de cristal).

L'équation n'est pas rassurante sur le papier, et Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar bénéficie sans doute de cette attente plus que modérée. La première apparition de Jack Sparrow laisse d'ailleurs craindre le pire : le numéro de clown-pirate alcoolisé de Johnny Depp sonne comme une vieille rengaine plus gênante qu'amusante, et la peur de voir ce nouveau film se réduire à cette farce unidimensionnelle se profile.

 

Photo Johnny Depp

  

Mais la force de la franchise se situe au-delà de ce personnage, et le film reprend vite le dessus. Qu'un cambriolage se transforme en course-poursuite tonitruante, ridicule, et donc géniale, redonne ce sourire typique de la saga. Pirates des Caraïbes retrouve cette énergie de cartoon réjouissante, capable d'étirer une séquence d'action sur de longues minutes avec une inventivité délicieuse et une générosité affolante. La Vengeance de Salazar ne surpasse pas Le Secret du coffre maudit, qui reste sans aucun doute l'épisode le plus grandiose et extrême, mais retrouve grâce à une guillotine ou quelques requins-fantômes cette énergie revigorante et décomplexée.

 

Photo Javier Bardem

 

SOUS L'OCÉAN

Ce cinquième film a beau être le plus court de la saga avec près de 2h10 au compteur (record indigeste avec 2h48 pour l'un des mauvais épisodes, Jusqu'au bout du monde), il ne surmonte pas les faiblesses de la franchise. L'intrigue se résume donc à une énième et laborieuse chasse entre différents groupes, où plusieurs personnages courent les uns après les autres tandis que le heureux hasard en réunit d'autres. La logique interne est plus que faible, et le scénario ne prend même pas la peine d'articuler les différents éléments pour donner l'illusion d'une quelconque cohérence.

La saga n'est qu'une gigantesque farce, avec un océan qui se transforme à chaque épisode en terrain de jeu où sont jetés les gentils et les méchants. Le film est un assemblage de set pieces plus ou moins titanesques, qui servent de repères au milieu d'une intrigue à la fois bête et confuse. Que le film brille par ces séquences d'action virevoltantes est très significatif : Pirates des Caraïbes n'est jamais aussi séduisant que lorsqu'il assume ne rien raconter.

 

Photo Kaya Scodelario, Johnny Depp

 

La Vengeance de Salazar n'a d'ailleurs qu'une foi très limitée en son antagoniste, incarné par Javier Bardem dans ce qui est un choix de casting peu imaginatif - sans surprise, le studio a tenté d'enrôler Christoph Waltz avant lui. L'acteur a beau apporter quelques touches exotiques et over the top à ce pirate moisi, il n'est qu'un outil banal dans l'histoire. C'est probablement l'une des grandes faiblesses du cinquième épisode : son incapacité à créer une intrigue digne de ce nom, à mettre sur la route de Jack Sparrow un ennemi solide qui ne rejoindra pas l'interminable liste des bad guys interchangeables des blockbusters actuels.

Ailleurs, le film tentera de donner un peu de coeur via une sous-intrigue liée au père de Carina Smyth, l'un des nouveaux personnages interprété par la charmante Kaya Scodelario (Skins, Le Labyrinthe). Mais la chose est si maladroite et grossière que la seule émotion suscitée est la gêne. Le fils de Will Turner est censé être le coeur de l'intrigue, mais le pauvre Brenton Thwaites (vu et oublié dans Gods of Egypt et Maléfique) a un charisme si limité qu'il en ferait regretter Orlando Bloom. L'action prend le pas sur l'intrigue et les personnages, mais c'est presque nécessaire vu la faiblesse des éléments en jeu.

 

Photo Johnny Depp, Brenton Thwaites

 

PIRATAGE

Après une Fontaine de Jouvence plongée la moitié du temps dans l'obscurité, La Vengeance de Salazar rallume les lumières et renoue  heureusement avec la dimension cartoonesque de la saga. La direction artistique se révèle ainsi charmante, des sbires amochés de Salazar à l'allure de Golshifteh Farahani, malheureusement reléguée au troisième plan. La superproduction achève de séduire les yeux lors de son climax, qui plonge littéralement dans la dimension fantastique de l'univers. Dans une dernière ligne droite réjouissante et visuellement stimulante, le cinquième Pirates des Caraïbes est particulièrement sympathique. Celui qui, guidé par le plaisir, viendra chercher de l'excitation et de l'amusement, sera sans nul doute rassasié.

 

Photo Orlando Bloom

 

Que l'affiche française soit si grisâtre, comparée aux affiches nettement plus colorées d'autres pays, laisse songeur. Que le spectacle, attrayant mais loin d'être gargantuesque, soit facturé à plus de 300 millions de dollars, également. Lorsque l'aventure s'achève sur des retrouvailles niaises en hommage à la trilogie originale, avec un arrière-goût de reboot pas très fin (un nouveau bellâtre blondinet aux cheveux longs, une nouvelle petite aristo au caractère bien trempé), le spectateur pourra retrouver ses esprits et réaliser que l'entreprise tourne en rond. A l'image de Johnny Depp, qui sonne comme un coquillage creux, bercé par un thème musical si usé qu'il en deviendrait quasiment insupportable.

La Vengeance de Salazar amuse donc la plupart du temps, grâce à un tempo satisfaisant et quelques morceaux délicieux, mais ne peut lutter contre cette désagréable sensation d'un spectacle un peu tristounet, et presque instantanément ringard, qui a transformé en quelques films une formule spéciale en menu de cantine.

 

Affiche

 

Résumé

S'il n'invente plus rien et ne raconte presque rien, Pirates des Caraïbes cinquième épisode a au moins le mérite d'offrir une épopée amusante et colorée, illuminée par quelques morceaux d'action réjouissants et délicieusement cartoonesques. Pour celui qui viendra chercher du blockbuster convenable, la mission sera remplie.

Lecteurs

(2.8)

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commentaires

Oldskool
20/10/2020 à 23:01

Ca dépend, y'a des bonnes cantoches...

Espadon
20/10/2020 à 18:17

@Le gros qui dormait au cinoche.
T’as pas du voir la scène en entier, le bateau ne coule pas définitivement

DjFab
20/10/2020 à 10:07

Je n'ai pas aimé, je suis d'accord avec ceux qui disent qu'il "pisse sur la trilogie originale", il ne fallait pas reprendre l'histoire avec Orlando Bloom, surtout pas, la fin du 3 était parfaite !

Pour moi on a une trilogie culte, un 4ème film bonus très bon, et un 5ème qui ne devrait pas exister.

Le gars du cinoche
23/08/2017 à 02:24

Le 5 eme volet de la saga ma énormément déçu je m attendais a beaucoup mieux salazar est juste la pour dire aux spectateurs regarder moi je suis méchant, jack sparrow n est plus de se monde Disney a trouvé judicieux de le troqué contre un bouffon alcoolique et chanceux et spoiler la mort de barbosa (qui est inutile car pour tous fan de pirates des Caraïbes, le fan sait que jack et barbosa sont des personnages malin il n avait pas de raison de sautée pour tuer salazar et de plus barbosa a trois ou des flingues qu il utilise dès qu il le peut) ma plus mit en colère que de m émouvoir, en gros le film est un films d action/aventure raté qui ne respire (car les scènes d'action sont trop présente face au ancien épisode ou les personnes était réellement développé) et pour pirates des Caraïbes le black pearl est LE navires mythiques de la saga et quand j ai vue le retour du pearl j ai été extrêmement déçu , les scénaristes ont littéralement pisé sur le black pearl franchement il aurait peut faire un truc epic ou ils lencait la bouteille dans la mer et la barbosa fans un incantation il plonge le sabre dans l eau et l eau commence a bouillir et le black pearl sort de l eau un peut comme le hollandais volant, voilà comment je voyais le retour du pearl mais non la barbosa débarque dit bon faut faire avancer l histoire donc je l libère le pearl il fait sa prière jack fais une black de beauf barbosa jette le pearl dans en mode on sen branle le pearl coule pathétiquement et voilà le tour est joué. Et la je ne viens de vous site que un des problèmes du films qui fais que le 5 est très décevant pour un pirates des Caraïbes, en gros le 5 eme volet est bien partie grâce au nom pirates des Caraïbes.

Vickers
11/06/2017 à 13:23

Moi je dis que le 3ème est mauvais, que le 4ème est de loin le pire (absolument rien gardé en mémoire de ce truc), et le 5ème modestement efficace.
"Comment peut-on penser ça", me diraient certains ? Rien de plus que les goûts aussi divers que les gens.

Jules_C14
11/06/2017 à 13:20

Je suis un fan de Pirates des Caraïbes, et ce film est le pire de la saga, il pisse littéralement sur la trilogie originale (le compas fut volé par Jack à Tiadalma, et Will n'a pas de raison d'être maudit puisqu'il emmène les morts vers l'au-delà, ce que ne faisait pas Davy Jones...) Ensuite on passera pour les acteurs, entre un couple vide, un Jack Sparrow qui a perdu sa ruse et est réduit à un rôle de bouffon chanceux, un Barbossa qui était le seul à "sortir la tête de l'eau" (sans mauvais jeu de mots...) mais qui "abandonne le navire" (toujours sans jeu de mots...), un méchant très méchant comme dans les princesses disney, d'ailleurs l'astronome est le cliché parfait que l'on attend dans les films depuis 2010 : une femme forte, qui sait tout (alors qu'elle n'a jamais été sur un bateau de sa vie, d'ailleurs elle me fait penser à Rey dans SW7, qui maîtrise la force en 32 secondes alors qu'il y a 5min elle n'y croyait pas... Bref..!). Ensuite, pour couronner le tout, on a droit à un humour tellement lourd (SPOILERS sur les dialogues) entre l'astronome putative qui est le pillier humoristique du film et les coup de "la proue et la poupe"... Pirates des Caraïbes n'était jamais tombé aussi bas...

Énervé
07/06/2017 à 22:51

Comment on peut dire que le 3 n'est pas bien ? C'est un des films les plus spectaculaires des années 2000 , mon classement est :
La malédictions du black pearl
Jusqu'au bout du monde
La secret du coffre maudit
La vengeance de Salazar
La fontaine de Jouvence

FanPDC
07/06/2017 à 22:46

J'ai trouvé ce film trop base sur l'humour et trop appuyé sur le mauvais côté de jack ... le film est trop court on attend olus de spectacle au niveau du combat comme le faisait les 3 premiers ... l'idée et pas mal mais le scénario un peu moyen : salazar peut se venger que quand jack donne son compas aLors qu'il l'échange maintes fois dans les film 2 et 3 . Néanmoins le niveau du film est relevé pas l'apparition d'anciens acteurs marquants de la saga ... au final ce film est pas mal mais aurait pu être beaucoup mieux !

maj
03/06/2017 à 12:58

boff, l'histoire est relou, les dialogues sont franchement nul quant à Jack... un bouffon!

RiffRaff
28/05/2017 à 08:50

Bon, pas terrible, une suite en forme de remake. on retrouve les scènes cartoonesques, un final qui rappelle celui du 3, des personnages décalqués sur ceux de la première trilogie(et même le retour de certains).
A noter une scène post générique qui bafoue la conclusion du film.
Bref un spectacle sympathique mais paresseux

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