Problemos : critique décroissante

Simon Riaux | 30 mai 2017
Simon Riaux | 30 mai 2017

Aux côtés des Quentin Dupieux, Albert Dupontel et Antonin Peretjatko, Eric Judor fait partie des voix atypiques de la comédie française qui nous rappellent que tout n’est pas perdu en matière de rire hexagonal. Ce dernier peut toujours se marier avec une forme d’inventivité et de poésie absurde bienvenues.

DREAM TEAM

Après le semi-échec de La Tour 2 Contrôle Infernale et la réussite de Platane, on se demandait donc ce qu’allait donner son alliance inattendue avec Blanche Gardin et Noé Debré. Il faut dire que l’attelage ne manque pas de panache : derrière La Résistance de l'airLes Cowboys ou encore Dheepan, Debré fait partie des espoirs musclés du côté des scénaristes français, tandis que Blanche Gardin, ici co-scénariste et comédienne, a fait ses armes au Jamel Comedy Club avant d’exploser sur scène aux commandes d’un spectacle doux-amer impressionnant.

Le trio nous arrive donc avec Problemos, fable satirico-débilo-euphorisante, dans laquelle un groupe de zadistes cochant toutes les cases des clichés libertaires contemporains découvrent avec effroi qu’ils sont les uniques survivants d’une pandémie mondiale. Un point de départ nettement plus ambitieux et original que le tout venant de la comédie franchouillarde, toujours condamnée à recycler les recettes d’un Labiche envoyé au stade anal.

 

Photo Eric JudorBlanche Gardin et Eric Judor

 

On pouvait craindre que Problemos, à trop vouloir caricaturer sa troupe de néo-écolos-bobos-féministo-polyamoureux, ne verse dans le cliché réac et le mépris de classe, tares d'oeuvres récentes telles que Gangsterdam ou À bras ouverts. Ce serait mal connaître Eric Judor, qui déploie ici une immense tendresse, ainsi qu’un amour sincère pour ses personnages.

Plutôt que de critiquer leurs choix, il décide d’en souligner les contradictions, les errances révélatrices d’une douce folie, avec une sympathie évidente pour leur naïveté. Une approche qui permet au film de rire autant de lui-même que de ses protagonistes, notamment grâce à l’excellente écriture du personnage de Judor, contreproint droitard et individualiste, qui achève de nuancer la charge contre les ravis de la décroissance.

 

Photo Eric JudorIncroyable mais vrai : une comédie française drôle

 

COMEDIE INSOUMISE

La grande qualité du film est de réussir à manier des rires assez différents, qui s’étalent du pur comique de situation et de l’hystérisation des stéréotypes, en passant par un amour du verbe contagieux. Ainsi, les jeux de mots, les dispositifs langagiers à base d’hésitations, de bégaiements, d’un tempo humoristique qui tantôt s’étiole, tantôt se resserre, assurent à l’ensemble (notamment sa première demi-heure), un fort potentiel comique.

On regrettera en revanche que malgré des fous-rires appréciables et une avalanche d’idées qui font régulièrement mouche, le métrage ne parvienne pas à dégager des enjeux et une structure clairs. Ainsi, passé un premier acte souvent hilarant, Problemos vire à l’enfilade de sketchs. S’ils sont presque systématiquement drôles, l’absence de liant se fait progressivement sentir et empêche cette chouette comédie de s’élever au-dessus de sa condition de divertissement séduisant.

 

Affiche

Résumé

Très drôle mais beaucoup trop décousue, la comédie d'Eric Judor divertit efficacement.

commentaires

Dirty Harry
31/05/2018 à 12:26

On ne s'attends pas au déroulement du récit et je suis d'accord avec la critique sur le manque de liant mais qu'est ce que j'ai ri ! Entre la chanson de la féministe sur les règles, l'enfant non-genré (cette connerie abyssale bien démontée), Mr Fraise (mon préféré : on sent qu'il y met tout son coeur pour être avec ces gens sans trop savoir pourquoi lui est là !) et celui qui revient de Syrie, non là c'est toute l'époque que le film venge.
A noter encore une fois que c'est le talentueux Noé Debré qui est au script, toujours dans des registres pas vraiment de gauche (après Dheepan où les personnages viennent en France avec des faux papiers - donc des purs clandos illégaux - pour se retrouver dans une banlieue très loin du vivre-ensemble à bien un multiculturaliste le nez dans son caca, tout ça pour aller faire du Vigilante à la Bronson/Eastwood à la fin de manière magistrale, je crois n'avoir jamais eu autant d'érection depuis longtemps au cinema !).

Flash
30/05/2018 à 22:44

En effet bien décousu, mais je me suis marré par moment, donc le film fait le job !

Carolin
10/05/2017 à 13:45

Premier commentaire : Un crétin. Chouette

...
10/05/2017 à 13:34

Première phrase introductive : 3 fautes d'orthographe et un mot oublié.
Classe

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