Après la tempête : critique ensoleillée

Simon Riaux | 27 avril 2017
Simon Riaux | 27 avril 2017

Comptant parmi les metteurs en scène bienvenus au Festival de Cannes, Kore Eda compte parmi les héritiers de son compatriote Ozu et nous revient aujourd’hui avec Après la Tempête, un long-métrage délicat, en forme de synthèse de son œuvre.

 

Après les fragiles Notre Petite Sœur ou Tel Père Tel Fils, ceux qui espéraient que le metteur en scène sorte un peu du sentier – un peu balisé – qu’il suit depuis plus d’une décennie en auront pour leurs frais. Plus que jamais, son cinéma se veut le continuateur d’une tradition artisanale, déployant ses effets avec une infinie retenue.

Pour autant ce récit qui met aux prises un père raté, son ex-femme lasse de ses manquements et leur fils dans un minuscule appartement assiégé par un ouragan réserve de discrètes mais réelles surprises. Ainsi, Kore Eda parvient miraculeusement à abattre plusieurs cartes, celle du drame intime, ou encore un enchaînement de situations typiques de la comédie de mœurs, sans jamais les jouer mécaniquement ou selon une logique désincarnée.

 

Photo

 

Le réalisateur s’échine continuellement à parasiter des enjeux à priori simples, affinant la psychologie de ses héros, jusqu’à totalement déborder des enjeux habituels de ce type de récits familiaux. La grande beauté d’Après la Tempête se niche ainsi dans le regard porté sur ces personnages, tous confrontés à l’échec, mais que la mise en scène ne juge jamais.

Car le projet du récit se situe ailleurs que dans la réussite ou les déboires de ses protagonistes et s’attache à leur capacité à se dépasser l’un comme l’autre. L’enjeu de l’ouragan qui se déploie ici est de permettre à chacun d’entrapercevoir, au-delà des nuages et des intempéries, la possibilité d’un horizon meilleur, et peut-être, lumineux.

 

Photo tempête

 

Ainsi, dans on ultime séquence, qui fait visuellement et structurellement écho à l’une des premières du métrage, particulièrement amer, Kore Eda organise un mouvement de lâcher-prise, une détente chez ses anti-héros, qui enfin, réalisent qu’ils n’atteindront pas leur objectif et que l’accepter n’a rien d’un drame.

Cette philosophie tranquille, qui traite plus de résilience que de renoncement, charrie avec elle un amour inconditionnel pour les cœurs blessés, les sensibilités heurtées et les alliances disfonctionnelles. C’est de cette profonde humanité qu’Après la Tempête tire sa grâce, et de la force tranquille avec laquelle elle s’impose que le spectateur sort de la salle avec la conviction d’avoir vécu un petit moment plus important qu’il n’y paraît.

 

affiche

Résumé

C'est beau, c'est délicat, et ça soulage. Kore Eda ausculte l'échec d'une famille pour mieux comprendre où se nichent l'espoir et la réconciliation.

Lecteurs

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commentaires

Ded
28/04/2017 à 11:50

Voilà qui me conforte dans mon choix à venir... Merci !
Jolie critique malgré quelques dYsfonctionnements dans la relecture... ;O)

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