Sadako vs. Kayako : Critique Head & Shoulders

Christophe Foltzer | 27 février 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 27 février 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

En l'espace de 20 ans, et grâce à un seul film, Ring, la J-Horror s'est faite une place de choix dans l'inconscient collectif, entrainant son lot de déclinaisons et de remakes. Et nous voilà donc arrivé à la phase terminale avec Sadako vs Kayako.

Tandis que Rings vient d'arriver dans nos salles il y a quelques semaines, on se dit que, malgré les années, les fantômes japonais ont la vie dure et exercent toujours un grand pouvoir de fascination sur le public, désormais habitué à voir une fille aux cheveux sales tuer des adultes un peu trop apeurés. Une mode que l'on doit essentiellement à deux films, Ring dans un premier temps et Ju-On par la suite. Deux films, deux univers inspirés du même folklore (d'ailleurs on a fait un super dossier à ce sujet il n'y a pas longtemps) et qui ont imposé deux figures majeures de l'horreur nippone actuelle, Sadako et Kayako. Alors forcément quand il y a du fric à se faire, les idées à la con ne tardent pas à arriver. Et c'est donc pour ça qu'on a aujourd'hui Sadako vs Kayako.

L'idée de base, pourtant, est assez séduisante, surtout avec les nombreux points communs qu'entretiennent les deux mythes. Réunir les deux fantômes au sein d'un univers pour les faire s'affronter et décider qui c'est qui commande. Sur le papier, aucun souci, c'est stupide, mais ça peut être fun. Le problème, c'est qu'après il faut en faire un film et c'est là que les problèmes commencent.

 

Photo Sadako vs Kayako

Hiiiiiiiii ! Un film tout pourri !

 

"ETEINS TA CONSCIENCE" (dialogue véridique)

Pourtant, dans l'idée, c'est assez simple et il faut dire que cela commence comme il se doit. La réalité des légendes urbaines tombe peu à peu dans l'oubli et, si tout le monde connait l'histoire, la véracité des faits est plus que contestée. Un professeur d'université cherche donc la cassette maudiite de Sadako pour prouver qu'il a raison. Cassette que trouvent justement deux de ses étudiantes dans un vieux magnétoscope. L'une d'elles la regarde et le compte-à-rebours est lancé. Dans un autre quartier de la ville, une adolescente emménage à côté d'une étrange maison, dans laquelle disparaissent 4 jeunes garçons. Pour sauver les filles maudites, un exorciste excentrique a une grande idée : faire se confronter les deux malédictions pour qu'elles s'annulent.

Un principe alléchant et qui promettait une bonne dose de fun mais qui, comme souvent, se dégonfle en quelques secondes face à la méconnaissance totale du sujet dont font preuve ses artisans. En effet, ni Sadako, ni Kayako ne sortent grandies d'une telle rencontre. Le film déroule une histoire ridicule et totalement incohérente et il semble évident dès les premières secondes qu'il va falloir se taper une bonne heure vingt avant de voir le match tant attendu. 1h20 de remplissage et de non-sens qui, plus encore que sortir le spectateur du trip, l'endort progressivement.

 

Photo Sadako vs Kayako

Appelez mon agent ! Et plus vite que ça !

 

PASSAGE OBLIGE CHEZ LE COIFFEUR

Le plus grave là-dedans étant évidemment que les deux monstres ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes tant leurs mythologies respectives ont été modifiés pour rajouter artificiellement du suspense. Ainsi Sadako ne laisse plus que deux jours à ses victimes, ne les tue plus mais les poussent au suicide en laissant à chaque fois une mèche de ses cheveux dans les mains de la victime. La fameuse vidéo maudite se résume à une porte qui s'ouvre dans un hangar délabré (véridique) et le fantôme est super actif dès le départ, butant tous ceux qui s'opposent à elle et notamment dans ce qui est probablement la scène d'exorcisme la plus Z vue depuis la glorieuse époque des films d'exploitation italiens.

Kayako, quant à elle, est vidée de son passé tragique, se résumant (avec Toshio, le gamin-chat) à un vulgaire boogeyman, surprenant ses victimes à coups de jump-scares. On appelle ça la grosse déchéance.

 

Photo Sadako vs Kayako

Temps de cerveau disponible. (allégorie)

 

Et le combat au sommet ? Il se déroule à moitié hors-champ et se résume en tout et pour tout à une bataille de cheveux avant de sombrer définitivement dans le ridicule dans un final estampillé "à la con" qui ouvre sur une probable suite. Bref, Sadako vs Kayako n'arrive même pas à décevoir tant il énerve.

Pas écrit, pas joué, pas respectueux des univers invoqués mais relativement bien mis en scène, ce film est une pure opportunité commerciale qui transpire tellement le cynisme qu'il en donne la nausée. Passez donc votre chemin sans hésiter, ce ne sera même pas sympa dans une soirée entre potes avec bière et pétards, c'est juste une honte absolue. Et c'est bien là, la vraie malédiction du film : avoir tué 1h38 de notre vie sans aucun état d'âme.

 

Résumé

Alors qu'on s'attendait au maximum à une zèderie sympathique et divertissante, Sadako vs Kayako n'arrive même pas à atteindre ce piètre niveau et nous livre la quintessence du film de producteur roublard qui traine dans la boue à la fois ses deux franchises star et son public. Il devrait y avoir des lois contre ce genre de trucs. Hop, poubelle !

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