Miss Sloane : critique à la House of Cards

Geoffrey Crété | 9 juin 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 9 juin 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Jessica Chastain part en croisade contre le système et le lobby des armes à feu dans un thriller servi avec une impressionnante armée de seconds rôles (Gugu Mbatha-Raw, Mark Strong, Alison Pill, John Lithgow, Sam Waterston). Le programme est alléchant et malheureusement très en phase avec son époque. Mais parce que Miss Sloane est réalisé par l'Oscarisé John Madden (Shakespare in Love, Indian Palace), qu'il a été quasiment écarté de la saison des Oscars et a été un échec en salles, il y avait des raisons de craindre le pire. Erreur ?

TERMINATRICE

Miss Sloane n'y va pas de main morte. Son héroïne est une femme de caractère, carriériste et impitoyable, qui provoque stupeur et tremblements à Washington grâce à sa maîtrise effrayante du lobbying et des rouages de la politique. Autoritaire, castratrice, cynique, glaciale, intelligente : c'est un bulldozer. Dès le premier plan, Jessica Chastain occupe tout l'espace, avec un charisme et un professionnalisme clinique qui sied parfaitement à cette ogresse du XIXème siècle.

Là est la limite de l'exercice : à l'image de l'actrice, Miss Sloane est un thriller trop propre, un peu trop bien habillé et coiffé, qui repose sur une mécanique millimétrée et impeccable. De ses seconds rôles portés par des acteurs solides aux grandes scènes dramatiques, avec quelques surprises et twists, le thriller de John Madden est une application scolaire des codes du genre. 

 

Photo Jessica ChastainJessica Chastain

 

HOUSE OF CARDS

Le meilleur aspect de Miss Sloane réside dans son portrait désenchanté de Washington : des politiciens véreux aux entorses institutionalisées à la loi, l'obscure activité du lobbying est dessinée comme une machine de guerre terrifiante, gigantesque pieuvre dont l'influence et les motivations sont spectaculaires. Que l'héroïne s'attaque au sacro-saint port des armes à feu protégé par la constitution américaine rend sa croisade d'autant plus passionnante et pertinente. La question est bien évidemment effleurée, mais le décor évoque de manière claire ce dédale bâti par le système.

Miss Sloane est donc habité par des thématiques passionnantes, notamment lorsqu'il aborde l'importance du storytelling en politique et la destruction de la personne publique pour faire diversion. Lorsque les personnages plaisantent sur le côté James Bond de certains éléments, c'est un clin d'oeil au spectateur mais également un état des lieux alarmant : Elizabeth Sloane a beau être plus hollywoodienne et donc stéréotypée que le Frank Underwood de House of Cards, elle offre une fenêtre étourdissante sur les couloirs du pouvoir, avec une dose de fiction certainement moins grande qu'il n'y paraît.

 

Photo Jessica ChastainUn film terriblement crédible

 

MISS SLOANE AU SÉNAT

Miss Sloane ne porte pas ce titre pour rien : en plus d'être de toutes les scènes, l'héroïne porte à la fois la force et la faiblesse de l'entreprise. Le trait est particulièrement forcé pour dessiner cette femme moderne, quitte à tomber dans une caricature féministe. Éminemment intelligente, Sloane n'a aucune pitié (ni pour les autres ni pour elle) et sa vie privée se résume à un créneau payant avec un gigolo. Ces moments, malgré le talent de Jake Lacy, traduisent bien la maladresse du scénario, qui tente d'humaniser cette dame de glace avec un peu de sexe et de légèreté. L'assemblage des différentes facettes est alors très artificiel.

Tout comme Sloane, calculatrice et arrogante, le thriller de John Madden est un peu trop sûr de lui pour entièrement convaincre. L'intrigue accumule ainsi les moments attendus, et ne rechigne pas à sortir les grandes scènes dramatiques et utiliser des twists peu subtils - quitte à trop pencher du côté du divertissement facile. De même, la crise de foi de l'héroïne qui lance l'aventure fonctionne à peine avec le caractère de cette femme, menée du début à la fin par ses ambitions personnelles et narcissiques.

 

Photo Jessica ChastainReine des glaces

 

Pour ces raisons, Miss Sloane n'est pas le film politique coup de poing espéré. Comme d'autres avant lui (Les Marches du pouvoir de George Clooney par exemple), il se révèle finalement bien moins corrosif qu'il ne le laisse penser. A condition de l'accepter, la chose se révèlera alors parfaitement divertissante, filmée et montée avec une fluidité et une efficacité réjouissantes. Ce qui rend l'échec spectaculaire du film (à peine 4 millions au box-office pour un budget de 13 millions, et une absence du circuit des prix hormis une nomination aux Golden Globes pour Jessica Chastain) d'autant plus étonnant

 

Affiche

Résumé

Scolaire et emphatique, Miss Sloane n'est peut-être pas le grand film politique espéré, mais n'en demeure pas moins un thriller bien huilé et passionnant dans ses thématiques.

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Lecteurs

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commentaires
jorgio69
09/06/2018 à 21:27

@Satan Lateube
Je lui transmets le message, elle est à côté de moi en ce moment :D

Hank Hulé
09/06/2018 à 20:05

Un poil mecanique...
La fille est trop balèze à force de tout anticiper.

Satan Lateube
07/03/2017 à 09:17

Ha, Jess, je te suivrais au bout du monde ...
Quelle femme, mes aïeux, quelle femme !!

Zanta
06/03/2017 à 19:06

Ca peut difficilement être aussi caricatural et gênant que "Les Marches du Pouvoir"... A voir en rattrapage en VOD, comme tout film de John Madden.

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