Traque à Boston : Critique sous haute tension

Mise à jour : 28/05/2017 00:00 - Créé : 8 mars 2017 - Geoffrey Crété

Après Du sang et des larmes et Deepwater, le réalisateur Peter Berg retrouve Mark Wahlberg pour un nouveau film spectaculaire axé sur la réalité : Traque à Boston, sur les attentats survenus à Boston en 2013, lors du marathon. Un sujet brûlant et un traumatisme dont l'ombre plane encore sur l'Amérique et le monde, que le duo tente de retranscrire dans un thriller sous haute tension.

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PLUS DE SANG, PLUS DE LARMES

Mark Wahlberg a donc animé en Peter Berg un désir de filmer le réel - du moins côté US. Du super-héros Hancock et des aliens de Battleship, le réalisateur est ainsi passé au film de guerre Du sang et des larmes (sur une opération de militaires en Afghanistan en 2005) et au film catastrophe avec Deepwater (sur l'explosion d'une plate-forme pétrolière en 2010). 

Avec Traque à Boston, il recroise la guerre et le catastrophe, et monte d'un cran : un récit des attentats survenus à Boston en avril 2013, de l'explosion des deux bombes au marathon à la chasse à l'homme incroyable qui a immobilisé la ville. L'ambition de dresser un portrait héroïque du peuple américain et des forces de l'ordre est très hollywoodienne, avec un Mark Wahlberg (originaire de Boston) logiquement casté en policier emporté malgré lui dans l'horreur. Mais derrière ces habits très ternes, le film se révèle saisissant, tétanisant et moins fade que prévu

 

Photo Mark Wahlberg

  

LE TRAQUEUR TRAQUÉ

Dès la première scène, où Mark Wahlberg tente d'enfoncer une porte comme il l'a fait plusieurs fois au cours de sa carrière de superstar hollywoodienne, il y a un décalage : cette fois-ci, le héros fatigué échoue, et lorsqu'il y arrive c'est au prix d'une douleur qui reprend d'assaut son corps. Ce désir de filmer une Amérique essouflée, certes indestructible au bout du compte mais abîmée au quotidien, est certainement ce qui donne à Traque à Boston une nuance particulière.

La musique hypnotisante et fabuleuse de Trent Reznor et Atticus Ross (leur première composition complète pour un film sans David Fincher) participe pour beaucoup à cette tonalité inhabituelle. De ce cauchemar qui s'est abattu sur Boston en 2013, Peter Berg tire certes un film palpitant et nerveux, mais également empreint d'une sobriété sourde, comme si un spectre planait en silence sur les événements et les scènes. En résulte la sensation d'avoir la gorge nouée et les muscles tendus pendant plus de deux heures haletantes, brillamment mises en scènes.

 

Photo Mark Wahlberg

 

MELI MELO

Il faudra néanmoins accepter une dose parfois ridicule d'ingrédients hollywoodiens, d'autant plus difficiles à digérer qu'ils ne se mélangent en rien au reste du métrage. De la présentation niaise des protagonistes de ce film chorale (des personnages heureux et respectables, prototypes des héros normaux, avec une mention spéciale pour le pendentif de l'infirmière) à quelques éclats d'humour plus ou moins volontaires (la dernière phrase de l'Asiatique kidnappé par les terroristes au héros), Traque à Boston reste en surface une entreprise à la gloire de l'Amérique. 

Le contraste entre ces nombreux moments et le reste est tel que Peter Berg semble avoir refusé de les mixer. Plus intéressé par la traque presque abstraite des terroristes et la toile gouvernementale complexe qui se déploie sur la ville, et relève à la fois de la solution et du problème, le cinéaste délaisse ses personnages pour les réduire à de purs archétypes. Michelle Monaghan, J.K. Simmons, John Goodman, Kevin Bacon et même Mark Wahlberg n'ont que quelques scènes pour exister : le vrai intérêt les dépasse, et dépasse le cadre classique de la dramaturgie paresseuse.

 

Photo Michelle Monaghan

 

DES MEMBRES ET DES HOMMES

Traque à Boston ressemble par moments à un film 24 heures chrono : amoncellement des points de vue, enchevêtrement des personnages, intérêt (parfois très relatif) pour les deux camps, et évocation de la complexité étourdissante des enjeux avec une brutalité parfois étonnante. Peter Berg est plus sobre que Jack Bauer, mais se dégage de son film la même urgence, la même énergie dévastatrice.

Après les des deux explosions, forcément tétanisantes, Traque à Boston maintient cette dynamique de manière quasi-ininterrompue jusqu'à la fin, avec une poignée de scènes d'une efficacité redoutable. Que ce soit une fusillade dans une rue qui se transforme en champ de guerre ou un interrogatoire à la violence uniquement verbale, le film est implacable. C'est cette force, d'une violence parfois terrifiante, qui lui permet de gagner la bataille interne contre ses nombreuses faiblesses et fausses notes. Et qui justifie, d'une manière très américaine, l'existence d'un film arrivé si tôt après la tragédie, dans un monde qui lutte encore contre ses propres démons.

 

Photo Michelle Monaghan

 

Résumé

Traque à Boston a beau être profondément hollywoodien, et donc forcément limité, il se révèle particulièrement sec, palpitant et maîtrisé dans la forme, avec une approche moins paresseuse qu'il n'y paraît.

commentaires

Dutch Schaefer 17/03/2017 à 18:56

Comme pour ses deux précédents films, je suis enchanté de celui-ci!
Entièrement d'accord avec votre critique (et ce n'est pourtant pas souvent le cas...)
Ceux qui critiquent aujourd'hui, finiront avec le temps par réévaluer ce petit bijoux de thriller dramatique!

Stivostine 18/02/2017 à 09:38

Deja vu; tres decu pas aussi palpitant aue lon croit

Eragon 17/02/2017 à 19:44

@Toothpick . justement Peter Berg ne s'est jamais caché en faisant la propagande américaine dans ses films, chose qui n'est pas très courante dans les blockbusters d'aujourd'hui. Un film américain pour les américains (ou les pro-américains). Néanmoins, j'adore sa façon de raconter ses films et de filmer ses scènes d'action. J'ai encore en image l'explosion de la platforme de Deepwater dans la tête. C'était vraiment spectaculaire et ce n'est pas étonnant que ce film soit nommé pour l'Oscar des meilleurs effets visuels. Bref j'ai hâte qu'il fasse un film sur la traque de Ben Laden ou sur le 11/09. J'espère que Walhberg sera de la partie. C'est avec ce réalisateur que j'ai commencé à apprécier cet acteur

Toothpick 17/02/2017 à 18:40

Ses films ont tous ce côté pro-ricain, du Sang et des larmes c'était le pire de tous à ce niveau là et ça m'a dégouté du film malgré quelques séquences choc bien réalisée.

Chris 17/02/2017 à 18:20

Peter Berg était un super acteur, dommage qu'il n'apparait plus que quelques secondes dans chacun de ses films..

Geoffrey Crété - Rédaction 17/02/2017 à 17:14

@Zanta

Pourtant on pense que derrière le pop-corn, le spectacle et la surenchère, 24 heures chrono est moins bête et simpliste qu'il n'y paraît.
On l'a notamment abordé dans notre dossier-marathon
http://www.ecranlarge.com/series/news/925479-24-heures-chrono-saison-9-tout-ce-qu-il-faut-savoir-avant-live-another-day

Zanta 17/02/2017 à 17:09

Une "évocation de la complexité étourdissante des enjeux" dans 24 heures chrono ?
Les gars, vous êtes gentils... Même la saison 2 ne peut pas prétendre à cela.

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