Grave : critique carnivore

Simon Riaux | 14 mai 2020 - MAJ : 10/06/2020 12:47
Simon Riaux | 14 mai 2020 - MAJ : 10/06/2020 12:47

Bombardé emblème de l’horreur à la française lors du Festival de Cannes 2016, Grave était une des têtes d’affiche de la 24ème édition du Festival de Gérardmer. A-t-il fait honneur à sa sanglante réputation ?

GO VEGAN !

Justine est une jeune fille brillante et effacée, végétarienne comme ses parents. Alors qu’elle rejoint une prestigieuse école vétérinaire où étudie déjà sa sœur ainée, elle est amenée dans le cadre d’une séance de bizutage à ingérer de la viande pour la première fois. Une découverte qui va transformer radicalement son quotidien et la révéler à elle-même. Précédé par l’emballement médiatique consécutif au buzz Cannois et à celui de Toronto, où quelques malheureux se sont évanouis en pleine projection, le film est - sur le papier - un parfait exemple du cinéma d’horreur hexagonal, doloriste et trash.

Sauf que pour sa première réalisation, Julia Ducournau nous propose un menu bien différent. Ce qui frappe rapidement dans Grave, c’est la dimension organique de son récit protéiforme. Conte initiatique, teen movie, fable cannibale, roman familial autant récit d’une sororité tragique, le métrage, change constamment de tonalité, mute avec malice sous les yeux effarés du spectateur.

 

Photo Garance MarillierUn bizutage très Brian de Palma...

 

Un kaléidoscope de chair qui doit avant tout à l’inventivité constante de sa réalisatrice. La caméra et le montage de Julia Ducournau s’attache prioritairement à servir le récit au plus proche de l’émotion propre à chaque séquence, favorisant les innombrables ruptures de ton et leur conférant une étonnante cohérence. On passe ainsi de scènes de bizutage plastiquement renversantes, porteuse d’un effroi palpable, à un véritable film d’horreur estudiantin qui donne parfois le sentiment d’assister à l’improbable fusion entre David Cronenberg et Gregg Araki.

 

Garance Marillier - Rabah Naït OufellaÇa va saigner

 

LA FÊTE DE LA VIANDE

Car si Grave sidère lors de scènes chocs où s’entremêlent sexualité dévorante et insatiable appétit pour la chair, la quête identitaire de Justine (superbe Garance Marillier) pulvérise les limites de l’épouvante ou du film de cannibale. Grâce à une écriture limpide et d’une grande précision psychologique, la narration pousse l’observateur dans ses derniers retranchements, au fur et à mesure que les choix du personnage principal précipitent Grave dans un cauchemar jubilatoire.

On a beau y digérer ses petits camarades, disséquer un paquet de bestioles et torturer jusqu’à l’implosion ses semblables, on le fait avec un sens aigu de la dramaturgie et surtout une réelle volonté de divertir. Grave ne s’abîme jamais dans le marigot du cinéma de genre faussement provocateur, glauque, pensé comme une performance arty tendance autiste. 

 

Photo Garance MarillierHummm, ça donne faim tout ça

 

Assaisonné d’un humour carnassier, rehaussé de partis pris picturaux inattendus et traversé de séquences parfaitement hallucinatoires, le film échappe à toute classification définitive, nous offrant une épopée protéiforme d’une puissance poétique peu commune. Que des nuées d’étudiants avancent vers leur bizutage, soudain transformés en bétail mutique, ou qu’une scène d’épilation entre sœurs dévisse jusqu’à aboutir à une dévoration élégiaque dopée à l’orgue électrique, Julia Ducournau vient au cinéma français à la manière d’un xénomorphe juvénile pulvérisant une cage thoracique sclérosée

Bien sûr, le film n’est pas parfait et souffre de menues scories, la faute à une direction d’acteurs par endroits inégale, et l’écriture d’un personnage secondaire trop fonctionnelle. Mais c’est là bien peu de choses, tant cette comptine enragée s’impose instantanément comme un néo-classique affamé. On ne pensait pas une production française capable de relever avec tant de grâce un pareil défi, mais on se surprend à croire que Grave saura réconcilier les fans de cinéma horrifique et les supporters d’un cinéma dit d’auteur ou perçu parfois artificiellement comme plus exigeant. A table !

 

Affiche

Résumé

Teen movie cannibale à l'énergie dévorante, Grave est un jubilatoire traitement de choc.

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Lecteurs

(3.6)

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commentaires

Daddy Rich
16/05/2020 à 14:11

J'ai détesté!
Chiant! Long! Vide! Masturbatoire!

Œil de linx
16/05/2020 à 11:46

Berk berk berk !!! Ce film est dégueulasse,il ya aucun suspense aucune frayeur du bizutage jusqu'au cannibalisme film répugnant et Nul .

Pulsion73
15/05/2020 à 11:50

J'aime bien, souvent pour un film d'horreur supposé jouer la carte de l'originalité, le film qui choque, qui dérange, et mon cul c'est du poulet, on nous balance l'anecdote "repère", des gens se sont évanouis ou ont tourné de l'oeil . "Houlà là, ça doit être terrifiant alors?". ^^. . Toujours la même rengaine.

Dodule
15/05/2020 à 10:52

A part la réalisation qui tire le film vers le haut avec de très belles images, la reste n'a aucun intérêt. Je me suis ennuyé, certain passage m'ont un peu dégouté mais sans plus. Il y a tellement d'incohérences dans ce scénario que j'ai eu vraiment du mal à suivre ces personnages. Pour faire simple ... Beurk.

Kyle Reese
14/05/2020 à 23:42

Une très bonne surprise, j’ai adoré.
Une petite pépite dans le genre qu.il faut salué car somme toute assez rare dans le paysage audiovisuel français.

Babar77
14/05/2020 à 23:32

Nul et largement surcoté.
Il faut vraiment que le cinéma soit tombé bien bas pour spéculer sur une daube pareille.

moky99
03/03/2018 à 19:55

100% d'accord avec Coco, je rajouterai un 4e film comme claque de ces dernières années, à savoir The Lost City of Z.

Alexiaaucarré
02/03/2018 à 21:06

Déçue par ce film dont j attendais beaucoup.
(Il y a vraiment des gens qui se sont sentis mal pendant la projection???)
Trop mou (mais bon pour le coup ça je m y attendais ).
Certaines scènes trop prévisibles .
Musique pas terrible (ça c est perso).
Histoire qui part sur de bonnes bases mais pas super bien emmenée.
Les acteurs sont pas mal par contre !
Je ne sais pas si on peut comparer mais à l époque Martyr m avait totalement bluffée.

Glob
24/05/2017 à 08:39

La presse l'a jamais "vendu" comme "le film gore de l'année", mais comme la surprise de l'année. N'importe quoi ce mépris primaire de la presse... Tu peux certainement ne pas aimer du tout ce film (perso j'ai pas adoré) mais de là à dire "c'était sûr vu que la presse a aimé sérieux à chier à oublier". Cette époque ridicule où y'a toujours un ennemi à flinguer quelque part pour avoir une position...

coco
24/05/2017 à 08:35

Pour moi les 3 claques majeures de ces dernières années ont été Grave (vu hier), The VVitch et It Follows.

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