Manchester by the Sea : Critique qui prend le large

La Rédaction | 19 décembre 2016
La Rédaction | 19 décembre 2016

Avec Manchester by the Sea, l’Américain Kenneth Lonergan nous offre un des films les plus poignants de l’année. Un drame sur le deuil et la culpabilité porté par un Casey Affleck au sommet de son art.  

 

Drame en trompe-l’œil

Lee Chandler (Casey Affleck) est un homme seul. Sa vie de gardien se résume à nettoyer la merde des autres, de manière littérale. Ses uniques contacts avec le monde extérieur : des discussions orageuses à propos de robinets qui fuient, et des bagarres dans les bars. Lorsqu’il reçoit un coup de fil lui apprenant l’hospitalisation en urgence de son frère Joe après une crise cardiaque, Lee quitte Boston pour Manchester, Massachusetts. Là il apprend la mort de son frère et découvre que celui-ci lui a légué la tutelle de son fils adolescent …

Le synopsis de Manchester By the Sea pourrait être celui d’un mélo classique sur le deuil, dans lequel l’Oncle Lee aiderait son neveu Patrick, un adolescent désaxé, à surmonter l’épreuve de la perte. Mais Manchester By the Sea n’est pas un mélo classique ; c’est un drame qui, sous ses faux airs de chronique sociale et familiale, raconte le deuil à deux niveaux de récit. La mort de Joe fait écho à une autre perte impossible à surmonter, qui constitue le cœur du récit, et le foyer du drame initial.

 

Photo Casey Affleck

 

Deux hommes sur un bateau

La réussite du film repose sur son magnifique duo de personnages.  Avec son regard bleu et sa voix éraillée, Casey Affleck traîne son mal-être et sa silhouette plombée dans quasiment tous les plans. Face à cet homme qui sombre, Lucas Hedges incarne un Patrick remarquablement nuancé, qui mène sa barque comme il le peut.

La force de ce duo est à double-tranchant : on peut regretter que Manchester by the sea ne laisse que peu de place aux femmes. Exception faite de Randi (Michelle Williams), l’ex épouse de Lee qui, malgré un nombre limité d’apparitions, offre l’une des scènes les plus puissantes du film.

 

Photo Casey Affleck, Michelle Williams

 

Le roulis des souvenirs

Outre la qualité de ses interprètes, le film frappe également par la finesse du dispositif mis en place. Le drame se tisse par bribes à travers une structure éclatée, qui traduit les allers-retours incessants de Lee dans son propre passé. Kenneth Lonergan utilise la musique de manière singulière, non pour amplifier les émotions, mais au contraire pour apporter un contre-point analytique aux émotions qui se dégagent des séquences. A travers la métaphore du congélateur qui symbolise l’anesthésie de Lee, ou encore le moteur de bateau qu’il se refuse à réparer, comme analogie avec son cœur cassé, le réalisateur infuse le récit de symboles puissants, qui donnent au drame la dimension d’un conte initiatique.

Le cinéaste, qui met ici en scène son troisième long-métrage en seize ans, démontre l’étendue de sa maîtrise et sa capacité à toujours convoquer l’outil narratif le plus juste. Sa palette stylistique impressionne. Flash-backs, montage alterné, métaphores oniriques, montage simple mais parfaitement rythmé, quasi-plans séquences contemplatifs… Plutôt que de chercher un effet signature, Lonergan déploie quantité de techniques, toujours conçues pour maximiser l’impact des séquences et mettre en lumière la composition de ses comédiens. Une démarche humble, pour un résultat d’une puissance dévastatrice.

Critique rédigée par Elsa Vasseur et Simon Riaux.

 

Affiche

 

Résumé

De Manchester by the Sea, on retient l’intelligence du dispositif de narration et, surtout, le magnifique personnage de Lee, porté par la performance d’un comédien hors norme.

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commentaires

dunadan
11/12/2017 à 09:13

Magnifique, poignant, marquant...le genre de film qui ne vous lache pas pendant quelques jours. Casey afleck est définitivement devenu un de mes acteurs préféré. Il n'existe à notre époque pas beaucoup de film de ce genre...bonjour les oscars.

Mamilou
20/12/2016 à 14:25

Vu le film hier soir . Grandiose . Ne pas oublier non plus dans la bande son une musique moins utilisée que l'adagio mais tout aussi inoubliable dans sa puissance émotionnelle: un extrait du Messie de Haendel.

jerem
19/12/2016 à 21:35

Belle critique. J'ai vu le film hier et j'en suis encore bien retourné. Je pense qu'il marque durablement les spectateurs. Effectivement Casey est excellent et Williams aussi...
A noter une énième utilisation de l'adagio d'Albinoni. Utilisation "définitive" pour moi dans le sens où j'associerai désormais ce morceau à ce film.

Alan Smithee
19/12/2016 à 12:24

Kyle Chandler, cet acteur tellement sous côté.

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