Tamara : Critique Indice de Masse Corporelle

Christophe Foltzer | 29 octobre 2016
Christophe Foltzer | 29 octobre 2016

Le genre de la comédie teen est ultra balisé depuis fort longtemps et a ses valeurs sûres, ses légendes. DeBreakfast Club aux Beaux Gosses en passant par American Pie, la concurrence est rude. Mais il reste encore quelques petites choses à dire.

Sur le papier, Tamara a tout de la comédie française qu'on adorera détester. Réalisé par Alexandre Castagnetti de La chanson du dimanche, d'après une bande-dessinée pour ados publiée dans le magazine Spirou, le film part avec un sacré handicap, celui de faire partie du cinéma français. Pire encore, la comédie française moderne, genre qui pollue nos écrans depuis que Dany Boon a eu la mauvaise idée de réaliser Bienvenue chez les Ch'tit et le carton qui s'en est suivi. Pourtant, et nous sommes les premiers surpris, Tamara est un bon film. Voire même l'une des meilleures comédies teen de mémoire récente. C'est dire notre trouble...

 

Photo Tamara

 

RIRE GRAS

Le postulat de départ est classique mais efficace : Tamara est une ado complexée par son poids qui arrive au lycée avec la ferme intention de se tailler une bonne réputation et de lever des mecs. Mais comment s'en sortir dans cette jungle où tout n'est qu'apparence et image de soi, où tous les coups sont permis, surtout lorsque l'on a jeté son dévolu sur le beau gosse local ? Celui-là même qui est au centre des convoitises de toutes les ennemies potentielles ? On essaye de se changer, tout en manipulant son environnement pour parvenir à ses fins.

Là où l'on pouvait craindre un énième film de coaching bienpensant et sirupeux, Tamara surprend dès le départ en nous présentant une héroïne pas si différente de celles qu'elle critique : comme les autres, elle veut qu'on l'aime, comme les autres, elle veut se taper le plus beau mec du lycée et comme les autres, elle est prête à tout. Le film dévie donc rapidement de son axiome attendu pour dériver vers la comédie américaine des années 90, un peu caca-prout, un peu stupide mais très tendre et humaine. Et ça fonctionne.

 

Photo Tamara

 

REGIME SANS SUCRE

En effet, ce qui étonne le plus, c'est le soin apporté à tous les personnages et à leur background. Qu'il s'agisse des ados ou de leurs familles (Sylvie Testud est, à ce titre, excellente), tout sonne vrai et authentique. Tamara se permet ainsi d'ancrer son histoire dans une réalité sociale et dramatique un peu rugueuse, pas franchement joyeuse, en choisissant cependant d'en retirer le meilleur. Si le message général est un peu gros (pardon) et téléphoné, c'est dans les détails saupoudrés avec intelligence que Tamara révèle toutes ses qualités. Et ce sous-texte plus adulte est très bien maîtrisé, passionnant et plutôt juste dans sa démonstration : les raisons du surpoids de Tamara, son rôle de réceptacle des angoisses de sa mère, la solitude de l'adolescent quel qu'il soit par rapport aux changements qu'il subit, le regard inquisiteur des autres pour oublier qu'ils ne s'acceptent pas non plus... Tout est là et tout fonctionne.

 

Photo Tamara

 

Evidemment, le film n'est pas parfait. On regrette une dernière partie un peu facile, clairement en trop mais obligatoire pour arriver à l'éternel happy-end. La bonne morale est sauve, tout le monde est content, les méchants sont gentils au fond, tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais on préfèrera y voir là un sacrifice nécessaire au genre et à l'industrie actuelle du cinéma français qu'une vraie volonté du réalisateur qui, par ailleurs, nous offre quelques audaces de mise en scène bienvenues. Quand on rajoute à cela un panel de jeunes comédiens tous aussi bons les uns que les autres (Héloïse Martin, Rayane Bensetti et Lou Gala en tête), on se dit que tout n'est peut-être pas perdu pour notre cinéma.

 

Résumé

Alors qu'on s'attendait à une comédie franchouille pathétique et manipulatrice, Tamara surprend par sa sincérité, son discours, ses comédiens et sa belle énergie. Pas le film du siècle, mais probablement la meilleure comédie teen qu'on ait vu depuis longtemps et la promesse d'une nouvelle génération de comédiens talentueux qui ne demande qu'à s'épanouir. Bref, Tamara, c'est bien, et nous en sommes les premiers surpris.

Lecteurs

(3.3)

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commentaires

Totempkof
30/10/2016 à 02:32

@diez

Tu le dis très vite : ça relève du goût. Et comme toi, la personne qui écrit sur un film parle avec son coeur. Ca n'oblige personne à être d'accord, à boire ses paroles, et toute personne sensée a conscience qu'il s'agit d'une opinion.

A partir de là, difficile de pouvoir affirmer qu'untel a tort. Ton coup de coeur sera le coup de gueule d'autrui, et le film qui récolte de bonnes critiques sera détesté par quelqu'un qui trouvera que la méchante critique parle des films inutiles. En l'occurrence, en matière de comédie, on peut simplement voir que beaucoup (trop) sont mauvaises, chères (et sans le justifier à l'écran au-delà des acteurs) et cruellement non inspirées. D'où la probable surprise face à un comédie/teen movie sympathique, peut-être.

diez
29/10/2016 à 21:49

Et c'est tout à votre honneur. Ce qui me chagrine dans la phrase "tout n'est peut-être pas perdu pour notre cinéma." c'est ce qu'elle sous-entend. Nous observons notre propre cinéma de notre point de vue, mais si on y regarde de plus près, notre cinéma n'est pas le plus à plaindre en terme de ratio quantité/qualité.

Je lis souvent chez les spectateurs et même la presse des "le cinéma français n'est pas mort", "l'exception qui fait du bien", .... que dès qu'ils aiment un film français, Pourtant,il faut l'avouer, nous ne manquons pas de films audacieux qui sortent des normes (comédie populaire ou drame social) dont beaucoup on en horreur, et souvent à juste titre.

Par exemple, actuellement notre cinéma d'animation est certainement (bon à titre perso surtout), le meilleur au monde. celui qui propose de vraies films, de vraies idées, de vraies ambitions. Mais même ce cinéma d'animation est trop peu mis en avant, tout comme les films sortant du lot. Les distributeurs sont frileux, la presse spécialisé à peur de ce qui sort de l'ordinaire et a tendance à descendre certains métrages qui ne le méritent pas (je vous reconnais à vous cette tendance à ne pas suivre ce modèle de cette presse qui sort le terme "chef d'oeuvre" à des films très concensuels), le spectateur ne prend plus de risques.

Mais encore une fois, les beaux films existent, les films sortant de l'ordinaire aussi, le cinéma de genre tente de percer, ... il se passe beaucoup de choses depuis 2 ou 3 ans en France, mais malheureusement la définition du cinéma Français pour un français reste toujours et encore "comédie populaire de merde et drames sociaux plombants").

J'ai découvert en début d'année un film magnifique LES FILLES AU MOYEN AGE. Ce film représente tout ce que j'aimerais voir dans nos salles. C'est auteuriste tout en étant familial. C'est amusant tout en étant sérieux. C'est du cinéma fait avec de l'envie et de la passion. Du cinéma comme cela il en existe tous les mois en France mais dans un nombre de salles tellement ridicule qu'on ne les remarques même pas.

Il y a cet autre exemple, un film boudé par la presse LES MALHEURS DE SOPHIE. Le film sort des sentiers battus et des conventions habituelles. De l'humour, du drame, de la poésie et de l'animation, des choses très différentes et pourtant audacieuse. Au lie d'encourager le cinéma à aller dans ce sens, de tenter de s'ouvrir à des horizons plus larges et plus barges, la presse spécialisée (pas vos pour le coup), y voit plutôt une opportunité de déverser haine gratuite et argumentaire ridicule.

Moi j'aime ces prises de risque, ces délires divergents, mas jamais il ne seront représentés en porte étendard du cinéma français car on tient encore à notre "style" tant aimé dans le monde. Mais quel est ce style en réalité ?

Geoffrey Crété - Rédaction
29/10/2016 à 18:27

@diez

Oh, on a beau être parfois un peu dur avec ce satané cinéma, notamment français, on l'aime au fond. Et on a envie de l'aime surtout.

Dernièrement on a défendu des films aussi divers que L'Odyssée, Souffler plus fort que la mer (découvert au festival de Saint-Jean-de-Luz), Nocturama ou encore Divines.

Mak
29/10/2016 à 13:54

Peut etre que le film est une bonne comédie mais ca ne m'enlève pas l'idée que le film n'assume même pas le fait d'adapter une bd sur une fille qui est grosse. Elle n'est pas un peu enveloppé comme dirait l'autre mais grosse !

diez
29/10/2016 à 12:53

Je ne suis pas un grand fan de la BD, mais je remarque juste que quand c'est du cinéma français les polemiques sur les changements d'origine sur les personnages de base se font tres discret. Nan, parcequ'il y a un monde entre le charimatique Diego de la BD (ouai j'aime pas la BD, mais je la connait bien ^^) et l'impersonne et lissel Diego du film .

Je ne parle pas uniquement de couleur de peau, mais de choix d'acteur là uniquement pour sabpopularité tv aupres des nanas. Ok ok cela n'est pas nouveau, mais la peur des productions populaires à prendre des risques à ce niveau me fait de la peine. Il y a de super acteurs (de couleur ou non) qui ne demandent qu'à obtenir ce genre d'opportunité. Certes, c'en est une pour celui du film, mais je doute fortement qu'il fasse une grande carriere dans le cinéma.

Peut etre que je me trompe, mais en attendant je me pose des questions, peut-être pas les bonnes...

Autre chose, le "tout n'est peut-être pas perdu pour notre cinéma." qui revient sur de trop nombreuses critiques sur de trop nombreux sites demontrent que quand meme certaines personnes sont passées à coté de bien belles choses ces dernières années. Des films qu'on ne retrouve jamais aux palmares des grandes celebrations du cinema francais, mais qui dans leurs pauvres 10 ou 20 ou 50 salles sont des miracles dont il faudrait parler un peu plus.

Personne va lire ce message car publiévsur la crtique d'un film francais à l'affiche qui donne des frissons, mais voila au moins j'aurai eu mon petit mot. :p

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