Divines : critique du petit phénomène cannois

Geoffrey Crété | 29 août 2016 - MAJ : 15/08/2018 21:24
Geoffrey Crété | 29 août 2016 - MAJ : 15/08/2018 21:24

L'édition 2016 du Festival de Cannes a été très riche hors incontournables poids lourds. Alors que les films de Ken Loach (Palme d'or), Xavier Dolan (Prix du jury) et Olivier Assayas (Prix de la mise en scène) vont arriver cet automne, l'été aura été marqué par deux films moins destinés au succès : Toni Erdmann, une farce irrésistible de l'Allemande Maren Ade, et Divines, premier film de Houda Benyamina couronné par la Caméra d'or.

BANDE DEUX FILLES

Le discours de Houda Benyamina sur la scène de Cannes n'est pas passé inaperçu. Venu recevoir la prestigieuse Caméra d'or avec ses actrices, la réalisatrice n'a pas suivi la bienséance de la grande messe du cinéma avec un discours long et enflammé, armée d'un champ lexical et d'un féminisme décomplexé qui a irrité quelques esprits. Ces quelques minutes étaient à l'image de Divines, son premier film : bruyantes, directes, un peu chaotiques, sans fausse politesse ni excuses. A prendre ou à laisser, sans négociations.

 

Photo Oulaya Amamra

 

Divines fait écho à Bande de filles, le film de Céline Sciamma présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes 2014, où il est vite devenu un petit phénomène jusqu'à récolter trois nominations aux César. Même décor de banlieue, mêmes profils d'héroïnes en pleine émancipation, même amour des visages inconnus, même fausse légèreté, même dualité entre l'amitié et la réalité.

Mais Houda Benyamina se contrefiche d'une quelconque posture : Divines n'a pas la grâce offerte par la musique électro de Para One, n'a pas de séquence musicale sur un tube de Rihanna, ne commence pas sur les chapeaux de roue avec les basses de Dark Allies de Light Asylum, et n'a pas ces belles lumières à la mode.

Divines est plus simple, plus direct. Plus pur, peut-être. En contre-partie, il est aussi plus serré, et doté d'une narration plus limpide. L'histoire de Dounia témoigne d'une maîtrise certaine de la dramaturgie, avec un bel équilibre entre les différentes facettes - son amitié avec Maimouna, son amourette avec Djigiu, son business avec Rebecca, sa famille. Le film brille moins par son originalité (une scène sur l'inévitable échec scolaire, une scène de boîte de nuit où l'héroïne révèle sa féminité, une scène de paillettes sur les Champs-Elysées, une confrontation avec les forces de l'ordre) que par son efficacité. Un point non négligeable dans la case "film d'auteur" qui en effraie certains.

 

Photo Oulaya Amamra

 

J'M TIRE

Divines déborde. L'altercation avec la professeur, l'affrontement sur la scène entre Mounia et Djigui, le climax : Houda Benyamina injecte une énergie, une brutalité et une passion qui tire vers le too much. Dans un autre film, ce serait une faiblesse, une erreur. Dans Divines, c'est une force : celle d'un film qui n'a pas peur d'exister, qui ne tremble pas, qui fonce dans le tas, quitte à agacer. Comme son héroïne, qui lutte pour canaliser son énergie, pour trouver un équilibre entre son tempérament et ses peurs, ses rêves et ses cauchemars. Des mots aux chorégraphies de danse, tout est agressivité, subie ou sublimée.

 

Photo Oulaya Amamra

 

C'est dans ces moments que Divines montre sa personnalité, et sa capacité à ne pas disparaître dans une structure classique aux ficelles trop connues. C'est aussi parce qu'il renverse certains stéréotypes (la place de la religion, l'homme qui danse, la femme qui deale), et qu'il évite le misérabilisme primaire, qu'il parvient à toucher au-delà des discours rebattus.

Enfin, c'est grâce à ses acteurs, et plus particulièrement ses actrices, que le film brille. Oulaya Amamra évidemment, fabuleuse et étonnante, mais également Déborah Lukumuena et Jisca Kalvanda, excellentes. Les divines, ce sont elles toutes, avec la réalisatrice Houda Benyamina.

 

Affiche

 

Résumé

Le décor est connu, le sujet rebattu. Pourtant, Divines parvient à fièrement exister, démontrant le talent certain de la réalisatrice Houda Benyamina, épaulée par un casting fabuleux (dont Oulaya Amamra, qui porte l'histoire sur ses épaules).

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commentaires

mesangelique
05/02/2017 à 14:59

Encore un film sur les banlieues avec quelques clichés. Certes le scénario est un peu classique et commun : sur fond de trafic de drogues, ponctué par une amitié sans faille, nait une histoire d’amour. Mais l’originalité et la puissance du film viennent de la réalisatrice et des actrices. Un intense jeu marqué par une forte dualité : de la tendresse à la dureté du regard de Houda Benyamina et de l’innocence à la détermination du caractère de Oulaya Amamra. Divines est tendre, vif, lumineux et sombre (la fin est sublime et bouleversante) et sans doute l’un des meilleurs films de l’année 2016.

Diplo
30/08/2016 à 10:54

On n'a pas du entendre le même discours.
Et faudra peut-être voir le film plutôt que juger sur un discours à Cannes sérieux. C'est ça, le cinéma.

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