Nerve : Critique de geek

Geoffrey Crété | 24 août 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 24 août 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Fade logique hollywoodienne : repérés en 2010 avec le documentaire Catfish, sur une relation amoureuse commencée sur Facebook qui s'est révélée n'être qu'un étrange tissu de mensonges, les réalisateurs Ariel Schulman et Henry Joost passent le sujet à la moulinette de la fiction avec Nerve, un thriller à la sauce teen movie sur un dangereux jeu de défis et de popularité en ligne. Le duo a t-il réussi l'exercice du film mainstream, avec Emma Roberts et Dave Franco dans les premiers rôles ?

Dans Scream 4, Emma Roberts était une psychopathe déterminée à devenir une célébrité à n'importe quel prix. A peu près le même programme en à peine moins ridicule que dans Nerve, où un jeu en ligne calqué sur le Fight Club ("La première règle de Nerve est : on ne parle pas trop de Nerve") propose aux adolescents de vivre des sensations fortes dans une course à la popularité, en remportant des épreuves de plus en plus extrêmes jusqu'à s'affronter pour la victoire absolue. Un curieux hybride entre le teen movie et le thriller sur l'ère numérique, proche d'une version MTV de Battle Royale filmée comme Lolita malgré moi, éclairée comme Spring Breakers et articulée autour de séquences à la Projet X.

 

Photo Emma Roberts

 

SMELLS LIKE TEEN SPIRIT

Le schéma est typique d'un teen movie insipide : Emma Roberts est une adolescente effacée et introvertie, habituée à observer la vie derrière son appareil photo, qui s'embarque dans une aventure palpitante avec un brun ténébreux qui lui permettra de découvrir qui elle est réellement derrière sa frimousse de blonde ordinaire.

Il y a une meilleure amie excentrique qui cherche désespérément à être le centre de l'attention, un meilleur ami nerd amoureux de l'héroïne, une mère stéréotypée, un grand frère dont la mort accidentelle fonctionne en écho avec l'intrigue, une romance à l'eau de rose, des amitiés mises à l'épreuve, de petites crises relationnelles et une morale bien-pensante. Nerve reste donc au fond un teen movie formaté, qui n'aura besoin que de quelques scènes pour repousser les allergiques au genre.

 

Photo

 

CLICK

Sans surprise, le fameux jeu au coeur de l'intrigue offre donc toute sa saveur à Nerve. Il permet de contrebalancer l'incontournable romance et les ficelles grossières avec une suite de défis de plus en plus improbables et dangereux, notamment quelques épisodes vertiginieux très efficaces. Ce qui commence comme un challenge de cour d'école se termine ainsi dans une arène furieuse, dome du tonnerre du nouveau millénaire. Dans ses moments les plus amusants, le film ressemble à une sympathique odyssée dans la nuit new-yorkaise sous forme d'un jeu de pistes.

Le discours sur la technologie étant aussi attendu qu'insipide, les réalisateurs (ceux de Paranormal Activity 3 et 4 aussi) l'enrobent dans une imagerie branchée. Comme une pâle copie de Spring Breakers (avec le frère de Dave Franco et où Emma Roberts devait à l'origine apparaître), Nerve est un couloir de néons et couleurs fluo insensées, sans aucune autre raison d'être que le style. La moto du brun ténébreux a donc des néons, tout comme la voiture du nerd introverti.

La caméra est au moins autant intéressée par l'histoire que par ces lumières. New York devient vite un champ de loupiotes et surfaces réfléchissantes, décor de luxe pour des scènes dignes de spots publicitaires où deux acteurs plastiquement calibrés (elle est fine et blonde, il est brun et très musclé) marchent au ralenti comme pour vendre un parfum. La caméra use et abuse des effets pour donner vie aux écrans, dont le regard froid se pose sur les protagonistes. Le résultat est à la fois grotesque et hypnotique, donnant à Nerve un aspect presque irréel qui fonctionne avec le fond de l'histoire.

 

Photo Dave Franco

 

GAME OVER

Mais la tendre supercherie a ses limites. Aussi attrayant qu'il puisse être, Nerve s'écroule dans un climax d'une niaiserie stupéfiante. Au lieu d'être une délicieuse et modeste fable sur les dangers de la technologie, semblable à un épisode de Black Mirror version MTV, le film se transforme ainsi en mauvais téléfilm.

Le méchant cosplay de Mad Max est un bon garçon, la maman récupère ses sous, le méchant site est vaincu, l'amour triomphe et le film s'achève sur une carte postale de vrai teen movie. Même le clin d'oeil classique qui ouvre vers une éventuelle suite est enseveli sous une montagne de coeurs rose bonbon, dans un générique de fin sous forme de happy end ultime.

Avec plus d'astuce et de cruauté pour tordre les codes du teen movie, Nerve aurait pu s'amuser à raconter un Hunger Games des réseaux sociaux. Mais il n'a pas l'audace de ses héros face à ce sympathique petit défi.

 

Photo Emma Roberts

 

 

Résumé

A défaut d'être noble et mémorable, Nerve est un modeste thriller emballé avec entrain et filmé avec énergie, qui offre quelques amusants petits frissons pour tout amateur de thriller numérique et teen movie.

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commentaires
ra5f78522
29/09/2016 à 00:24

J'y est était à reculons et finalement on passe un bon moment , bon c'est bourré de cliché on voudrait en voir plus dans les épreuves donné aux joueurs car il n'y a pas une grande prise de risque mais le tout est assez énergique et accompagné d'une bandes original sympa et d'un duo d'acteur principaux dont l'alchimie fonctionne . à voir avec sa nana un dimanche soir

Noryac
25/08/2016 à 09:16

Merci.

Geoffrey Crété - Rédaction
24/08/2016 à 10:16

@Stan

Effectivement c'est de l'ordre de l'apparition éclair, en clin d'oeil.

Liodra
24/08/2016 à 09:48

Je pense qu'il fait juste un petit cameo mais c'est tout.

Stan
23/08/2016 à 22:14

Petite question: Casey Neistat est vraiment dans le film ?

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