Star Trek : Sans Limites - critique au fin fond des étoiles

Geoffrey Crété | 25 novembre 2018 - MAJ : 05/04/2021 11:42
Geoffrey Crété | 25 novembre 2018 - MAJ : 05/04/2021 11:42

Enrôlé par Disney pour relancer Star Wars avec Star Wars : Le Réveil de la Force, l'autre grande franchise de science-fiction, J.J. Abrams cède la place à Justin Lin pour ce Star Trek : Sans Limites. Le réalisateur de Fast & Furious 5 et Fast & Furious 6 embarque ainsi Chris Pine, Zachary QuintoZoe SaldanaSimon Pegg et quelques nouveaux visages dans la première vraie aventure spatiale de la nouvelle franchise. De quoi contenter tous les fans et amateurs de science-fiction ?

LE REVEIL DE LA FORCE

Enfin. Il aura fallu que J.J. Abrams s'envole vers une autre grande franchise de science-fiction pour que Star Trek, enfin, embrasse les étoiles. Exit la Terre, décor important des deux premiers épisodes : avec Justin Lin (Fast & Furious 5, Fast & Furious 6) à la barre, Star Trek : Sans Limites décolle pour de bon dans l'espace, au-delà de la fameuse "frontière de l'infini". Avec une planète étrangère, des aliens à tous les étages et une armée d'ennemis belliqueux pour propulser les héros dans une aventure sauvage et spectaculaire. 

 

Simon Pegg Star TrekCette fois, on va vers les étoiles

 

Il y a donc d'abord une vraie magie à l'oeuvre dans Star Trek : Sans Limites, dans l'esprit de l'affiche colorée qui a ravi les yeux. La nébuleuse franchie par l'Enterprise est symbolique : la nouvelle franchise tirée de l'oeuvre de Gene Roddenberry ose enfin s'aventurer au-delà des frontières connues, pour s'installer dans le décor-hommage d'une planète mystérieuse et perdue. Les personnages seront séparés, affronteront divers dangers, et devront composer avec l'environnement pour vaincre l'adversité ensemble.

Dans sa première partie, le film de Justin Lin donne la belle sensation que la saga est prête à décoller pour assurer sa mission première, en remettant l'exploration, la découverte et l'émerveillement en première ligne du cahier des charges hollywoodien. Mieux encore : le titre prend de belles couleurs lorsque l'Enterprise est égorgé et décarcassé dans une bataille spatiale épique, qui promet un spectacle sauvage. Le status quo semble renversé, enfin, pour donner de la profondeur à l'éternelle fin du monde au coeur du blockbuster hollywoodien.

 

Photo Chris PineUn atterrissage difficile

 

L'ATTAQUE DES CLONES

Epique, ce morceau de bravoure où un essaim de sentinelles spatiales désintègre le vaisseau emblématique sera pourtant le pic de l'aventure. Passé cette scène qui plonge dans un fantastique et furieux chaos, Star Trek : Sans Limites se crashe, dans les deux sens du terme.

Le scénario compose différents duos avec les héros séparés sur la planète étrangère (Kirk et Chekov, Scotty et Jaylah, Spock et Bones, Uhura et Sulu), comme un faible écho de l'apocalypse qui a brisé les certitudes de l'équipe. Mais lorsque le film se repose sur ses personnages, il confirme le peu d'imagination et d'âme qu'il a.

 

Photo Zoe Saldana, John ChoDes seconds rôles, très secondaires

 

L'histoire n'est qu'un prétexte spectaculaire pour illustrer le complexe de Kirk face à ses choix et son père disparu, tandis que Spock questionne à nouveau son humanité et sa mortalité. Réduite à une figuration de luxe, Uhura n'existe qu'à travers sa vague romance, malgré l'illusion de quelques moments de bravoure ostentatoires et artificiels (délivrer des informations, principalement, et lourdement).

Quant au grand méchant incarné par Idris Elba, il souffre du problème récurrent des superproductions actuelles, incapables de façonner un bon antagoniste digne de ce nom. Krall se révèle n'être qu'un sous-Khan, le grand méchant de Star Trek Into Darkness, puisque c'est un capitaine qui cherchait avant tout à protéger son équipage, et veut désormais se venger de la Fédération. Tout ça est expédié dans la dernière partie, dans quelques scènes poussives où les héros regardent des vidéos explicatives - et tant pis si le danger est toujours présent et menace Yorktown. Dramaturgie de très bas étage, et vain effort pour donner une identité à cet alien qui est en réalité un humain énervé.

Les enjeux humains de ce troisième épisode sont donc d'une platitude totale, empêchant le film de s'épanouir une fois lancé. Un soupçon de vie arrivera néanmoins avec Jaylah, l'alien incarnée par Sofia Boutella (vue dans Kingsman : Services SecretsLa Momie avec Tom Cruise ou encore Climax) : un personnage classique de guerrière stylisé, particulièrement mise en avant dans la promo pour vendre de la pure science-fiction, et qui se révèle finalement plus drôle et attachante que les héros.

 

Photo Sofia BoutellaIci se cache Sofia Boutella

 

PREMIER CONTACT

Malgré des défauts plus ou moins évidents, Star Trek Into Darkness avait conquis les amateurs de science-fiction et les fans avec une introduction sensationnelle, explosion de couleurs et de matières qui donnait un sens à cette renaissance au cinéma. En plus de singer ce modèle dans une introduction à la fois insignifiante et trop fonctionnelle puisque liée au Macguffin, Star Trek : Sans Limites enferme les héros et le public sur une planète terne. 

Ce caillou n'a aucune faune ni flore pour séduire, et baigne dans une palette de couleurs peu enthousiasmante. Pas aidé par les péripéties simplettes des protagonistes (ils ont réussi à caser une scène de poursuite avec des motos), Justin Lin n'en tire rien d'amusant dès qu'il n'a plus de vaisseau à carboniser ou d'hologrammes à manier. La planète a priori mystérieuse et dangereuse devient vite un décor classique de Terre-bis, entre roches grossières et arbres ordinaires. Malgré le soin apporté aux maquillages des aliens, le film souffre d'une direction artistique fade, incapable d'émerveiller et envoûter.

 

Photo Zachary QuintoSpock, le fameux

 

ENTERPRISE

La promesse d'un film 100% spatial n'est même pas réellement tenue. Malgré ses airs de Halo, Yorktown, le coeur de la Fédération, ressemble cruellement à une Terre futuriste. Le climax, où un vaisseau se plante dans l'eau au milieu d'un paysage de buildings, rappelle immanquablement Star Trek Into Darkness - et une tonne de blockbusters du même type.

Plus tard, l'Enterprise est reconstruit comme par magie en avance rapide. En l'espace de quelques secondes, le vaisseau renaît sous les yeux du public et de l'équipage, tous prêts à repartir pour une nouvelle aventure. Le métal est immaculé, les sièges flambants neufs, les moteurs prêts à s'enflamer à travers les étoiles. Le nouvel Enterprise (l'Enterprise-A) est identique au précédent, comme s'il n'avait jamais été déchiré par une armée de monstres spatiaux, et que son équipage n'avait pas été décimé.

Ce qui est réellement Sans Limites dans ce troisième Star Trek, ce n'est pas l'imaginaire et la science-fiction : c'est le business ordinaire à la chaîne. Avant même que le film sorte, le studio annonçait en fanfare un quatrième épisode, avec le retour de Chris Hemsworth (un projet qui n'a toujours pas vu le jour, l'avenir de la saga étant en suspens). La légende continuera donc de s'écrire, encore et encore. Vers l'infini, peut-être, mais pour l'au-delà, ça reste à voir.

 

Star Trek Sans limites Poster

 

Résumé

Justin Lin remplace J.J. Abrams pour un troisième épisode qui ose enfin s'envoler dans l'espace et se frotter à la magie du matériau culte. Après une première partie enthousiasmante et épique, Star Trek Sans limites rappelle pourtant qu'il n'est qu'une copie quasi conforme des précédents volets.

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Lecteurs

(2.8)

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commentaires
Pat
26/11/2019 à 20:10

Les 2 Star Trek d'Abrams étaient passables celui-ci est sans intérêt.

Seigi
05/11/2016 à 16:13

La fin est pitoyable juste avec de la musique ou frequance lol il détruit une armada lol un peu comme indépendance days avec le virus à mourir de rire ridicule

Zanta
15/09/2016 à 15:47

Une déception.
A cause d'un beau potentiel qu'on devine au détour de chaque scène, mais qui ne sera jamais vraiment exploité.
Le film est clairement plus préoccupé par l'instauration d'un rythme trépidant que de vraiment prendre le temps de profiter du décor de la planète et de laisser s'épanouir ses excellents acteurs. Car oui, les dialogues sont affligeants de niaiserie - on est les gentils et vous êtes les méchants - et les rebondissements artificiels : la prise d'assaut de la base du méchant ri-di-cule et la révélation des motivations du bad guy sent le bricolage mal géré et le gâchis.
Pour le prochain, si seulement leur idée d'un retour du paternel Kirk leur permet de pondre enfin un scénario aussi solide et maitrisé que le premier opus d'Abrams.

Murci
18/08/2016 à 23:23

Remplis d'incohérence.... Décevant à souhait

Diez
17/08/2016 à 13:58

Film sympa. Le moins efficace de la nouvelle saga, mais moment de divertissement bien au dessus que beaucoup de blockbusters de l'été.

Eakz
15/08/2016 à 07:23

Vu hier soir, j'ai adoré-

Jokerx
02/08/2016 à 18:28

Vivement les séries et marre des films qui nous font poiroter tous les 3 ans. Je veux ma madeleine de proust toutes les semaines : bon sang.

Johnny Sack
28/07/2016 à 13:26

Y'en a encore qui voient dans le principe même de la critique une sorte d'agression voire d'insulte, comme si c'était un ordre donné au public, "suis-moi, écoute-moi, pense comme moi"...

Rubens
28/07/2016 à 11:42

@Colonel Stuart

Mais heu... Les gars ne disent pas que c'est un ratage... Juste que c'est beaucoup trop prévisible, pépère et attendu. Il n'est nulle part dit que c'est un ratage, EL précise même que le début est très réussi.

Donc bon, foutre des guillemets à un terme qui n'est pas présent dans la critique et n'a rien à voir avec son contenu, c'est d'une sacrée malhonnêteté !

Colonel Stuart
28/07/2016 à 11:07

M'en fout! De toute façon, je suis fan et j'irai juger par moi même de ce soi-disant "ratage"...

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