The Strangers : critique démoniaque

Chris Huby | 6 juillet 2016 - MAJ : 12/01/2020 12:56
Chris Huby | 6 juillet 2016 - MAJ : 12/01/2020 12:56

Un policier enquête sur des meurtres étranges dans la ville de Goksung. Soupçonnant un ermite japonais, il va embarquer dans un véritable enfer. Une chute dans les ténèbres, un choc pour le spectateur et la plus grosse baffe de Cannes 2016.

Après The Chaser et The Murderer, le cinéaste coréen Na Hong-jin aborde l'étrange et le fantastique pour la première fois. Une approche nouvelle qui lui permet de sortir de la logique narrative établie par ses deux précédents (et excellents) films, tout en ringardisant instantanément la production horrifique actuelle. Avec cette investigation, il prend un malin plaisir à renouveler et détourner les codes des genres qu'il sublime. Après des années à subir divers films de possession incapables de se distancier de la figure de L'Exorciste et de la renouveler, The Strangers fait figure de choc tellurique.
 
Car si l'identité visuelle de Na Hong-jin n'a pas grand chose à voir avec celui de William Friedkin (exception faite de son indiscutable virtuosité), il embrasse ici une thématique commune aux deux auteurs, passionnantes quand elle est aussi formidablement inoculée au spectateur, à savoir une radiographie du mal. Loin de proposer une grille de lecture arrêtée schématique, l'abominable enquête qui va éreinter notre héros et faire de lui la marionnette d'entités mystérieuses est aussi implacable qu'imprévisible, changeant constamment de forme et d'enjeux.
 
 

bande-annonce

 
Le film, conçu comme une embuscade retorse, se met en place petit à petit pour entrainer le spectateur vers une farce grotesque et onirique, naviguant entre chamanisme, christianisme et cinéma social coréen. Comme souvent dans la péninsule on retrouve un ton original qui oscille entre humour frontal et horreur radicale. Pour autant, The Strangers dépasse de très loin les attentes que le spectateur amateur de cinéma de genre coréen peut légitimement placer en lui, tant il s'évertue à pousser plus loin les codes, à pervertir les conceptions initiales de son public. Nous nous retrouvons face à un objet assez rare, qui recèle quelques séquences à l'intensité tout bonnement jamais atteinte précédemment sur un écran. 
 
En témoigne une séance de chamanisme/exorcisme littéralement démente, dont le bruit et la fureur nous pénètrent avec une intensité effroyable, pour mieux nous laisser pantelants, sans trop savoir si le métrage vient de nous libérer, ou de refermer sur nou sun ultime et terrifiant piège.
 
 

Photo Chun Woo-hee

 
En résulte un récit capable de maintenir une pression surréaliste, confinant presque toujours à la pure hallucination, qui parvient à nous noyer dans une intrigues aux ramifications symboliques sont autant de voies dans lesquelles se perdre. Derrière ce scénario horrifique lorgnant vers le fantastique le plus sombre et tourmenté, c'est un portrait sociétal impitoyable que dresse Na Hong-jin. L'autopsie d'un corps social où chacun est manipulé, mais s'avère surtout le jouet de puissances insidieuses, dont le dessein échappera toujours à des victimes condamnées au désespoir ou à la folie.


D'une intensité presque inédite à l'écran, d'une rigueur narrative admirable, The Strangers fut indiscutablement un des grands chocs Cannois de 2016, et mérite d'être découvert en salles. 

 

Affiche

Résumé

Après deux coups de poings filmiques, Na Hong-jin nous met enfin K.O. à la faveur d'un film impitoyable et féroce, une déroutante descente aux enfers.

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commentaires
nico
23/08/2018 à 22:28

On est loin de ces deux premières réussites. Le personnage principal (incarné par Do-won Kwak) est extrêmement pénible à supporter , c'est bien simple j'ai eu envie de lui mettre des baffes tout le long du film. Dommage parce que la réalisation est impeccable, l'ambiance vraiment prenante, mais l'histoire reste relativement prévisible quand même. Une demi-réussite, ou un semi-échec selon le point de vue.

Oktar
17/09/2016 à 21:58

Énorme. On enquête avec les pires brelles du monde, et qui est ce put... de coupable? Je retiens la scène du jeté de caillou ! Moment inoubliable.

stivostine
16/07/2016 à 06:52

jai vu le film et jai rien compris

Charles
06/07/2016 à 18:36

The Chaser a scotché tout le monde je pense, et pourtant il est petit bras à côté de The Murderer qui est une véritable merveille.

Grosse attente donc.

Stridy
06/07/2016 à 16:58

J'espère juste que ça ne tombe pas dans la provoc gratuite d'un "I saw the devil". The Chaser m'avait scotché aussi.

Dirty Harry
06/07/2016 à 12:49

Trés très hâte du 3e film de ce réal : The Chaser m'avait scotché, si ici il ose aller encore plus loin je fonce immédiatement le voir.

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