Alice de l'autre côté du miroir : critique au fond du puits

Simon Riaux | 2 juin 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 2 juin 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Suite au succès pharaonique de son adaptation live d’Alice au pays des merveilles, Disney donne une suite au film de Tim Burton, dans l’espoir d’enflammer à nouveau le box-office. Mais le studio n’a-t-il pas perdu la carte du Pays des Merveilles ?

LE CHAPELIER FOU 

Il y avait beaucoup à redire de l’adaptation signée Tim Burton, notamment en raison de ses errements esthétiques et de son scénario qui crachait gaiement au visage de Lewis Carroll, génial auteur derrière le roman surréaliste qui fit entrer Alice Liddell dans la légende. Mais cette séquelle mise en scène par James Bobin rappelle paradoxalement que le métrage de Burton bénéficiait de l’indiscutable savoir-faire de son auteur.

Oubliez donc son sens de la profondeur, ses jeux de perspective et la fluidité qu’il avait su injecter dans le récit, sans totalement renier son message émancipateur. Car Alice de l’Autre côté du Miroir est probablement une des pires productions Disney de récente mémoire, tant le film paraît s’écrouler au fur et à mesure qu’il déroule son intrigue et saccage son matériau de base.

 

Photo Johnny Depp

 

ÇA GLISSE AU PAYS DES MERVEILLES 

Tout ne commençait pourtant pas si mal, alors que nous retrouvons Alice navigant sur les Mers de Chine, devenue Capitaine au long court, décidée à poursuivre la destinée paternelle. Mais bien vite, on réalise qu’un budget sans doute plus resserré que l’épisode précédent pousse la production à envisager le film comme une série de sketchs tournés dans des décors atrocement artificiels, pire encore que les fulgurances numérisées de Burton.

Ce qui ne serait pas trop grave, si De l’Autre Côté du Miroir avait quelque chose à raconter. Plutôt que d’adapter le passionnant deuxième tome des aventures d’Alice rédigé par Carroll, Disney a choisi d’inventer une histoire absurde de voyages dans le temps. Et le scénario de virer à la Fable réac et bienpensante, où le Chapelier (Johnny Depp en pleine descente d’organes) cherche à trouver l’assentiment paternel, tandis que la Reine de Cœur veut que sa sœur admette lui avoir jadis volé une tartelette (true story).

 

Photo Helena Bonham Carter

 

REINE DE COEUR, NOUS VOILA

Plutôt que d’hallucination et de subversion, il faut désormais « restaurer l’ordre dans l’univers » et réunir des liens familiaux distendus. Résultat ? Alice sera enfin libérée de ses entraves et en profitera pour… se lancer dans la colonisation de la Chine ( ?!). Un ton et une orientation qui contredisent totalement l’univers ici dépeint et soulignent encore plus amèrement le cynisme de l’entreprise.

 

photo, Mia Wasikowska

 

Il n’y a finalement que deux choses à sauver de cet échec fluo : Mia Wasikowska, beaucoup plus à l’aise et téméraire que dans le premier épisode, par instant capable d’éclipser la médiocrité de l’ensemble, et une poignée de séquences qui ramène le film vers une esthétique un brin plus délirante.

Ainsi, la vision des voyages temporels transfigurés en tempêtes improbables ne manque pas de charme, tout comme l’une des dernières séquences ou une gangue de corail et de rouille dévore tout l’univers et les personnages croisés précédemment. L’espace d’un instant, Alice de l’Autre Côté du Miroir nous illumine la rétine, tout en reconnaissant involontairement sa nature de patine toxique, vouée à polluer une œuvre essentielle.

 

photo

Résumé

L'épisode précédent signé Tim Burton se suivait sans déplaisir grâce à la maîtrise du réalisateur. Cette suite inutile se contente de recycler des codes esthétiques criards au gré d'un scénario informe, porté par des comédiens en déshérence.

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Lecteurs

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commentaires
NTM Trinity
11/02/2021 à 02:29

@trinity tu peux fermer ta gueule s'il te plaît

Alice
12/03/2017 à 00:00

Super bon comme film! C'était originale.

Mesangelique
26/06/2016 à 16:58

Ce n’est pas une réalisation de Tim Burton, mais ce nouvel opus est plutôt bien réussi. Le scénario tient la route, les personnages aussi (sauf la reine blanche jouée par Anne Hathaway toujours aussi mièvre). Mention spécial au maitre du temps interprété par Sacha Baron Cohen. Un bon moment, que l’on aurait pu craindre. Dommage que les fins se terminent toujours bien (reconciliation des sœurs).

totas
01/06/2016 à 22:41

il m'arrive parfois d'aller egalement jeter un coup d'oeil sur unif..

leur critique: http://www.unificationfrance.com/article44259.html

EL reste une reference concernant la dure pratique de la critique pour ma part, nous partageons souvent le même avis, cela dit je me demandais ce que vous pensiez d'unif?

Trinity
01/06/2016 à 20:27

@Olivier

Ok donc si je comprend bien : un critique est "à côté de la plaque" si par ex tu ne partages pas son avis (puisqu'évidemment un critique est censé prêcher une Vérité sur les films, auquel il faut soit se plier ou contre lequel se rebeller).
Et en plus, une critique qui ose aller dans l'analyse, dans la recherche de clés de compréhension, pour élaborer un avis au-delà du "bien" ou "pas bien", c'est pas bien. C'est prétentieux, c'est bête, c'est pénible.

Mais en revanche, toi tu sembles penser normal de venir partager ton avis, émettre tes jugements de valeur, élargir ton avis jusqu'à une quelconque vérité sur ce qu'il faut faire ou non dans une critique. Et si je te dis que c'est pénible que tu confondes ton avis avec une soit-disant vérité ? Et que tu es bien prétentieux de venir faire la leçon à l'aveugle, sans avoir vu le film, à offrir toi aussi des "petites phrases nulles" pas bien constructives ? Et que paradoxalement c'est bien étriqué de penser qu'une critique est là pour te dire "va voir" ou "va pas voir", et que ce serait remarquable que tu lises mais aille te faire ton propre avis ?

Faut arrêter de coller des intentions et d'établir un rapport d'amour-haine avec le concept de la critique, pour venir déposer des "c'est à côté de la plaque", "pff c'est de la sur-analyse", "pff c'est juste un avis, moi j'irai le voir". Surtout quand soi-même on commence à utiliser ces recettes et formules et leçons qu'on déteste voir dans une critique.
^^

Olivier
01/06/2016 à 19:04

@Trinity
Non pas encore vu le film mais besoin pour le commentaire que j'ai fait. Je lis souvent les critiques pour des films que j'ai pour me permettre de commenter ces petites phrases un peu nulles dans ces critiques. Mais je ne le fais pas souvent cependant ^^
Le un n'était pas dégueu, un peu trop de fonds verts mais de bonnes choses. Quant au 2, je me ferai ma propre idée, les critiques d'EL étant souvent à côté de la plaque. On peut aimer ou pas un film, pas de pb avec ça. Mais les critiques avec des spoil ou des analyses de pseudos psy c'est pénible (cf la critique de Maléfique par exemple)

Colonel Stuart
01/06/2016 à 17:56

Enfin, bon... entre nous...
Le 1er était déjà une merde immonde!

Trinity
01/06/2016 à 14:57

@Olivier

Prétentieux ? Ah.
Et si, ça a du sens vu l'état du personnage.
Enfin, ça reste un choix d'humour, pour souligner la lourdeur du scénario et de la performance de Depp.
Tu peux trouver ça stupide et pas drôle et lourdingue comme le film, mais de là à s'emballer pour accuser de mauvais journalisme prétentieux, de grande et mauvaise métaphore (pour un truc mis entre parenthèse, en 4 mots)... Woké. Chacun ses combats. C'est devenu courant de parler de broutille que quelqu'un n'apprécie pas plutôt que de cinéma.
Genre... as-tu vu le film ? Qu'en as-tu pensé ? Quel est ton avis sur cette pseudo adaptation, qui remet en jeu et répète les éléments du premier ? As-tu aimé cette suite, ou penses-tu qu'elle est inutile, et symptomatique d'une industrie dirigée par le box-office, au point d'avancer aveuglément et sans imagination (ironie vu le sujet du film) ?

Olivier
01/06/2016 à 14:47

J avais compris l'humour mais je trouve l'expression stupide. A croire que le journaliste ne sait pas de quoi il s'agit. C'est juste prétentieux dans le contexte. Utiliser comme ça de grandes métaphores ses aucun sens dans le contexte.

Trinity
01/06/2016 à 14:22

@Olivier

Vu le rôle de Depp dans le film, et l'état du Chapelier, il s'agit d'humour. C'est con, mais c'est de l'humour, pas un diagnostic médical. Donc plutôt que de le qualifier de mauvais journaliste, dis juste que tu le trouves pas drôle. De l'importance des mots et des accusations.

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