La vie pure : Critique à l'état sauvage

Christophe Foltzer | 25 novembre 2015
Christophe Foltzer | 25 novembre 2015

On le répète depuis de nombreux mois, les jeunes réalisateurs français ont faim et semblent bien décidés à bousculer toutes les règles du jeu. Nouvel exemple aujourd'hui avec La vie pure, le premier film très surprenant de Jérémy Banster.

Green Inferno

En 1949, Raymond Maufrais a 23 ans et nourri des récits d'explorateurs que lui lisait son père quand il était petit, il s'embarque dans l'aventure de sa vie : se rendre au coeur de la forêt amazonienne, là où personne n'a pu aller. Mal préparé, trop jeune et trop naïf, il s'enfonce dans la jungle et se confronte à la dure réalité des choses. Ceci est une histoire vraie.

Les Aventures en Guyane de Raymond Maufrais ont inspiré toute une génération de lecteurs et, bien que l'homme soit tombé dans l'anonymat pour les plus jeunes, son parcours tragique fascine toujours autant. Aucun risque de spoiler ici, le destin tragique du Toulonnais fait partie de l'histoire. Il fallait avoir une sacrée paire pour s'attaquer à ce sujet, encore plus dans le cadre d'un premier film au budget très limité. Et il faut bien avouer que Jérémy Banster et son équipe ont remporté ce défi haut la main.

Transformant chacune de leurs contraintes en force, le film laisse pantois tout d'abord par son extrême qualité visuelle. Une lumière hallucinante dans des décors naturels méconnus et on ne peut plus envoûtants, Banster n'en livre pas moins un vrai survival comme on en voit rarement en France de nos jours. Rappelant les expérimentations dingues d'un Werner Herzog période Aguirre, la colère de Dieu et convoquant tout aussi bien le rapport à la nature beau et cruel de John Boorman dans La Forêt d'Emeraude et Peter Weir pour Mosquito Coast, La vie pure frôle les rivages du fantastique et du chamanisme à mesure que son personnage se perd dans sa propre folie.

 

Welcome to the Jungle

Stany Coppet ne recule devant rien pour incarner un Maufrais sensible, naïf et touchant qui bascule progressivement dans les ténèbres et la mort avec une justesse déroutante, une interprétation magistrale et un dévouement qui devrait en faire réfléchir certains tant la transformation physique est impressionnante. Aurélien Recoing, dans le rôle du père, compose un personnage à la douleur contenue, ivre d'inquiétude et de tristesse mais déterminé à retrouver son fils avec tout le talent qu'on lui connait.

Bien sûr, en tant que premier film, il ne s'affranchit pas de quelques défauts de jeunesse. On peut en effet trouver le rythme un brin inégal et le film aurait gagné à se concentrer davantage sur le périple de Maufrais plutôt que de faire des allers et venues constants entre la Guyane et Toulon, ce qui rend le procédé quelque peu artificiel à la longue. Malgré sa mise en scène très inspirée, Jérémy Banster n'évite pas un certain maniérisme au détour de quelques plans qui tranchent un peu avec le reste mais on n'y verra là davantage un écueil de jeunesse qu'une vraie volonté.

Quoi qu'il en soit, La vie pure est une véritable expérience de cinéma, haletante, envoûtante, qu'il faut absolument découvrir en salles. Et cela méritait bien qu'on interviewe le réalisateur.

Résumé

Surprenant, La vie pure l'est à plus d'un titre. Véritable OVNI dans la production française actuelle, le film prouve que rien n'est impossible. Tragique, magique, envoûtant et fascinant, il est la confirmation qu'il se passe bien quelque chose en France et il marque la naissance d'un futur grand réalisateur, à n'en pas douter. Un film à ne surtout pas manquer !

Lecteurs

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