Regression : critique satanique

Simon Riaux | 28 octobre 2015 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 28 octobre 2015 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Après avoir quitté le cinéma de genre pour s’essayer au drame (Mar Adentro) puis à la tragédie historique (Agora), l’affuté Alejandro Amenabar revient au thriller avec Regression. Le réalisateur des Autres est-il de retour en pleine forme ? Regression est une œuvre hantée. Hantée par la chimère d’un film brillant, radical, dont la noirceur aurait dû nous exploser au visage en un râle guttural et entêtant. Mais comme toujours lorsqu’il est question de fantômes, l’émotion inspirée instantanément par une vision d’horreur ne tarde pas à s’estomper pour laisser place à une apparition transparente.

BLACK SABBATH

On est dans un premier temps saisi par la cohérence esthétique du film, déclaration d’amour aux polars glacés des seventies. Photographie lugubre au possible, cadres étouffants, sensation d’immersion odieuse rendue possible par une utilisation souvent implacable des plans subjectifs :on croit un temps qu’Alejandro Amenabar tient la barre d’un métrage référentiel et maîtrisé.

Jusqu’à ce qu’une série de séquences (flash-backs, semi-hallucinations, messes noires) ne nous sortent violemment de l’esthétique désespérée du film. Regression se fait alors direct-to-video de luxe, enfilades de clichés trop voyants. Ces erreurs parasitent finalement l’esthétique funèbre de cette création dont on appréciait d’abord l’excitante note d’intention.

 

photo, Emma Watson, Ethan Hawke

 

LE DIABLE EST DANS LES DETAILS

Il y a néanmoins une logique dans cette éruption de scènes dissonantes. Le scénario traitant d’un cas avéré de psychose collective, il était cohérent que la mise en scène cherche à fissurer l’univers préalablement construit avec soin. Sauf que dès son écriture, le récit accuse de très sérieux défauts, voire des incohérences majeures. Comment croire à ce complot où à la folie qui naît chez les protagonistes quand il s'avère dès le début incapable de mener intelligemment leur investigation ? Comment être contaminé par la démence qui couve alors que le film rejoue maladroitement des stéréotypes dénués de chair ?

 

photo, Ethan Hawke

 

Trop frontal pour entretenir le mystère, pas assez subtil pour provoquer la moindre ambigüité, Regression joue simultanément le film fantastique à twist et l’enquête psychologique à charge contre la psychiatrie et la religion. On a beau apprécier la volonté d’Amenabar de critiquer agressivement les autorités scientifiques et spirituelles, ce principe le pousse à s’emmêler les pinceaux. On n’est ainsi jamais surpris, jamais dérangé. Pire encore, on prend progressivement de l’avance sur le personnage trop pataud d’Ethan Hawke, dont les erreurs et fautes apparaissent tellement énormes que l’agacement cède trop vite la place à l’angoisse.

 

Affiche française

Résumé

Malgré des thèmes passionnants et une esthétique qui fait souvent mouche, Amenabar ne parvient pas à assurer à son œuvre une véritable cohérence et nous perd en chemin.

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commentaires
amds films
29/10/2015 à 10:33

Pas un grand film mais du plaisir a le regarder, ne pas comparer avec "les autres" évidemment , bien au dessus.

Jay
28/10/2015 à 23:08

Un étron indigne de ce réal (Tesis et Les Autres quand même !!!). Ne gaspillez pas votre temps, c'est ennuyeux à souhait.

sylvinception
28/10/2015 à 14:01

C'est vraiment dommage, "Les Autres" était quand même un putain de grand film.

Zanta
28/10/2015 à 13:38

Direct-to-video ? C'est bien la première impression donnée par le projet.
A croire que l'échec commercial du pourtant très beau Agora a été vraiment dur à surmonter...

R90
28/10/2015 à 13:32

Gros, gros navet indigeste. Digne d'un très mauvais épisode de X-Files.
Amenabar doit avoir fait ça pour se racheter après le non-succès d'Agora, y'a pas d'autre explication....

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