La loi du marché Critique

Chris Huby | 20 mai 2015
Chris Huby | 20 mai 2015

Le nouveau film de Stéphane Brizé se retrouve dans la sélection officielle du Festival de Cannes. C’est une première pour le réalisateur français, signe d’une reconnaissance internationale méritée.

Passé la cinquantaine, Thierry se retrouve en fin de droits. Il va devoir bientôt supporter la précarité et la galère qui s’en suit. Pour autant peut-il accepter n’importe quel travail ?

Drame social à la mesure de la crise française, le film touche finement les problématiques du présent et de l’enfermement social. Le personnage principal, après avoir fait le tour des possibilités autour de lui, entre stages inadéquats et humiliations des entretiens d'embauche, s’oblige à prendre le premier boulot qui vient, soit vigile dans un grand supermarché déshumanisé. Forcé de faire subir à ses collègues des règles de surveillances injustes, il entre dans la spirale du darwinisme social.

Brizé livre ici un long métrage d’une facture classique mais qui fonctionne parfaitement. L’univers, proche des Dardenne, inscrit le héros dans une réalisation simple au premier abord, proche du documentaire. S’enchaine une suite de plans séquences, tournés à l’épaule, très proches du héros, nous empêchant de respirer, nous faisant endurer la solitude constante et l’horreur invisible des petites actions dévastatrices du monde ultra-libéral.    

Vincent Lindon y est brillant, comme habité par son personnage de chômeur aux abois. Le regard que lance Thierry/Lindon sur ses congénères en dit long sur les rapports de la peur installée dans les esprits. Le film tient en entier sur ses épaules. Son travail est absolument remarquable et il mériterait une distinction.

En conclusion, le nouveau film de Stéphane Brizé frappe juste contre le système français de 2015, en montrant le plus simplement du monde une situation de chômage sans issue. Du vrai cinéma social utile, en somme, qui mériterait de faire école.

Résumé

Sobre, juste, implacable, ce réquisitoire contre une société du tous contre tous frappe le coeur et l'esprit.

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commentaires

mesangelique
04/07/2015 à 17:11

Un film personnel, qui met à nu les personnages et notamment Vincent Lindon, dévoilant la dure vérité de la loi du marché. Mais la réalisation sur l’épaule n’est pas la plus agréable pour le spectateur et le temps du film entre période de chômage et travail rend confus l’objectif du réalisateur : Stéphane Brizé souhaite-t-il dénoncer la difficulté du chômage ou une société de surveillance et de garanties ou l’individualisme, l’hypocrisie et la perte de morale des gens ?

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