Tex Montana Will Survive! Critique sauvage

Simon Riaux | 8 avril 2015
Simon Riaux | 8 avril 2015

Le premier film de Jeremy Gardner, The Battery avait été découvert au Festival Mauvais Genre, avant de faire rapidement le tour du monde à la faveur d’un buzz faramineux, s’imposant comme la proposition la plus originale autour de la figure du zombie qu’on ait vu depuis longtemps. C’est pourquoi on était particulièrement impatient de découvrir, quelque jour seulement après qu’il eut été terminé, son nouveau métrage.

Tex Montana will survive ! s’avère de prime abord encore plus barré et modeste que sa folie précédente. Il y est question de Tex Montana, animateur d’un show de survie (à la Man vs Wild) qui, accusé d’être un escroc, décide de survivre un mois entier dans une forêt sauvage du Montana, équipé de sa seule caméra. Problème : Tex Montana est effectivement un escroc, doublé d'un abruti de haut vol.

Jeremy Gardner nous propose donc de suivre la lente descente aux enfers d’un abruti total perdu en pleine forêt, seul à l’écran, débitant continuellement un festival d’absurdités et d’insanités à faire rougir les scénaristes de South Park. Le procédé est d’une simplicité évidente, presque suicidaire et il faut quelques minutes avant de réaliser que Gardner est définitivement un funambule de génie.

Non content de générer une hilarité de chaque instant grâce à son interprétation hallucinée, l’acteur/réalisateur se paie le luxe d’allier un véritable art du montage et du découpage à son dispositif de mise en scène en apparence simpliste. Il déploie alors une imagination débordante, à coup de running gags, de mises en abyme délirantes (Tex Montana rejouant pour lui-même des dialogues de ses films cultes lorsque la folie le guette).

Mais le film ne se contente pas d’être une comédie potache et méta pour amateur de cinéma indépendant. Il dessine aussi le portrait de son époque, de l’air du selfie et de la mise en avant de soi, jusqu’à permettre à Gardner d’ébaucher une véritable critique de sa propre démarche. Où est la limite entre ce personnage imbuvable de Tex Montana ? Son interprète mégalomane prêt à se mettre en scène seul une heure et demie durant ? Qui est le plus désespéré : le manipulateur de médias indigent ou le réalisateur condamné à singer son image de débrouillard du cinoche clandestin ?

Et alors que la comédie se mue en fuite hallucinée dans un Montana cauchemardesque et hostile, une mélancolie sincère nous touche entre deux fous rire. Au fond de ce délire au budget ridicule se niche une réflexion bouleversante sur le réel et la place de l’artiste en son sein, brillamment assaisonnée d’hilarants gags à base de masturbation et de barbecue topless.

Résumé

Absurde, décalé, incroyablement inventif et d'une humanité étonnante, le nouveau film de Jeremy Gardner nous rappelle que le cinéma indépendant américain n'est pas mort.

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