La maison au toit rouge Critique

Simon Riaux | 30 mars 2015
Simon Riaux | 30 mars 2015

Étonnant mélo que cette Maison au Toit Rouge, qui valu lors du dernier Festival de Berlin le prix d’interprétation féminine à son actrice principal. De prime abord trop froid et soigné pour laisser durablement l’émotion atteindre le spectateur, il se révèle pourtant étonnamment persistant, nous saisissant là où on ne l’attendait pas.

Ce récit d’amour impossible, contredit par les traditions, les mœurs et finalement l’Histoire de tout un pays s’avère dans un premier temps d’un très grand classicisme. Rien d’étonnant de la part de Yoji Yamada, vétéran du cinéma nippon allant sur sa 84ème année. Mais cette retenue qui confine à l’académisme n’est hélas pas transcendé par la passion dévorante que déroule le récit, qui a bien du mal à percer sous la carapace des personnages.

Pourtant, au fur et à mesure que le film se déploie, une fascination inattendue s’installe, qui joue sur deux tableaux distincts. Le premier n’est autre que le cadre du métrage, rarement représenté à l’écran, à savoir le Japon sous la guerre, entre illusions propagandistes, angoisses et privations. De la folie amère qui étreint chaque personnage évoluant dans ce décor restreint, apparaît alors une dissection de la culpabilité propre à une certaine génération de japonais.

Culpabilité qui va bien au-delà de l’adultère et de la trahison dépeints par le scénario. En effet, on fait finalement bien peu de cas des états d’âmes des deux amants au cœur du récit, pour se focaliser subitement sur ceux éprouvés par la bonne de la famille, témoin privilégié de la situation. Et alors que nous découvrons comment le moindre regard, la plus innocente action, peut durablement métamorphoser une famille, c’est le drame intime de Taki, jeune femme innocente amenée à choisir par un geste anodin le destin de ses maîtres, qui finit par nous toucher.

Cette bascule inattendue achève de rendre le film précieux, fragile et fort, nous permet soudain d’entrevoir toute la violence d’une époque absurde, dont ne semble avoir survécu qu’une mélancolie vénéneuse.

Résumé

Malgré son académisme, La Maison au Toit Rouge parvient à nous toucher par sa description précieuse d'une société japonaise finissante, et nous offre un instantané touchant d'un monde disparu, englouti par l'Histoire.

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commentaires

Ded
02/04/2015 à 23:58

Il est de ces films qui vous ravissent les yeux et vous pénètrent l'âme. Empreints de cette nostalgie qui vous berce le coeur comme lorsque, jadis, on extrayait amoureusement une à une, de la vieille "boîte à chaussures", les photos sépias des êtres chers à jamais disparus.
Les cadrages rappellent ozu et le choix audacieux de stock-shot en lieu et place de reconstitutions historiques pompeuses concentre la narration sur le seul sujet qui est, comme pour "Voyage à Tokyo", du maître cité plus haut, une chronique de la vie ordinaire de gens ordinaires mais située là dans une époque extraordinaire (au sens opposé je l'entends).
C'est bien d'avoir publié une critique de ce film gracieux et touchant. Pourquoi, sauf erreur ou omission, n'avoir pas parlé du chef-d'oeuvre "Crosswind" ?

Un peu de poésie dans ce monde de brutes...

Ded
02/04/2015 à 23:58

Il est de ces films qui vous ravissent les yeux et vous pénètrent l'âme. Empreints de cette nostalgie qui vous berce le coeur comme lorsque, jadis, on extrayait amoureusement une à une, de la vieille "boîte à chaussures", les photos sépias des êtres chers à jamais disparus.
Les cadrages rappellent ozu et le choix audacieux de stock-shot en lieu et place de reconstitutions historiques pompeuses concentre la narration sur le seul sujet qui est, comme pour "Voyage à Tokyo", du maître cité plus haut, une chronique de la vie ordinaire de gens ordinaires mais située là dans une époque extraordinaire (au sens opposé je l'entends).
C'est bien d'avoir publié une critique de ce film gracieux et touchant. Pourquoi, sauf erreur ou omission, n'avoir pas parlé du chef-d'oeuvre "Crosswind" ?

Un peu de poésie dans ce monde de brutes...

Ded
02/04/2015 à 23:58

Il est de ces films qui vous ravissent les yeux et vous pénètrent l'âme. Empreints de cette nostalgie qui vous berce le coeur comme lorsque, jadis, on extrayait amoureusement une à une, de la vieille "boîte à chaussures", les photos sépias des êtres chers à jamais disparus.
Les cadrages rappellent ozu et le choix audacieux de stock-shot en lieu et place de reconstitutions historiques pompeuses concentre la narration sur le seul sujet qui est, comme pour "Voyage à Tokyo", du maître cité plus haut, une chronique de la vie ordinaire de gens ordinaires mais située là dans une époque extraordinaire (au sens opposé je l'entends).
C'est bien d'avoir publié une critique de ce film gracieux et touchant. Pourquoi, sauf erreur ou omission, n'avoir pas parlé du chef-d'oeuvre "Crosswind" ?

Un peu de poésie dans ce monde de brutes...

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