Into the woods, Promenons-nous dans les bois : Critique qui va au bois

Christophe Foltzer | 28 janvier 2015
Christophe Foltzer | 28 janvier 2015

Soyons honnêtes, nous n'attendions rien d'Into the Woods, la nouvelle tentative de Disney de réviser un bon nombre de ses contes qui ont fait sa réputation. Et pourtant, au-delà de l'horreur formelle qu'il représente, le film réserve une grosse surprise.

On se demande bien ce qui arrive à Disney en ce moment avec sa volonté de refaire tous ses classiques sous un angle un peu particulier. Après un Maléfique en demi-teinte qui justifiait les actes de la mauvaise sorcière et avant un Cendrillon qu'on attend avec un peu de crainte, Into the Woods confirme que le studio est en pleine mutation avec un film protéiforme qui contient à la fois le pire et le meilleur de ce que l'on peut attendre du géant.

 

 

Le pire, c'est principalement la première partie. Une heure de comédie musicale indigeste qui croise plusieurs contes de fée (Raiponce, Cendrillon, Le Petit Chaperon Rouge, Jack et le haricot magique...) dans une intrigue prétexte censée concentrer les enjeux de chacun mais qui se révèle bien artificielle et sans aucun intérêt. Reprenant les insupportables chansons du musical de Stephen Sondheim dont est tiré le film, Into the Woods énerve au plus haut point, affichant un cynisme par rapport au matériau d'origine comme on en a rarement vu.

 

 

Heureusement, les comédiens sont bons, Meryl Streep en tête, parfaite comme d'habitude, et Emily Blunt également. Parlons évidemment de Johnny Depp, dont une bonne partie de la promo lui a été consacrée, dans son rôle de Grand Méchant Loup, mais disons que, pour une fois, il est très conscient de pourquoi il est là et qu'il semble enfin comprendre le piège dans lequel il se trouve depuis des années. En résulte une interprétation volontairement excentrique, comme pour stigmatiser tout ce qu'il est devenu. Le summum du n'importe quoi étant atteint par Chris Pine en Prince Charmant au torse velu, scandant des "Infamies !" du haut d'une cascade dans un morceau gay-friendly hallucinant.

 

 

Et puis soudain, tout s'écroule. Le véritable film commence et le choc est total. Les clichés s'estompent et le fond extrêmement noir de l'histoire fait surface après quelques indications auxquelles nous n'avions pas forcément portés attention jusqu'ici (le double discours entre le Chaperon et le Loup notamment). Les personnages deviennent enfin des êtres humains et le film prend un virage inattendu en confrontant le spectateur à son propre rapport au monde de la fiction. A partir de là, c'est un mitraillage en règle des contes, du virtuel, du rapport à la réalité qui s'opère, le film nous disant grosso-modo que la vie n'est pas un conte de fée et que rester dans sa vision glucose du monde réel alors que tout pète autour de soi est un acte irresponsable et porteur de lourdes conséquences.

 

 

Faisant écho à l'histoire récente des Etats-Unis, Into the Woods prend le pari extrêmement risqué de nous expliquer que c'est notre propre individualité et notre égoïsme par rapport à nos désirs les plus futiles qui créent le véritable ennemi et que le monde ne se limite pas à notre seul point de vue. Les adversaires souffrent tout autant que nous et la question de la légitimité de nos actions est à revoir. Enfonçant encore le clou au final en renvoyant le spectateur à sa propre responsabilité et terminant sur une note sombre en l'engageant à bien faire attention à ce qu'il raconte à ses enfants, car c'est à travers ses paroles qu'ils se constituent leur vision du monde, Into the Woods nous prend de court et referme son piège extrêmement bien planifié. LE CHOC !

 

 

Résumé

On s'attendait à un film inoffensif sirupeux et on s'est bien fait avoir. Into the Woods, passée sa première heure, révèle son vrai visage et massacre tout ce qu'il est censé représenter. On n'attendait pas ça de Disney. Quelque part, c'est fascinant.

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commentaires
mikegyver
15/04/2015 à 18:30

je peux pas mettre de note, pas encore, car j'ai vomi enormement a la vision des 15 premieres minutes,

ca chante tout le monde, c'est insipide a te taper la tete contre les murs....alors que la suite soit bien, pas possible en l'etat, faudrait que vous donniez la minute a partir de laquelle ca devient regardable.

thierry
15/03/2015 à 17:17

Ha j'oubliais, il y a deux plans insistant sur les deux seuls acteurs noirs du film (des silhouettes, pour être juste), afin de montrer qu'ils ne sont pas raciste.
Pour cela je vais baisser ma note, tiens.

thierry
15/03/2015 à 17:09

Aucune chanson ne marque vraiment l'esprit, ou enthousiaste le spectateur, elle sont narrative mais pas musicale, c'est dommage.
La dernier acte détonne un peu par son désenchantement, en effet, mais de là a dire qu'il écorne le mythe...

Christophe Foltzer
28/01/2015 à 19:44

En même temps, on le voit 5 minutes. Il n'a pas le temps d'être mauvais. Nuance.

sylvinception
28/01/2015 à 16:18

Même Johnny Depp est bon, et là pour le coup vous l'avez dans l'os!!

Frank Castle
28/01/2015 à 16:11

Et ne te sens pas obligé de rentrer...

sylvinception
28/01/2015 à 14:45

"La critique qui va au bois..."

Ben ça fait un bout de temps que c'est fermé Boulogne non ??
Je sors ??

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