Les souvenirs : critique émue

Christophe Foltzer | 15 juillet 2017 - MAJ : 16/07/2018 15:42
Christophe Foltzer | 15 juillet 2017 - MAJ : 16/07/2018 15:42

Jean-Paul Rouve se dessine une carrière des plus passionnantes. Après avoir fait le guignol au sein des Robins des Bois et avoir réalisé quelques films qui laissaient transparaitre sa sensibilité, il nous touche enfin au coeur avec Les Souvenirs, un très très beau voyage.

ROUVE MA POUVE

Avouons-le, on n'attendait pas grand chose des Souvenirs, adapté du roman de David Foenkinos. Plus par à priori qu'autre chose d'ailleurs, parce que son pitch de départ était des plus intéressants. Le problème, c'était les gens impliqués, ou plutôt ce qu'ils représentaient. Jean-Paul Rouve, Michel Blanc, Chantal Lauby, autant de noms symboles d'une gloire comique passée et subversive aujourd'hui tombés dans l'establishment le plus total. Comme on avait tort ! Les Souvenirs arrive à point nommé pour nous rappeler qu'au-delà de l'image, il y a avant tout des êtres humains qui ont des histoires à raconter.

Le principe de départ est simple: Romain, jeune veilleur de nuit et écrivain frustré fait office de tampon familial après le décès de son grand-père. Gérant son père, qui remet du coup sa vie en question, et son propre parcours en devenir, il partage un lien très fort avec sa grand-mère qui semble être la seule à "voir" vraiment la réalité des choses. Sauf qu'elle disparait du jour au lendemain, et Romain se met en tête de la retrouver.

 

 

A l'heure où la comédie française se complait dans sa médiocrité et singe les vieilles recettes américaines d'il y a 30 ans, Les Souvenirs fait énormément de bien et nous prouve que nous avons affaire à un vrai artiste, un réalisateur qui a un projet précis en tête et des choses à dire. A travers cette histoire, c'est avant tout une magnifique réflexion sur la vie, le temps qui passe, le rapport aux autres et à soi qui s'exprime et le résultat surprend à tous les niveaux.

 

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SOUVENIR, SOUVENIR

Techniquement très abouti, Rouve y dépeint une vérité humaine troublante, avec la bonne dose de cinégénie pour nous émouvoir. Des comédiens parfaits (Michel Blanc n'a plus été aussi bon depuis fort longtemps, le jeune Mathieu Spinosi illumine chacune de ses apparitions, sans parler d'Annie Cordy qui prouve enfin aux derniers ignorants qu'elle est loin de n'être que Tata Yoyo), un scénario et des dialogues remarquablement bien écrits et un rythme au couteau, le film fait preuve d'une maîtrise qu'on n'attendait pas.

Et ce n'est rien en comparaison du fond de l'histoire, qui n'hésite pas à nous mettre face à notre humanité et nos propres contradictions. Chaque génération est tributaire des autres, il convient de se comprendre soi pour avancer et nous ne sommes tous au final que des êtres perdus dans la complexité de nos existences, de nos désirs contrariés, de nos expériences. Jean-Paul Rouve fait montre d'une énorme sensibilité, nous retourne le coeur et l'on ne sort pas indemne de ces Souvenirs qui se place d'emblée comme le premier grand film français de 2015.

 

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Résumé

Emouvant, drôle et terriblement juste, Les Souvenirs est un film qui nous emporte du début à la fin et prouve à qui en doutait encore que Jean-Paul Rouve n'est pas un petit rigolo. C'est même tout le contraire. Chapeau bas, Monsieur.

Lecteurs

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commentaires

Zanta
18/04/2019 à 11:35

Très joli film, mais bien moins abouti que Lola & ses Frères.
La faute d'abord à un acteur principal un peu fade, surtout face à une présence scénique comme Michel Blanc ou lorsqu'il doit donner le ton, comme dans ses scènes avec le perso de l'institutrice, qui arrive tardivement dans le récit.
Puis il y a des idées assez ratées : le meilleur ami qui galère en amour dans des scènes dignes de Scènes de Ménages (avec pourtant les excellents William Lebghil et Alison Wheeler), et les scènes de la station service avec Daniel Morin.
Ca marche sur le papier, mais c'est artificiel et ça tombe à plat.
Mais Rouve est un réal à suivre, définitivement, surtout quand on a Rémy Bézançon qui végète créativement (en adaptant du Foenkinos, tiens, tiens...)

movies fans
18/01/2015 à 03:07

d'accords avec la critique sauf sur le "techniquement très aboutit", c'est relativement correct sans plus

Ded
16/01/2015 à 18:39

Accessoirement, Annie Cordy, entre deux âneries musicales, avait déjà surpris dans le calamiteux "Le passager de la pluie", en 1970, de René Clément, aux côtés de Marlène Jobert et Charles Bronson, puis en 1971 dans "Le chat", excellente adaptation de Simenon par Pierre Granier-Deferre, aux côtés de Simone Signoret et Jean Gabin (à lui seul elle donne la réplique). Deux rôles pas très étoffés mais où elle avait pourtant réussi à révéler une puissance dramatique insoupçonnée...

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