Films

L’Interview qui tue : critique dictatoriale

Par Simon Riaux
27 décembre 2014
MAJ : 29 mai 2024
6 commentaires

Sony menacé, Sony piraté, Sony sonné, mais Sony libéré ! Après un mois de retournements rocambolesques, le géant japonais a finalement offert au public L’Interview qui tue, jugeant sans doute préférable de capitaliser sur la sympathie entourant un film devenu par opération du Saint-Esprit le porte-parole du Monde Libre. Mais la nouvelle pitrerie de Seth Rogen et Evan Goldberg est-elle vraiment la fable libertaire qu’on nous vend ?

Affiche

Vous qui espériez découvrir une œuvre critique et hilarante, engagée et irrévérencieuse, bref le Dictateur du XXIème siècle, passez votre chemin. Comédie grasse typiquement américaine, descendante de la veine Farrelly coupée à la sauce Apatow, L’Interview qui tue ne recèle aucune trouvaille comique notable, ni ne sort des sentiers poilus de la potacherie à la mode. Contre toute attente, son intérêt se situe ailleurs.

Comme leurs personnages de journalistes piégés par leur image de dégorgeoirs à people, Seth Rogen et James Franco ne veulent pas tant emballer une comédie que hacker le programme qu’ils ont contribué à populariser au cours de la dernière décennie. Devenus méta-comiques-caca-prout malgré eux, ils s’efforcent ici de farcir la dinde d’ingrédients imprévus. Le récit se transforme alors successivement en pur thriller, en film d’espionnage, en romance homo-érotique aussi niaise que désarmante, en aventure proche du pulp et bien d’autres encore.

 

James Franco et Seth Rogen

 

Regarder ces sales gosses essayer par tous les moyens de sortir de leur créneau de la comédie débilisante a quelque chose de formidablement ludique, tant l’entreprise se révèle souvent maladroite et naïve. C’est là que se niche la subversion inattendue de L’Interview qui tue.

Car en refusant aussi bien les règles du genre que tout discours politique sérieux, le duo Franco-Rogen nous livre un film inclassable, parfois drôle, souvent hallucinogène (pour peu qu’on goûte les conséquences gastriques d’un tube de Katy Perry chanté à capella), sur lequel toute grille de lecture idéologique glisse tel le LSD sur les plumes d’un canard cocaïnomane.

 

 

Voilà sans doute pourquoi l’enfant dégénéré de Rogen et Franco a déclenché la rage des autorités Nord-Coréennes. Le film ne saurait être réduit à un tract américano-centré, de même qu’il est bien trop absurde pour risquer de rendre sympathique Kim Jong-un. Suicidaire et incendiaire, le film se moque finalement tout à fait de nous faire rire, ses instigateurs préfèrent se livrer à leurs fantasmes de cinéphages, quitte à livrer des parenthèses gores totalement invraisemblables, avant d’enchaîner sur un final guerrier étonnamment maîtrisé.

Autant d’inconscience et de liberté sont des ingrédients particulièrement rares en ces temps de pudding à grand spectacle, et font de L’Interview qui tue un juke-box déviant particulièrement savoureux.

 

Rédacteurs :
Résumé

Inclassable, inconscient et schizophrène, le nouveau film du trio Rogen-Goldberg-Franco ne vaut pas tant pour son potentiel comique très inégal que son euphorisante liberté.

Tout savoir sur L'Interview qui tue
Suivez-nous sur google news
Pictogramme étoile pour les abonnés aux contenus premium de EcranLarge Vous n'êtes pas d'accord avec nous ? Raison de plus pour vous abonner !
Soutenir la liberté critique
Vous aimerez aussi
Commentaires
guest
Trier par:
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
icon arrow down
Pictogramme commentaire 6 commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Clyto

J’ai trouver se film drôle comme sa mère

Vlad

Moi je trouve que le film n’est pas si bête qu’il n’en a l’air. Il vise un public large, on peut le regarder si on en apprécie l’humour, mais on peut aussi regarder le côté satirique.
Moi, j’ai vu à travers ce film à l’allure d’une comédie américaine stupide une belle histoire d’amitié, et une lourde critique de la RPDC. Durant tout le film, les slogans de propagande nord-coréennes sont tournés à la dérision, Kim Jong-Un qui prétend ne pas aller aux toilettes, parler aux dauphins, qui sit que son pays prospère, qu’il n’y a pas de famine , etc…
On voit aussi des petites allusions qu’on remarque lorsqu’on est renseigné sur les pays, avec pour exemple Eminem Homosexuel (ils sont pas appréciés en Corée du Nord), et toutes sortes de mini-allusions, et c’est tout le film comme-ça.
C’est un film pour moi de bonne qualité, qu’on peut regarder aussi bien pour l’humour (si on apprécie, ce qui n’est pas particulièrement mon cas), que pour la satire.
Cependant, à ne pas regarde sans se renseigner sur la Corée du Nord, sinon on va se retrouver avec plein de critiques fausses comme celle ci-dessus, publié par quelqu’un visiblement non renseigné sur le sujet, et qui n’a rien compris au film.

JohnCONNOR83

Idem, je ne l’ai pas trouvé intéressant du tout. Je m’attendais plus à un film d’action et non un burlesque à la sauce américaine qui ne fait rire qu’eux.

stivostine

pareil que @AimeCinema, du comique gras a la sauce us

Skyno

Dans les années 90 on avais Hot Shot, les USA vs Saddam Hussein, dans les années 2000 on a les USA vs La Corée du Nord. C’est drôle, potache. Vivement une suite contre Poutine comme le propose MAW ou contre Daech…