Exodus : Gods and Kings - critique raz de marée

Simon Riaux | 2 septembre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 2 septembre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Les ambitions de Ridley Scott et son goût pour les fresques épiques semblent croître de film en film, comme en témoigne Exodus : Gods and Kings. Récit biblique narrant la sortie d'Egypte des juifs réduits en esclavage autant que péplum politique, on voit mal comment le film peut s'insérer dans l'industrie hollywoodienne contemporaine, devenue une vague lessiveuse à super-héros. Un anachronisme qui n'empêche pas Scott de livrer une œuvre aussi fascinante que spectaculaire.

L'EXODE SANS EXODE

Le risque était grand, comme devant Kingdom of Heaven, de se retrouver face à une version salle déchiquetée, privée de tout souffle et de toute cohérence. Le tronçonnage a bien eu lieu (il manque à vue de nez au moins 45 minutes au film), mais il a été accompli dans l'idée de préserver le rythme du récit et de ne pas se confronter directement aux mythiques Dix Commandements. Et si l'Exode du titre en souffre terriblement, puisqu'il est réduit à un enchaînement de plan quasi-abstrait lors de la dernière bobine, Ridley Scott choisit intelligemment de se focaliser sur la confrontation fraternelle et son pendant guerrier.

 

photo, Joel EdgertonJoel Edgerton, meilleur argument du film ?

 

Si tout le monde retiendra un Christian Bale tout de rage et de charisme, Exodus : Gods and Kings survit à son montage proche de la boucherie notamment grâce à Joel Edgerton. Pharaon immature, insécure et vulnérable, sa prestation donne sens au film et permet à Scott de trouver le point d'entrée pour délivrer sa vision critique du mythe auquel il s'attaque. Ce Ramsès n'est pas tant un tyran qu'un jeune roi écrasé par ses angoisses et son égo, faisant face à un Moïse non moins déchiré, entre une Egypte qu'il aime mais combat et un Dieu puérile, assoiffé de sang.

 

photoChristian Bale et Ben Kingsley

 

Tournée au maximum dans des décors construits ou réels, la fresque de Scott se paie en outre le luxe de nous décoller la rétine à chaque instant. Notion devenue presque superflue avec l'avènement du tout numérique, la dimension spectaculaire reprend ici tout son sens, dans son acceptation pleine et ancienne. Que des crocodiles ensanglantent les eaux du Nil, qu'une corniche s'affaisse et engloutisse des centaines de soldats ou que Christian Bale défie Dieu en foulant au pied une montagne sacrée, chaque photogramme se révèle plus somptueux que le précédent.

 

photo, Christian BaleUn parfum à l'ancienne

 

Signe de l'exceptionnelle réussite de Scott, on cesse rapidement de comparer son film à celui de Cecil B. DeMille, tant Exodus : Gods and Kings évoque plutôt l'incroyable Intolérance de D.W. Griffith, voire un art plus antique de la narration, plus épurée dans ses intentions, auquel le réalisateur Scott aspire depuis longtemps. Une volonté de classicisme qui ne l'empêche pas de parfaire encore son puissant récit en lui adjoignant une critique religieuse simple mais aiguisée. Dieu est ici un gosse enragé, bouffi d'orgueil et enivré de pouvoir, qui transforme petit à petit le péplum épique en tragédie historique.

 

Affiche française

Résumé

Malgré un montage impitoyable, la force d'Exodus nous parvient intacte, et nous emporte le long d'un récit éternel qui trouve ici une nouvelle lecture fascinante.

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commentaires
Ded
03/09/2018 à 10:46

Joel Edgerton pousse un peu trop loin la désinvolture et semble confondre drame biblique avec western en portant son sceptre sur les épaules comme une winchester... façon John Wayne. Je n'ai pas suivi avec grand intérêt le fil d'une narration ressemblant plus à une énumération sage de péripéties consécutives, dans le but inavoué de remplir consciencieusement le cahier des charges théologique mais aussi numérique, qu'à l'évolution palpitante de faits dans une dramaturgie. Seul le dieu, comme représenté et que vous avez si bien défini, a comblé ma fibre athéiste et impose le métrage à titre d’œuvre de libre penseur qui voit "plus loin que le bout de son nez" et sait prendre des risques face au troupeau bêlant...

Zoom7
03/09/2018 à 02:04

Histoire très mal racontée je n ai pas aimé l enchaînement des faits indépendamment de savoir si c est fidèle à la réalité car là on rentre dans le débat religieux et je préfère parler cinema je trouve que c est ma raconté on ne sent pas vraiment qu il y a quelque chose de spécial dans le film

jorgio69
02/09/2018 à 20:41

Le 10 commandements de Cecil B. DeMille en 1956 est indétrônable.
Ce film a été complètement charcuté par les producteurs pour une durée acceptable et dénaturant toute la force du film.
Parmi les nombreux films de Ridley Scott, Kingdom of Heaven avait subi le même traitement en 2005 sauf que quand la version longue de 3h est sorti ce n'était plus du tout le même film. Et quelle claque.
Dommage qu'Exodus n'est pas eu cette chance :(

Ridley
02/05/2018 à 09:26

A voir pendant que vous faites la cuisine

corleone
02/05/2018 à 07:59

Une aberration ce film. L'un des pires de Ridley Scott, il devrait en avoir honte(comme Chris Bale qui a regretté publiquement d'avoir participé à ce nanar grotesque).

Riku
02/05/2018 à 00:45

colloc, ou comment pointer du doigt l'extrémisme des "autres", en déployant son propre extrémisme. Si on n'aime pas Exodus, on est donc un cul béni historien fan de Marvel qui a donc une fixette sur le méchant Ridley Scott.
Ou comment commencer un commentaire avec le souci d'expliquer un point de vue et le partager, puis finir en se vautrant dans cette agressivité si ordinaire. Tiens, qu'on retrouve systématiquement sous les critiques des Marvel. C'est sûrement une coïncidence.

colloc 1
02/05/2018 à 00:30

La critique qui me réconcilie avec Simon Riaux. Merci a lui Aprés , pour ceux qui se la jouent historiens et les cathos intégristes , rien a cirer. Trés bon film loin de l'emphase ridiculo chrétienne pleine de trémolos du film de De Mille , qui n'avait , lui , c'est vrai , aucune invraisemblance historique. MDR. Même pas que le sol de la mer rouge était humide sous les pieds des hébreux , ils étaient au sec eux aussi. Et même pas un crabe a se mettre sous la dent en plus. Ridicule et Kitschissime. Mais il est de bon ton aujourdh'ui de chier sur Scott et de hurler avec les loups. Ceux la même qui crient aux chef d'oeuvres sur les Marvels a la con

Mordhogor
01/05/2018 à 22:15

Nous n'avons point dû voir le même film. Point de moment épique. Point de ce qui faisait la force des épopées qu'étaient Gladiator et Kingdom of Heaven. Moïse est un guerrier qui ne participe pas aux travaux de ses frères (ne mélangeons pas les classes). Du bien mauvais Scott. Vu une fois, et nulle envie d'y revenir. Un pur produit de commande pour moi, à l'échelle de Scott, qui ne s'aperçoit pas qu'il vieillit et n'a plus la force de ses ambitions. Bale est bien, mais a fait bien mieux, quant à son frérot...

azar
01/05/2018 à 21:12

Comment se fait il que pour Ramsès, il reste des écrits sur lui bien gravés dans la roche alors que pour Moise......Nada. Que l'on ne prenne pas comme prétexte que Moise a peut être été effacé des tablettes car ça ne tient pas. Akhenaton lui l'a été et pourtant il reste de nombreux écrits prouvant son existence. Il est impensable de croire qu'il ne reste pas quelques hiéroglyphes narrant de tels fléaux subit par les Égyptiens en Égypte si cela avait été le cas. C'est juste un conte à dormir debout qui perdure......Les religions au final auront fait plus de mal que du bien.

LaMatrice
01/06/2015 à 21:27

Une critique de complaisance pour un film proche du zéro.
Aucun souffle épique, des acteurs absents, des dialogues insignifiants, une photographie hachée, sans cohérence et des effets spéciaux convenus et mal employés.
Une psychologie des personnages à raz des pâquerettes desservies par des phrases trop contemporaines. Loin, très très loin des grandioses 10 commandements pourtant déjà vieux de 60 ans avec des moyens techniques de l'époque. Aucune BO pour alimenter le film, pas de pathos, bref aucun intérêt tout au long des 150 mn d'ennui qui nous étreint devant l'écran en baillant fortement. Des incohérences visuelles tout du long prouvent qu'il ne suffit pas d'ajouter pêle-mêle des effets spéciaux voulus grandioses pour faire un bon film... ah 21e siècle quand tu nous tiens !

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