Exodus : Gods and Kings – critique raz de marée

Par Simon Riaux
2 septembre 2017
MAJ : 2 juin 2020
30 commentaires

Les ambitions de Ridley Scott et son goût pour les fresques épiques semblent croître de film en film, comme en témoigne Exodus : Gods and Kings. Récit biblique narrant la sortie d’Egypte des juifs réduits en esclavage autant que péplum politique, on voit mal comment le film peut s’insérer dans l’industrie hollywoodienne contemporaine, devenue une vague lessiveuse à super-héros. Un anachronisme qui n’empêche pas Scott de livrer une œuvre aussi fascinante que spectaculaire.

photo, Christian Bale

L’EXODE SANS EXODE

Le risque était grand, comme devant Kingdom of Heaven, de se retrouver face à une version salle déchiquetée, privée de tout souffle et de toute cohérence. Le tronçonnage a bien eu lieu (il manque à vue de nez au moins 45 minutes au film), mais il a été accompli dans l’idée de préserver le rythme du récit et de ne pas se confronter directement aux mythiques Dix Commandements. Et si l’Exode du titre en souffre terriblement, puisqu’il est réduit à un enchaînement de plan quasi-abstrait lors de la dernière bobine, Ridley Scott choisit intelligemment de se focaliser sur la confrontation fraternelle et son pendant guerrier.

 

photo, Joel EdgertonJoel Edgerton, meilleur argument du film ?

 

Si tout le monde retiendra un Christian Bale tout de rage et de charisme, Exodus : Gods and Kings survit à son montage proche de la boucherie notamment grâce à Joel Edgerton. Pharaon immature, insécure et vulnérable, sa prestation donne sens au film et permet à Scott de trouver le point d’entrée pour délivrer sa vision critique du mythe auquel il s’attaque. Ce Ramsès n’est pas tant un tyran qu’un jeune roi écrasé par ses angoisses et son égo, faisant face à un Moïse non moins déchiré, entre une Egypte qu’il aime mais combat et un Dieu puérile, assoiffé de sang.

 

photoChristian Bale et Ben Kingsley

 

Tournée au maximum dans des décors construits ou réels, la fresque de Scott se paie en outre le luxe de nous décoller la rétine à chaque instant. Notion devenue presque superflue avec l’avènement du tout numérique, la dimension spectaculaire reprend ici tout son sens, dans son acceptation pleine et ancienne. Que des crocodiles ensanglantent les eaux du Nil, qu’une corniche s’affaisse et engloutisse des centaines de soldats ou que Christian Bale défie Dieu en foulant au pied une montagne sacrée, chaque photogramme se révèle plus somptueux que le précédent.

 

photo, Christian BaleUn parfum à l’ancienne

 

Signe de l’exceptionnelle réussite de Scott, on cesse rapidement de comparer son film à celui de Cecil B. DeMille, tant Exodus : Gods and Kings évoque plutôt l’incroyable Intolérance de D.W. Griffith, voire un art plus antique de la narration, plus épurée dans ses intentions, auquel le réalisateur Scott aspire depuis longtemps. Une volonté de classicisme qui ne l’empêche pas de parfaire encore son puissant récit en lui adjoignant une critique religieuse simple mais aiguisée. Dieu est ici un gosse enragé, bouffi d’orgueil et enivré de pouvoir, qui transforme petit à petit le péplum épique en tragédie historique.

 

Affiche française

Rédacteurs :
Résumé

Malgré un montage impitoyable, la force d'Exodus nous parvient intacte, et nous emporte le long d'un récit éternel qui trouve ici une nouvelle lecture fascinante.

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Ded

Joel Edgerton pousse un peu trop loin la désinvolture et semble confondre drame biblique avec western en portant son sceptre sur les épaules comme une winchester… façon John Wayne. Je n’ai pas suivi avec grand intérêt le fil d’une narration ressemblant plus à une énumération sage de péripéties consécutives, dans le but inavoué de remplir consciencieusement le cahier des charges théologique mais aussi numérique, qu’à l’évolution palpitante de faits dans une dramaturgie. Seul le dieu, comme représenté et que vous avez si bien défini, a comblé ma fibre athéiste et impose le métrage à titre d’œuvre de libre penseur qui voit « plus loin que le bout de son nez » et sait prendre des risques face au troupeau bêlant…

Zoom7

Histoire très mal racontée je n ai pas aimé l enchaînement des faits indépendamment de savoir si c est fidèle à la réalité car là on rentre dans le débat religieux et je préfère parler cinema je trouve que c est ma raconté on ne sent pas vraiment qu il y a quelque chose de spécial dans le film

jorgio69

Le 10 commandements de Cecil B. DeMille en 1956 est indétrônable.
Ce film a été complètement charcuté par les producteurs pour une durée acceptable et dénaturant toute la force du film.
Parmi les nombreux films de Ridley Scott, Kingdom of Heaven avait subi le même traitement en 2005 sauf que quand la version longue de 3h est sorti ce n’était plus du tout le même film. Et quelle claque.
Dommage qu’Exodus n’est pas eu cette chance 🙁

Ridley

A voir pendant que vous faites la cuisine

corleone

Une aberration ce film. L’un des pires de Ridley Scott, il devrait en avoir honte(comme Chris Bale qui a regretté publiquement d’avoir participé à ce nanar grotesque).