Critique : FLA

Par Stéphane Argentin
3 juin 2014
MAJ : 19 octobre 2018
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Très remarqué en 2010 avec son premier long-métrage, Donoma, dans la sélection ACID, Djinn Carrénard était de retour cette année au Festival de Cannes à La Semaine de la Critique avec FLA : Faire l'amour. Sur scène pour la présentation, le réalisateur scandait tel un mantra « Faites l'amour mais faites aussi la guerre ». À l'issue de la projection, c'est davantage vers la seconde option que penche la balance à l'encontre du film.

Ça démarrait plutôt « bien » avec un couple en pleine prise de tête. Sauf que ceux-là ne se connaissent que depuis une soirée un peu trop arrosée en boîte qui s'est terminée au pieu et un polichinelle dans le tiroir. Elle ne souhaite pas conserver cet enfant issu « d'un coup de bite d'un soir », lui va tout faire pour la convaincre du contraire à grand renfort de slam, le job qu'il rêve de décrocher. Rien que de très ordinaire. Ce qui l'est moins, c'est l'approche retenue pour traiter le sujet. Entre les dialogues et les acteurs hésitants et une caméra captant le tout tel une « vidéo témoignage », l'impression de naturel qui se dégage de ce premier contact avec FLA laisse augurer du meilleur. D'autant qu'en parallèle, les thèmes abordés font mouche illico derrière leur apparente simplicité : sentiments, couple, foyer, famille, accomplissement tant personnel que professionnel, etc. Le contenu et sa mise en images semblent alors parfaitement en phase et à même de retenir toute l'attention du spectateur, aspiré à son tour dans cette spirale d'amour / haine aux côtés des personnages. 

Mais assez vite l'effet aspirant se délite et l'arrivée d'un nouveau personnage, censé redistribuer les cartes, va au contraire provoquer l'effet inverse, le film pénétrant alors dans sa seconde moitié, celle des redites, tant narratives que formelles. Entre les individus débarqués de nulle part qui tentent en vain de dynamiser l'intrigue (un delirium autour d'un type de la rue au cours d'une virée parisienne, un duo de flics à la crédibilité toute relative, etc.) et le tic de mise en scène, difficile à décrire, à base de triple caméra panoramique et dont l'omniscience en devient nuisible, FLA tourne alors à vide. Pire : ce qui, de prime abord, avait su capter l'attention du spectateur (naturel des situations, crédibilité des enjeux, réalisation façon « cinéma vérité ») commence peu à peu à se retourner contre le film. Et FLA de prendre alors les atours d'un très mauvais reality show. Il reste alors plus d'une heure de métrage et assez peu pour retenir l'attention du (télé)spectateur qui aimerait bien zappé la rediff de la semaine pour en venir à la conclusion. Celle qui s'impose alors est qu'un resserrage de l'intrigue et/ou du montage aurait été fort bénéfique à un film qui partait pourtant sur de bonnes bases.

EN BREF : La vie, l'amour, le couple et la famille sont abordés par le biais de dialogues percutants mais où les tics de mise en scène et la durée (2h45) finissent par nuire à la portée de l'ensemble.

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