Edge of Tomorrow : critique die and retry

La Rédaction | 18 novembre 2021 - MAJ : 19/11/2021 17:28
La Rédaction | 18 novembre 2021 - MAJ : 19/11/2021 17:28

Curieux parcours que celui de Edge of Tomorrow. Blockbuster de science-fiction emmené par Tom Cruise et Emily Blunt, le film aurait logiquement dû être au centre de l'attention d'une grande partie du public. Mais une promotion ratée et une sortie accolée au Festival de Cannes auront interdit au film de rencontrer le très grand public avant sa sortie. C'est pourtant un alléchant récit guerrier et paradoxal, où un déserteur se voit doté de la capacité à revivre éternellement la même journée de défaite, jusqu'à devenir capable d'inverser le cours des évènements.

DARK SOULS OU WARHAMMER 40 000 ?

De prime abord, Edge of Tomorrow est une grande surprise. En effet, si Doug Liman ne se montre jamais inspiré dans son découpage, il parvient à mettre très efficacement en valeur la direction artistique discutable du film et à tirer le meilleur parti de décors finalement très communs. On est également surpris par Tom Cruise, qui ne prend jamais le dessus sur Emily Blunt et se retient très efficacement de phagocyter le récit.

Tout héros qu'il soit, le comédien façonne un personnage aux évolutions lentes et profondes, qui ne prend pas la main sur la narration, nous permettant même d'oublier son embarrassant statut de VRP superstar d'un mouvement sectaire indigne d'une exécution sommaire.

 photo, Tom CruiseBienvenue en Normandie !

 

Et si les sources d'inspirations qui donnent vie à cet univers sont (trop) évidentes, tant le script convoque Matrix, en passant par Gears of War, tout en faisant de la réclame à tous les third person shooters sortis sur consoles depuis 10 ans, le scénario fait largement passer la pilule. Retors, intelligent, il exploite son principe de répétition de l'action brillamment. Notre héros recommence ainsi le film/jeu sitôt qu'il meurt, ce qui pousse le récit vers une sorte d'abstraction, puis d'accélération stupéfiante.

Alors que Tom Cruise meurt, choit, tue et massacre enfin, le film s'autorise des séquences d'une folle créativité, ou renaît de ses cendres une sorte de burlesque parfaitement inattendu et ravageur. Ainsi le personnage de Cruise traverse-t-il le champ de bataille engoncé dans un exosquelette qui rappelle certains costumes Keatoniens, quand la mort elle-même, devenue sanction autant que soulagement, surgit telle une bouffée d'air raffraîchissante.

 

Edge of tomorrowParé à signer les autographes ! 

 

NOOBIE PLAYER ONE

Edge of Tomorrow déroule ainsi plus d'une heure, où le spectateur se demande sans cesse s'il n'a pas été piégé par une ellipse. À travers ce concept brillant, c'est bien sûr les jeux vidéo que Doug Liman ausculte. Mourir pour mieux recommencer, effectuer un pas, chuter. Apprendre, ingérer, par coeur, jusqu'à maîtriser tout à fait son environnement. Que réalisons-nous en tant que joueur ? Pourquoi toujours recommencer ? Le but à atteindre est-il finalement aussi important que le chemin pour y parvenir ?

Hélas, ces questionnements, qui font du métrage un des premiers films sur le concept punitif à l'origine des jeux vidéos (die & retry, meurs et recommence) sont brusquement balayés par un rebondissement et une dernière demie heure en mode automatique. Comme si les producteurs reprenaient subitement la main pour s'assurer une conclusion qui ne chamboule pas trop le spectateur venu reluquer son quota d'explosions, de grosses pétoires et d'Emily Blunt en sueur, le film abandonne intellectuellement et visuellement ses enjeux, pour se concentrer sur une conclusion d'une effrayante médiocrité.

 

photo, Tom Cruise"Alors c'est donc ça la Seine Saint Denis..."

 

Adieu doutes, boucles temporelles et noirceur balbutiante, le scénario dégage toute la construction des soixante minutes précédentes pour transformer ses deux héros en guerriers dégagés de tout enjeux, évidemment promis à une happy end d'une bêtise clinique. Et le sourire final de Tom Cruise de venir éclabousser l'écran avec une obscénité crasse, accompagné d'un petit rire qui se voudrait la clef d'une complicité retrouvée avec le spectateur, mais fleure bon le mépris de classe hollywoodien.

 

Affiche française

 

 

 

Résumé

Étrange film que ce blockbuster malin et agressif dans ses deux premiers tiers, qui retourne soudain sa veste pour piétiner tout ce qu'il a précédemment bâti lors d'un climax expédié.

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Lecteurs

(4.2)

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commentaires
Ethan
20/11/2021 à 15:15

@Sprig
En fait elle sait cela car elle travaille avec la personne qui a mis en place ces répétitions

Ethan
20/11/2021 à 15:01

Un film dans la lignée de Starship

Markus
20/11/2021 à 10:37

Personnellement, la fin ne m'a pas gêné outre mesure, car c'était une fin possible, assez logique , envisageable et plutôt spectaculaire.

Pour le reste, c'est un blockbuster très sous-estimé (avec source code et Vivarium sans doute).
Il a une sorte de "charme" qui amène systématiquement du plaisir à chaque qu'on le revoit. Ce n'est pas seulement un film qui repose sur un concept, aujourd'hui assez éculé. Il a sorte d'âme ou de coeur, appuyé par du spectacle et des acteurs convaincants.

sylvinception
19/11/2021 à 13:24

"à revoir sans hésiter".... mais seulement 3 étoiles ?? C'est pire que du foutage de gueule là!!
(Sinon OUI, ce film est génial.)

Hasgarn
19/11/2021 à 10:53

Que j'aime ce film !

Sprig
19/11/2021 à 10:39

Toujours bien aimé ce film.(je n'ai pas lu le bouquin). J'aime bcp le premier quart d'heure où on constate un Tom Cruise pétochard. C'est quand même rare dans sa filmo non ? Et au delà des compliments que je partage sur le métrage il y a toujours une chose que je ne saisis pas, que des internautes m'expliqueront peut être : SPOIL : emily blunt explique que les réveils à répétition s'arrêtent avec une prise de sang. Comment peut elle le savoir sinon d'être morte ensuite et…de ne pas s'être réveillée ????????

John Spartan
19/11/2021 à 09:21

Bien aimé sauf la fin, comme beaucoup de monde par ici.

Guéguette
19/11/2021 à 08:30

Mon problème c'est vraiment la dernière séquence. Pas tellement la scène dans Paris...ce qui fait que je trouve qu'il y a beaucoup trop de choses qui marchent pour ne pas apprécier ce film.

Flash
19/11/2021 à 07:37

Je pensais tenir l’un des meilleurs films de science-fiction de ces dernières années, hélas la dernière demi-heure fout tout en l’air.

Jo le clodo
19/11/2021 à 07:20

Hector Vugo.
Bien d'accord.

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