Edge of Tomorrow : Critique

Mise à jour : 22/05/2018 22:50 - Créé : 30 mai 2014 - Simon Riaux

Curieux parcours que celui de Edge of Tomorrow. Blockbuster de science-fiction emmené par Tom Cruise et Emily Blunt, le film aurait logiquement dû être au centre de l'attention d'une grande partie du public. Mais une promotion ratée et une sortie accolée au Festival de Cannes auront interdit au film de rencontrer le très grand public avant sa sortie. Quelques semaines après en avoir visionné une vingtaine de minutes alléchantes, c'est donc avec curiosité et appréhension que l'on découvre ce récit guerrier et paradoxal, où un déserteur se voit doté de la capacité à revivre éternellement la même journée de défaite, jusqu'à devenir capable d'inverser le cours des évènements.

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De prime abord, Edge of Tomorrow est une grande surprise. En effet, si Doug Liman ne se montre jamais inspiré dans son découpage, il parvient à mettre très efficacement en valeur la direction artistique discutable du film et à tirer le meilleur parti de décors finalement très communs. On est également surpris par Tom Cruise, qui ne prend jamais le dessus sur Emily Blunt et se retient très efficacement de phagocyter le récit. Tout héros qu'il soit, le comédien façonne un personnage aux évolutions lentes et profondes, qui ne prend pas la main sur la narration, nous permettant même d'oublier son embarrassant statut de VRP superstar d'un mouvement sectaire indigne d'une exécution sommaire.

 

 

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Et si les sources d'inspirations qui donnent vie à cet univers sont (trop) évidentes, tant le script convoque Matrix, en passant par Gears of war, tout en faisant de la réclame à tous les third person shooters sortis sur consoles depuis 10 ans, le scénario fait largement passer la pilule. Retors, intelligent, il exploite son principe de répétition de l'action brillamment. Notre héros recommence ainsi le film/jeu sitôt qu'il meurt, ce qui pousse le récit vers une sorte d'abstraction, puis d'accélération stupéfiante. Alors que Tom Cruise meurt, choit, tue et massacre enfin, le film s'autorise des séquences d'une folle créativité, ou renaît de ses cendres une sorte de burlesque parfaitement inattendu et ravageur. Ainsi le personnage de Cruise traverse-t-il le champ de bataille engoncé dans un exosquelette qui rappelle certains costumes Keatoniens, quand la mort elle-même, devenue sanction autant que soulagement, surgit telle une bouffée d'air raffraîchissante.

 

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Edge of Tomorrow déroule ainsi plus d'une heure, où le spectateur se demande sans cesse s'il n'a pas été piégé par une ellipse. À travers ce concept brillant, c'est bien sûr les jeux vidéos que Doug Liman ausculte. Que réalisons-nous en tant que joueur ? Pourquoi toujours recommencer ? Le but à atteindre est-il finalement aussi important que le chemin pour y parvenir ? Hélas, ces questionnements, qui font du métrage un des premiers films sur le concept punitif à l'origine des jeux vidéos (Die & retry, meurs et recommence) sont brusquement balayés par un rebondissement et une dernière demie heure en mode automatique. Comme si les producteurs reprenaient subitement la main pour s'assurer une conclusion qui ne chamboule pas trop le spectateur venu reluquer son quota d'explosions, de grosses pétoires et d'Emily Blunt en sueur, le film abandonne intellectuellement et visuellement ses enjeux, pour se concentrer sur une conclusion d'une effrayante médiocrité.

 

Photo Tom Cruise, Emily Blunt

 

Adieu doutes, boucles temporelles et noirceur balbutiante, le scénario dégage toute la construction des soixante minutes précédentes pour transformer ses deux héros en guerriers dégagés de tout enjeux, évidemment promis à une happy end d'une bêtise clinique. Et le sourire final de Tom Cruise de venir éclabousser l'écran avec une obscénité crasse, accompagné d'un petit rire qui se voudrait la clef d'une complicité retrouvée avec le spectateur, mais fleure bon le mépris de classe hollywoodien.

 

Résumé

Étrange film que ce blockbuster malin et agressif dans ses deux premiers tiers, qui s'empresse finalement de rejoindre les rails de la nullité institutionnelle.

commentaires

breizhousurfer 09/11/2014 à 10:11

Un jour sans fin contre les envahisseurs aliens.
Commandant Tom cruise se retrouve prisonnier d'une journée de débarquement militaire où à chaque fois qu'il meurt, il reprend son parachutage en terrain hostile.
Force est d'admettre qu'Edge of tomorrow est bien foutu, prenant le parti de détourner l'image iconique de M. Cruise en début de métrage pour le tourner en héro anonyme en fin, la pilule passe sacrément bien et ne ménage pas les efforts comiques, tragiques ou spectaculaires pour maintenir l’intérêt de cette ode au grandes guerres du 20ème siècle. Ainsi, les allusions hommages à l’héroïsme parfois inutiles de ces grands conflits, dont le débarquement en Normandie et Verdun ne tombe pas dans la caricature patriotique un peu nauséeuse et apporte des éléments de réflexion sur l’autorité militaire et sa rigidité, ou les pertes humaines et les liens crées dans ces périodes de crise.
Emily Blunt fait son maximum pour éviter la réduction de son rôle à une courbure sexy au moment de se relever et on retrouve un Bill Paxton au petits oignons en sergent instructeur borné.
Le tout tient ses promesses jusqu'au 5 dernières minutes, conclusion trop facile et un poil navrante (Omniscient Tom semble être passé par là) qui n’empêche pas d'apprécier à sa juste mesure Edge of tomorrow.

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