Critique : Welcome to New York

Simon Riaux | 18 mai 2014
Simon Riaux | 18 mai 2014

Bien qu'absent de la sélection officielle du 67ème Festival de Cannes ou de quelque sélection parallèle que ce soit, Welcome to New York, le film adapté des escapades nord-américaines de Dominique Strauss-Kahn, aura littéralement cannibalisé le Festival de Cannes. Objet de fantasmes, curiosité industrielle autant que happening porté par Depardieu, le film, disponible en VOD au moment même de sa projection dans tout Cannes, est parvenu à voler la vedette à Bertrand Bonello avec l'aisance d'un renard visitant un poulailler. Une fois digéré sa brillante stratégie promotionnelle, que reste-t-il de ce métrage inclassable ?


Welcome to New York n'aurait pu être qu'un mauvais Ferrara de plus. À peu de choses près, il s'agit d'un pensum maladroit, filmé n'importe comment, monté à l'avenant, parfaitement décousu, dont la photographie désincarnée n'a d'égale qu'un montage basique, une fable boursoufflée balbutiée dans un improbable franglais. Sauf que le peu de choses près se prénomme Gérard Depardieu et fait toute la différence. Si la mise en scène d'Abel Ferrara semble s'être tout à fait dissoute, l'anima de son comédien principal nous jaillit en plein visage avec une force que nous pensions perdue dans les limbes du Beaujolais nouveau depuis des limbes. Ogre, enfant, jouisseur, violeur, mauvais génie, libre libertaire, DSK disparaît presque instantanément du film pour laisser place à un éruptif génie qui prend tous les risques. Qu'il agite complaisamment une improbable paire de roubignolles, défouraille avec bonheur des quarterons de prostituées ou nous gratifie des plus beaux regards caméras vus au cinéma depuis des lustres, Gérard Depardieu dévore l'écran autant qu'il s'y abandonne.

Une prise de risque folle mais salutaire, qui propulse une œuvre dont la condition de nanar de luxe explose alors totalement. Car en nous précipitant aux côtés d'un homme puissant que rien n'arrête, Welcome to New York se transforme en Mardi Gras. L'ancien et salvateur Mardi Gras. La proposition du film est aussi forte qu'inattendue : revêtir les habits de la Bête et jouir avec elle de ses vices supposés, se gorger avec roublardise de ses crimes, interdits au commun des mortels. À l'heure où les responsables du Festival de Cannes doivent pour dormir sur leurs deux oreilles donner des gages de bonne conduite aux plus retorses associations « féministes », laisser jouer à leur porte une œuvre qui encourage le spectateur à prendre littéralement son pied dans la peau de l'ennemi priapique N°1 tient de la transgression pure. Car ici, la domination crasse, le machisme le plus cru et la violence sexuelle d'antan sont élevées au rang de paillardise post-moderne, confiserie convoitée et inconvenante. Un choix fou, inconscient, qui nous offre, comme pour conclure un long carême, un insolent festin.

EN BREF : Pas sûr qu'il reste grand chose d'Abel Ferrara, mais un Gérard Depardieu phénoménal nous emmène vers des territoires inexplorés et grandioses.

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