Critique : Sabotage

Simon Riaux | 7 mai 2014
Simon Riaux | 7 mai 2014

Si Arnold Schwarzenegger n'a jamais été un excellent comédien, ses performances depuis sa retraite politique ont laissé à désirer des batteries de fans en mal d'action surhumaine. Et pourtant, la bande-annonce de Sabotage avait suffit à raviver une flamme vacillante dans le cœur des bourrins. Répliques de macs, mâchoires serrées et âge assumé redonnaient au comédien quelque chose de sa stature d'antan, une gravité monolithique qu'il nous tardait de retrouver. Restait à savoir si David Ayer derrière la caméra et Skip Woods au scénario étaient capables de maîtriser cette phénoménale arme de destruction filmique.

On retiendra deux choses de Sabotage. Premièrement, la performance d'Arnold Schwarzenegger, qui nous fait presque instantanément oublier la gaudriole des Expendables et ses compositions fatiguées dans Evasion ou Le Dernier Rempart. Avec un sérieux qu'on ne lui connaissait plus, le chêne autrichien donne vie à un chef d'équipe exigeant mais brisé, tour à tour impitoyable et fragile. Son charisme retrouvé, Arnold est de tous les plans et nous offre un de ses meilleurs rôles ou plus exactement un des plus noirs et radicaux qu'on lui connaisse. Après plusieurs années d'absence puis de revivals foireux, le plaisir de retrouver cette ancienne icône est bien réel et confère au film une dimension éminemment sympathique.

 

 

 

Hélas, la seconde raison pour laquelle on n'oubliera pas Sabotage tient à son titre, parfaitement adapté au travail de sape mené par David Ayer et son compagnon d'écriture, Skip Woods. Coupable du dernier Die Hard, de Hitman ou encore de G.I. Joe 2, le sieur Woods applique ici sa recette habituelle, faite de trous scénaristiques béants et d'incohérences monstrueuses. Un mélange déjà épicé, auquel il ajoute une vulgarité, un sexisme et un racisme light des plus lourdingues (entre les discussions putatives sur le sexe d'Arnold et les répliques nauséeuses de la bad-girl-camée-prostipute on ne sait plus trop où donner de la tête), qui enfonce le film dans les tréfonds du ridicule.

 

 

David Ayer n'est pas en reste et comme tout bon incontinent de la GoPro, se fait une joie de souiller les rares scènes d'actions. Séquences sur-découpées, plans tremblotants, montage épileptique en forme de cache-misère, le résultat est immonde. Une tare que le réalisateur avait su faire passer pour une qualité dans le récent End of watch et qui témoigne ici de son incapacité à gérer la dramaturgie de son récit. Voilà qui fait craindre le pire quant à l'attendu Fury, où Brad Pitt emmènera un tank et son équipage en mission suicide.

 

Résumé

Quelle tristesse de voir un réalisateur parkinsonien et un scénariste déficient saboter une performance inattendue d'Arnold Schwarzenegger.

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