Joe Critique : Joe

Simon Riaux | 29 avril 2014
Simon Riaux | 29 avril 2014

Depuis le dernier festival de Venise, Joe nous est annoncé comme une renaissance. Celle de Nicolas Cage, acteur décrié depuis bientôt une décade de séries Z, mais aussi celle de son réalisateur, David Gordon Green, metteur en scène d'une américana rugueuse et âpre trop vite converti à la comédie régressive. À l'heure de découvrir le film, c'est une forme d'espérance quasi-religieuse qui étreint le cinéphile, espérance bienvenue tant elle se révèle au cœur du projet.

Le récit de Joe est celui d'un monde désemparé, où les humains errent, sans âme ni but, menés par leurs instincts les plus bas, enfermés dans un tourbillon de pulsion et de vice. Parmi eux déambule Nicolas Cage, solitaire sous pression, cocotte-minute harassée sur le point d'exploser. Au milieu de ce purgatoire aux couleurs du Texas évolue Gary, gamin à la croisée des chemins, partagée entre la vie d'honnête labeur que lui promet Joe et la fièvre auto-destructrice paternelle, entre alcool et pugilats. Rednecks, prolos et messies ouvriers se comptent à la pelle depuis que Justified et plusieurs films (Les Amants du Texas, Les Brasiers de la colère) ont remis au goût du jour un certaine image de l'Amérique profonde.

 

 

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Sur le papier comme à l'écran, Joe ne diffère finalement que très peu des œuvres ci-dessus, partage avec elles presque autant de qualités que de défauts. Il s'en détache néanmoins par un aspect fondamental, qui fait sa valeur et autorise le retour en grâce tant espéré de Nicolas Cage. Car tout prévisible et inondé de bondieuseries rédemptrices que soit cette histoire, son humanité et son authenticité dépassent les clichés pour frapper le spectateur à l'estomac. Qu'il s'agisse du visage torturé de Gary Poulter, clochard casté par Gordon Green et mort dans la rue deux mois après le tournage ou de l'air grave de Cage, chaque nuance de sentiment semble traverser l'écran pour tisser un lien intime et direct avec nous.

 

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Dans ses meilleurs moments, Joe interrompt le fil de son récit et s'attache soudain aux couleurs, aux textures et aux sons. Un Poulter recuit à l'alcool improvise une danse de Saint-Guy suspendue, Joe promène son regard d'épagneul sur les arbres qu'il empoisonne pour gagner sa vie... Des séquences languissantes de ce type, le métrage en regorge et sait les placer avec une intelligence aussi redoutable que sincère. Dans ces moments précieux, Joe rappelle les errances existentielles d'un Malick et l'on se dit que ce récit un peu trop limpide n'était pas loin de nous emporter jusqu'À la merveille.

 

Résumé

Pas révolutionnaire mais éminemment sincère, la parabole noire de David Gordon Green est une des plus belles surprises de ces derniers mois.

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