The Canyons : Critique

Simon Riaux | 16 mars 2014
Simon Riaux | 16 mars 2014

Présenté lors de la Mostra de Venise en 2013, The Canyons aura fait les gorges chaudes de la presse cinéma comme des tabloïds, avant de sombrer prématurément dans l'oubli. Alors qu'on ne l'attendait plus, le film trouve finalement le chemin des écrans français, suivi d'une interrogation existentielle : que vaut vraiment ce curieux thriller, qui confronte starlette déchue et égérie porno en quête de gloire ?

Un film scénarisé par Bret Easton Ellis et réalisé par Paul Schrader est en soi une curiosité. Les deux artistes ont représenté chacun en leur temps une contre-culture triomphante, aussitôt récupérée par le système, avant de voir leur créativité s'assécher. Le hasard a voulu que tous deux accouchent de sa dernière œuvre notable presque simultanément (Glamorama pour le premier, À tombeau ouvert pour le second), aussi espérait-on un peu naïvement que ces deux monstres sacrés se soutiennent et renaissent ensemble de leurs cendres.

 

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Malheureusement, The Canyons est aussi à bout de souffle que ses auteurs. Porté tant bien que mal par une Lindsay Lohan dont le talent a été émincé à coups de bistouris, le récit déroule interminablement ses concepts réchauffés. La mise en scène, aussi poseuse que désincarnée, ne fait jamais corps avec cette histoire bancale de perversion hollywoodienne. Dès une ouverture plastiquement réussie mais dont le message grossier prête à rire, le film fait le constat de son propre échec. Sous nos yeux défilent des photogaphies de salles abandonnées, vides. Le cinéma est mort, vidé de sa substance : le spectateur. Ridicules et prétentieux, Schrader et Ellis oublient alors que ce n'est pas la foule des cinéphile qui s'est éteinte, mais leur public uniquement.

 

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Et pourtant, le métrage demeure par endroit un plaisir de cinévore. Parce que la vulgarité de Lohan fascine, parce que James Deen lui vole la vedette avec une aisance presque obscène et parce que les grands ratages sont riches de charmes inavouables. L'addition des talents n'apparaît jamais à l'écran, mais hante le projet et nous enivre, à la manière des comédiens, insectes dérisoires englués dans un projet absurde. Regarder The Canyons pour moquer ses auteurs est mesquin, s'y attarder pour les courbes frelatées de son actrice n'est pas moins pathétique, mépriser son comédien principal serait une autre erreur. Mais il faut peut-être voir le film pour de mauvaises raisons, afin d'en tirer un plaisir un peu honteux certes, mais sincère.

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