Critique : Lulu, femme nue

Simon Riaux | 21 janvier 2014
Simon Riaux | 21 janvier 2014

Lulu femme nue est l'histoire d'un personnage soudain désireux d'échapper à sa propre vie, de déjouer la fatalité d'une existence pesante et écrite d'avance. Après un entretien d'embauche sordide, Lulu rate le train qui doit la ramener jusqu'à son foyer, ses trois enfants et son époux colérique. Un vent de fantaisie soufflera dès lors sur son existence, qui refuse obstinément de retrouver ses rails. Il en ira de même du film de Sólveig Anspach, dont le grand mérite est de presque toujours échapper à la structure convenue de la comédie dramatique française, traçant un sillon singulier dont la folie douce imprègne rapidement le spectateur.

De prime abord, le récit semble pourtant dérouler une petite mécanique usée jusqu'à la corde. Quelques minutes d'errance, la perte d'une alliance et la rencontre avec un autre homme, bourru mais sensible, râpeux mais libre. Jusqu'à ce que la réalisatrice distille dans cette ritournelle monotone une âpreté inattendue, rappelant soudain au spectateur que sa fuite tient aussi très concrètement de la clochardisation. Pour autant, Anspach ne s'attardera pas sur le pathos et flanquera rapidement Lulu de deux nouveaux personnages aussi attachants qu'inattendus, frères de son coup de cœur, curieux oisillons alcooliques qui semblent tout droit sortis d'un accouplement délirant entre Tati et Benny Hill.

Lulu femme nue suivra jusqu'à sa conclusion cette règle du pas de côté et parviendra toujours à amener le spectateur là où il ne s'y attendait pas. Un goût pour la torsion des clichés que l'on retrouve jusque dans la direction des comédiens, à l'image des rôles de Marie Payen et Solène Rigot, heureusement détournés de la fonction moraliste qu'appelait logiquement leur présence au cœur du récit. La grâce de Lulu est de ne pas s'inquiéter des règles ou des attentes du spectateur pour forcer le récit à épouser ses élans, ses doutes et ses joies.

On pourra regretter que cette liberté narrative desserve un peu la partie du récit consacré à Claude Gensac, dont le personnage s'avère un peu plus classique que l'ensemble et l'arc narratif plus convenu. En effet, si encore une fois Sólveig Anspach fait preuve d'une belle audace en coupant l'herbe sous le pied au romantisme de son film pour envoyer Karin Viard dans les bras de l'immense Gensac, elle se prive trop vite du trio éthylique formé par Bouli Lanners, Philippe Rebbot et Pascal Demolon. Mais on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs et si Lulu femme nue souffre parfois de ses revirements incessants, il y puise une énergie solaire et bienvenue.

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