Don Jon : critique

Simon Riaux | 23 décembre 2013 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 23 décembre 2013 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Il y a deux ans, Steve McQueen frappait un grand coup avec Shame, litanie ouatée consacrée à la déchéance d'un sex addict, dévoreur de porno impénitent incapable de jouir d'une sexualité boulimique. C'est au tour du très tendance Joseph Gordon-Levitt de s'emparer du sujet épineux de la sex addiction et plus particulièrement du pendant numérique avec l'attendu Don Jon.

Que tout ceux qui espéraient que celui qui vola la vedette à Christian Bale dans The Dark Knight rises se révèle ici un auteur transgressif et politiquement incorrect aillent se rhabiller, il n'en est rien. L'artiste chic n'a que faire d'être choc, et s'il enchaîne séquences sexy, passages graveleux ou férocement excitants, le contenu explicite se voit finalement battu en brèche par la morale classique inhérente à toute comédie romantique.

 

Le Don Jon du titre a beau passer son temps à se polir la colonne et à déplâtrer de la gourgandine, il n'échappera pas au destin classique du héros de romcom, à savoir la découverte de l'autre, à travers lequel il est sommé de se sublimer. Levitt ne cherche ni à révolutionner le genre, ni à désarçonner le spectateur, en stratège du star system, il a bien d'autres objectifs.

 

 

photo, Scarlett Johansson

 

 

Le premier d'entre eux est de faire rire le spectateur, ce qu'il accomplit avec brio. Grâce à un sens du rythme implacable, un abattage fantastique de tous les comédiens et des dialogues millimétrés, le film déclenche des éclats de rire en cascade. Joseph Gordon-Levitt est certes un petit malin faussement provocateur, mais il n'en demeure pas moins un cinéaste dont la maîtrise technique impressionne.

 

On ne s'attendait sincèrement pas à le voir manier avec autant d'aisance comique de situation, effets de montage, détournements d'une photo clinquante ou pluie de répliques assassines. Force est de constater que comme son héros priapique, le jeune metteur en scène saute sur tout ce qui bouge et fait mouche à chaque fois. Mais si Joseph Gordon-Levitt provoque l'hilarité, c'est aussi grâce à une étonnante misanthropie pop.

 

 

photo, Julianne Moore

 

Car derrière les gags colorés, les effets stroboscopiques ou les courbes affolantes de Scarlett Johansson se dissimule à peine une détestation réjouissante de nos contemporains, que l'on n'attendait pas forcément. Ainsi, les femmes sont ici toutes de vilaines grognasses capricieuses ou intolérantes, que seul le malheur corrige de leurs tares ; les hommes ne s'en tirent pas mieux, puisqu'ils apparaissent sous les traits d'une armada de gros bœufs malfaisants, simplets, ultra-possessifs et obsessionnels. Traitement cruel mais égalitaire, qui surprend tant il demeure corrosif au sein de ce récit finalement très bien pensant.

 

 

Affiche

Résumé

À l'heure où il faut voir dans le réalisateur une sorte de James Franco 2.0, on a plutôt envie de parier sur un auteur aux ambitions autrement plus mesurées, mais dont l'accomplissement semble proche. Réalisateur doué, comédien habile, directeur d'acteurs inspiré et scénariste chafouin, l'artiste vient tout simplement de mettre à jour le genre le plus sirupeux et insignifiant de la galaxie : la comédie romantique. Haut les chibres !

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