Films

Du sang et des larmes : critique de baroudeur

Par Simon Riaux
22 juillet 2020
MAJ : 27 septembre 2023
12 commentaires

Réalisateur hanté par le fantôme d’une Amérique mythologique, Peter Berg revient au front avec Du sang et des larmes. Après avoir ausculté la déserrance d’athlètes à la petite semaine (Friday night lights), expédié un panel représentatif et surarmé de l’american way of life en Arabie saoudite (Le Royaume), tenté de sevrer un super anti-héros alcoolique (Hancock) et fait joujou avec son Battleship, le metteur en scène traite enfin de front un sujet qui condense et sublime ses obsessions : la guerre et ses sujets, les soldats.

photo, Mark Wahlberg

LA PISTE DES LARMES

Du sang et des larmes est l’adaptation fidèle du récit de Marcus Lutrell, seul survivant de l’opération Red Wings. Nous y suivons une unité de quatre Navy Seals envoyés derrière les lignes ennemies avec pour mission d’assassiner un chef taliban. Jamais le film n’appréhendera le théâtre des opérations par d’autres yeux que ceux du narrateur et de ses frères d’armes.

Le film ne souhaite pas disserter sur la légitimité de la guerre, le bon droit des États-Unis ou la menace représentée par ses adversaires. Son sujet est ailleurs. Comme le révèle la mise en scène de Peter Berg, toujours aussi limpide et nerveuse, à la fois furieuse et millimétrée, seuls importent ici nos quatre héros. Ils forment à eux quatre un corps unique, dont la survie repose sur une entraide de chaque instant, la solidarité absolue de ses membres, voire une remise en cause du principe de hiérarchie. Nulle musculature hypertrophiée ici, pas d’iconisation militaire, les colifichets de Rambo et autres pitreries des années 80 n’ont pas droit de citer, ce qui attend le spectateur, c’est bien Du sang et des larmes.

 

photo, Mark WahlbergMark Wahlberg en terre inconnue

 

LE SENTIER DE LA GUERRE

Et il en aura pour son argent. Rarement conflit armé avait été représenté avec une telle sauvagerie ou une semblable intensité. Les balles fusent, les obus pulvérisent la rocaille et les corps dans un ouragan de fureur. Ce récit doloriste où les chairs sont suppliciées, découpées brûlées, déchirées, manie réalisme et puissance évocatrice avec une maîtrise rare, faisant de chaque mort une séquence déchirante et sublime. On se souviendra longtemps des prunelles azuréennes d’Axelson, attendant qu’une dernière rafale l’arrache au champ de bataille.

 

photo, Mark WahlbergFace à l’autre

 

Il le fait avec une sincérité qui confine parfois à la naïveté (voire l’ouverture et la conclusion du film, trop appuyées et tire-larmes) et donnera quelques munitions aux ravis de la crèche anti-américaine. Cependant le métrage ne commet pas l’erreur de glorifier ses protagonistes ou de faire de leurs ennemis des monstres assoiffés de sang, allant jusqu’à bouleverser totalement l’équilibre du récit dans son dernier tiers, pour le transformer en survival martial. « La guerre ne salit pas l’idéal, c’est l’idéal qui purifie la guerre » écrivait Alain Jacobzone. C’est à ce principe que s’attache Peter Berg, qui livre ici une œuvre consacrée à la bravoure des hommes, le courage qui malgré la peur, la douleur et la mort, les lie par-delà le charnier où ils se débattent.

 

Affiche française

 

Rédacteurs :
Résumé

Peter Berg ne cherche pas à dénoncer l'horreur de la guerre ou exalter une quelconque fibre nationaliste, il s'incline devant son sujet pour rendre un hommage puissamment humble au Soldat, au Combattant.

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Moijedis

Jamais vu .
Je m’étais dit que c’était un film de propagande guerrière à la gloire du bon soldat us contre les méchants afghans ( cow-boy vs Indiens )

Kyle Reese

@Thierry

Ah la Bête de guerre un excellent film trop peu connu j’ai l’impression.
J’en garde un sacré souvenir.

Thierry

Dans le même genre, je lui préfère nettement un lointain cousin qui n’a pas pris une ride : « La bête de guerre » réalisé par Kevin Reynolds (1988) avec Jason Patric et George Dzundza. Du grand art avec moins de moyens.

ocani

C’est sûr: c’est bien mis en scène, très prenant MAIS ça reste quand meme une ode aux militaires Américains…

Kyle Reese

Tient je vais sûrement y jeter un œil.
J’avais cru à sa sortie que c’était juste un film Bien réalisé plutôt nationaliste exaltant la fibre guerrière à l’américaine.
Apparement il n’en est rien et si le film
rend un hommage sincère et humbles aux courages de soldats alors ca me va.

Peter Berg réalise bien mais son Battleship était tellement vain et creux que je l’avais mis de côté après ça.