12 Years a Slave : critique dans les ténèbres

Simon Riaux | 21 juin 2021 - MAJ : 21/06/2021 17:25
Simon Riaux | 21 juin 2021 - MAJ : 21/06/2021 17:25

12 Years a Slave, ce soir à 20h45 sur France 5.

Révélé avec Hunger et Shame, Steve McQueen a filmé l'horreur de l'esclavage dans 12 Years a Slave, adapté des mémoires de Solomon Northup. Grand succès en salles, couronné par trois Oscars (meilleur film, meilleur scénario, et meilleur second rôle féminin pour Lupita Nyong'o), c'est un film majeur.

I'M A SLAVE 4 U

En quelques plans et moins de cinq minutes, Steve McQueen se casse volontairement les dents sur un impossible défi : retranscrire la réalité de l'esclavage. Un blanc au cou tanné par le soleil explique à une douzaine d'esclaves comment récolter la canne à sucre. Un homme ingère mécaniquement un repas frugal, avant de tenter une expérience calligraphique à l'aide de jus de mûres. Dans l'obscurité du cabanon où lui et ses semblables s'entassent pour dormir, une compagne d'infortune essaie de lui soutirer une affection tarie depuis longtemps. Les images s'entrechoquent, s'affrontent et s'annulent, difficile d'en retirer un sens, une temporalité, leur unité se dérobe à nos yeux.

En quelques plans et moins de cinq minutes, Steve McQueen se casse volontairement les dents sur un impossible défi : retranscrire la réalité de l'esclavage. Puisque nous ne pouvons appréhender les tenants et aboutissants de cette condition, le réalisateur effectue un retour en arrière pour faire sien le dispositif du texte autobiographique dont s'inspire 12 Years a Slave, soit l'histoire d'un homme libre, parfaitement étranger au concept de servitude, transformé du jour au lendemain en simple objet amputé de sa moindre parcelle d'humanité.

 

photo, Chiwetel EjioforChiwetel Ejiofor, cœur battant et battu du film

 

Ce principe, très loin de n'être qu'un simple dispositif articulant le récit, s'avère le moteur essentiel de son sens. Car le caractère et la personnalité de Solomon Northup permettent au spectateur de s'identifier tout à fait à cet individu libre, heureux, qui a tout fait pour préserver son quotidien des turpitudes de l'époque. Il y est parvenu et autorise le public, quels que soient ses connaissances du sujet abordé, son rapport à l'histoire ou son propre passé d'embarquer à ses côtés. Steve McQueen et son œuvre se situent ainsi aux antipodes d'un Majordome désireux de flatter le public, de lui infliger une caresse de catéchèse qui n'a d'universelle que le nom.

 

photo, Michael FassbenderMichael Fassbender, toujours aussi grand

 

AMERICAN NIGHTMARE

Le film n'en deviendra que plus terrible et impitoyable. Nous ne sommes pas ici face à un simple drame historique, ni même à une tragédie brillamment construite et exécutée. Ce qui se joue sous nos yeux est la déconstruction systématique du rêve américain. Ce rêve que Solomon vit sans en être tout à fait conscient, dont toutes les figures se retrouveront brisées à ses pieds. D'abord convaincu que le piège dans lequel il est tombé ne se refermera pas tout à fait sur lui, il se persuadera ensuite que son instruction pourra le prémunir des pires traitements, il lui faudra enfin accepter que son courage, son humanité comme sa persévérance ne pourront rien contre ceux qui le possèdent désormais.

Cet itinéraire d'une noirceur absolue, le métrage le balise de séquences simultanément splendides et implacables, à l'image de cet homme tout juste lynché puis pendu, dont les orteils s'étirent pour lui offrir un sursis de vie, alors qu'autour de lui celle de la plantation se déroule imperturbable. On pense bien évidemment au Strange Fruit de Billie Holliday, tétanisé par une horreur cristalline, dont l'acuité pure nous saisit à la gorge.

 

photo, Lupita Nyong'oLa révélation Lupita Nyong'o

 

Mais McQueen, non content de parsemer son film de nombreux morceaux de bravoure et autres plans séquence, n'oublie jamais qu'il traite de personnages avant de manier concepts et figures mythologiques. À la manière de Hunger ou Shame, ce sont l'enfermement et les rapports de domination qui innervent le scénario, les relations éminemment perverses de déprédation qui motivent cette étude d'une période aussi ténébreuse que mal connue.

Servi par des acteurs magnétiques, baignés dans la lumière crue et irréelle de Louisiane, le récit explore pour mieux les révéler les tréfonds d'un mal sans fin, dont on ne se relève pas. Car, et c'est là le plus terrible message délivré par 12 Years a Slave, on ne sort pas de l'esclavage. Si Solomon sera ultimement sauvé des griffes de l'ogre Epps (impérial Fassbender), il ne retrouvera jamais sa fierté d'homme ou sa dignité de citoyen. En témoigne la dernière réplique du personnage, réduit à s'excuser d'être une victime intégrale. La phagotrophie de l'homme par l'homme est une plaie qui ne se referme pas, une indignité qui ne connaît pas l'oubli. Point de commémoration ou de réconciliation chez McQueen, mais le dévoilement impudique d'une cicatrice véritable.

 

Affiche

Résumé

Un grand film sur l'esclavage et le cauchemar du rêve américain devenu cauchemar, brillamment filmé et interprété.

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commentaires
Arnaud (Le vrai)
24/06/2021 à 08:03

@Bip Bip

Merci. Nan parce que le niveau de conneries qu'on peut lire dans ces commentaires est abyssal ...
Qqun a un probleme avec les blancs colonisateurs de l'epoque ? Pas de soucis, prend une DeLorean, fous lui un convecteur temporel, va a l'epoque regler tes comptes avec les principaux concerné. Perso je m'en carre le cul. Je rejette l'esclavagisme sous toutes ses formes qu'il soit passé present ou futur, fait par des blancs des arabes des noirs des asiatique ou des amerindiens.
En tant que blanc j'en recolte les fruits ? Ok j'ai rien demandé mais tant mieux pour moi je prends, par contre les responsabilités tu te les gardes merci, encore une fois invente ta machine a voyager dans le temps et va voir ceux qui sont concernés

Bip Bip
21/06/2021 à 22:17

@Sigi
Ouah c'est chaud de lire des trucs comme ça. Ok la remarque initiale de DirtyCop est déplacée mais quand même. Les blancs ne sont pas à l'origine de tous le mal de l'Histoire (tu crois que les peuples amérindiens par ex se foutaient pas sur la gueule avant 1492?). Il y a eu des guerres et de la servitude partout avant et après que les européens découvrent ces coins. Il y a eu de l'esclavage entre africains, les types qui portent des machettes pleines de sang dans les images du Rwanda n'ont pas les yeux bleus.
Si les européens ont dans le passé asservit le monde c'est qu'ils étaient les + forts avec leur technique : il suffit de réfléchir 5 minutes, d'observer un peu le monde, même le monde animal, pour comprendre que si les + forts avaient été les papous, ce serait eux les champions du monde de la colonisation.
Tu parles pas mal des nazis, mais il me semble que les Allemands ne se racontent pas de conneries sur cette période, pas comme la Turquie qui ne reconnaît toujours pas le génocide arménien.

Surtout je ne comprends pas pourquoi tu penses que DirtyCop est un petit monstre. C'est à dire que tu penses que tous les européens sont des monstres parce qu'ils ont des ancêtres européens ? C'est idiot et raciste. Tu as probablement dans tes ancêtres un parents + ou - lointain qui a tué, violé, un truc bien sale. C'est la même pour tout le monde. Tu te sens responsable de ce qu'a fait ton arrière-grand-père ? On se croirait revenu aux temps du péché originel, tous les hommes sont des pêcheurs car leur ancêtre a péché. C'est incompréhensible, expliques moi comment on peut être 1 pêcheur par hérédité.

Où avez-vous appris à penser comme ça ? (si c'est pas trop indiscret, ça m'intéresserai de comprendre ce type de discours)

Sigi
21/06/2021 à 21:50

@DirtyCop, "Sociologie de gauche" quand je viens de te dire que à quel point je trouvais cette oeuvre faible. Et c'est bien ce qui est dommage avec les types comme toi. On aurait pu en discuter sans en faire un débat d'opinions sourd comme on le fait en ce moment. De pourquoi ce film est raté, dans sa forme et dans son fond, etc. Bref, parler cinoche. Mais il a fallu que débarque avec ta gène et rhétorique pro-blanches pour faire dévier le tout. Je ne suis ni de gauche, ni bobo, ni même Français, c'est dire. Peu importe. Continue de défendre ton continent de colons insatiables préféré, tu ne mérites certainement pas l'Afrique.

DirtyCop
21/06/2021 à 21:23

@Sigi, vas-y je t'en prie, traite moi de "Bounty", continue à t'enfoncer dans les méandres de la sociologie gauche, laisse toi guider aveuglément et laisse les se servir de toi, avec tes anglicismes et ton petit air bobo branché, tu iras loin.
Vous voir rentrer dans le mur comme ça c'est un régal pour les yeux.

Sigi
21/06/2021 à 21:09

@DirtyCop, Dans ce cas, choisis mieux tes terrains d'arguments, Petit monstre. 12 Years a Slave ne fait le tour de rien, à part effleurer pauvrement l'immense question que pose l'esclavage dans une Amérique fracturée. Prendre bêtement le temps de réclamer un film tribal sous une critique ciblée ne fait de toi que l'Africain le plus bounty du jour, aucun mérite.
Les architectes du génocide rwandais sont bien connus aujourd'hui, ils ont les yeux bleus, et tu n'as parlé ni du Parti Communiste Chinois dans ton premier message, ni de Daesh. Le cinéma du siècle précédant nous a gavés un paradigme blanc en glorifiant son histoire et en masquant et falsifiant ses crimes des décennies durant. Ce film (que je déteste soit dit en passant) n'est qu'un infime placébo de nuance. Deal with it.

DirtyCop
21/06/2021 à 20:47

@Sigi, Mais en aucun cas je n'ai mis en doute la sauvagerie de l'Homme blanc, quoique bien moindre comparé aujourd'hui qu'à une époque, comparé à d'autres, on ne peut pas en dire autant d'autres ethnies malheureusement. Les responsables des nettoyages ethniques au Rwanda ne sont pas des Suédois aux yeux bleus, les djihadistes qui décapitent et massacrent au nom d'une certaine divinité ont rarement des noms à connotation occidentale, l'oppression des Ouïghours et des Tibétains n'est pas du fait de skin head néonazi...
Ne désigner qu'un seul coupable, c'est se mettre des œillères.

PS: Je suis Marocain

Sigi
21/06/2021 à 20:35

@DirtyCop, Le monde n'est nuancé que lorsque ça vous arrange. Il n'avait pas besoin de l'être dans la première moitié du 20ème siècle quand le cinoche de Ford vous dépeignait comme des héros conquérants. Tu oses venir commenter la critique de l'un des rares films mettant en scène (de façon édulcorée) la sauvagerie des tiens, y laissant couler tes larmes pales de frenchy fragile, et tu veux parler de nuance? On verra ça à la peser des Maux, petit monstre :). Les grandes dérives de la Nature Humaine n'ont eu aucun mal à choisir leur couleur primaire. Remettre ça en question, c'est être un balai à chiotte. Remettre ça en question, c'est être toi.

DirtyCop
21/06/2021 à 20:25

@Sigi Le reniement à son paroxysme, y en a un qui a bien apprit ses leçons on dirait.
À te croire, le mal ne vient que d'un sens, le grand méchant blanc. Pathétique. Le monde est bien plus nuancé que ton petit esprit étriqué ne le pense.

Sigi
21/06/2021 à 20:18

@DirtyCop, Quand le Cinéma aura exploré toute l'envergure bestiale de la nature blanche à travers l'Histoire (ce qui, si l'on en croit les plus de 70 ans d'oeuvres autour des 6 années de barbarie nazie, devrait prendre 10 000 ans dans ce cas précis), alors oui, on te fera un court-métrage autour de cet épisode qui semble faire frissonner ton épiderme fragile. Arme-toi de patience Petit monstre :)

DirtyCop
21/06/2021 à 19:56

@Sigi, Oh oui, t'as mis le doigt dessus. C'est bien de montrer la cruauté des hommes blancs envers les noirs il y a 200 ans, mais faut pas négliger que les les africains pratiquaient l'esclavage tout aussi bien (c'est vrai pour le coup, même aujourd'hui) Je pense qu'il y a de la matière pour un film sur les guerres entre tribus d'Afrique, c'est un terrain fort intéressant qui n'a pas encore été exploré.

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